Critiques

INVINCIBLE (Critique Série Saison 1) Une réussite complète…

SYNOPSIS: Après avoir découvert que son père est le super-héros le plus puissant du monde, un ado développe lui aussi des pouvoirs et décide de suivre les traces de son géniteur.

ATTENTION SPOILERS : 

 Cet article révèle certains rebondissements  

et nous vous conseillons sa lecture 

 après le visionnage de la série

Robert Kirkman est sans doute l’auteur de comic-book contemporain qui a eu le plus de succès ces vingt dernières années, le grand public le connait à travers le triomphe planétaire de l’adaptation télévisée de sa série de zombies de 2003 The Walking Dead  mais il œuvre dans les comics depuis l’an 2000  chez des éditeurs indépendants (hors DC et Marvel) , l’essentiel de sa carrière se faisant chez Image comics (en mettant de coté une période chez Marvel comics qui s’est mal déroulée). C’est chez Image  qu’il crée avec l’artiste Cory Walker, peu avant The Walking Dead, Invincible  l’histoire du fils adolescent du super-héros le plus puissant du monde, qui développe des pouvoirs et commence sa propre carrière de super-héros. La série marque sa volonté de rendre hommage aux séries comme Spider-man qui ont marqué sa jeunesse mais va devenir au fil de son expansion ( elle va durer de  2003 à 2018)  une saga générationnelle mais aussi un commentaire de la part de Kirkman sur le comic-book de super-héros dont il va employer pour souvent les subvenir toutes les conventions mais aussi sur l’état de l’industrie du comic-book et les pratiques des deux grandes majors Marvel et DC. Les droits d’adaptation sont achetés un temps par Paramount avant de revenir à Kirkman qui développe pour Amazon, en collaboration avec le tandem Seth Rogen et Evan Goldberg (déjà producteurs des adaptations  de Preacher et the Boys) une adaptation animée dont Kirkman, en plus d’être producteur exécutif, écrit le premier et dernier épisode  de la saison inaugurale. La série est dotée d’un casting vocal assez incroyable qui rassemble de nombreux acteurs connus de série et de cinéma parmi lesquels Steven Yeun (The Walking Dead, Minari), Sandra Oh (Grey’s Anatomy , Killing Eve), J. K. Simmons (Whiplash, les Spider-Man de Sam Raimi), l’oscarisé Mahershala Ali (Green Book), Zachary Quinto (Star trek), Walton Goggins (The Shield, Les 8 Salopards), Mark Hamill (on vous le présente pas) et Clancy Brown (Highlander). Invincible suit donc la vie de  Mark Grayson (Steven Yeun), le fils de Nolan Grayson / Omni-Man (J.K. Simmons) et Debbie Grayson (Sandra Oh). Omni-Man est originaire de la planète Viltrum et possède des super-pouvoirs qui rappellent ceux de Superman parmi lesquels une super-vitesse et une super-force, qu’il a transmises à son fils. Bien que Mark ait en quelque sorte une « puberté tardive » ses pouvoirs se manifestent finalement, ce qui conduit son père à lui apprendre comment s’en servir. Mark veut utiliser ses incroyables capacités pour devenir un super-héros sur les traces de son père. Cependant, il va devoir apprendre comme un autre célèbre héros avant lui, à utiliser son grand pouvoir de manière responsable tout en jonglant entre le travail scolaire et  la romance. Mais bientôt les enjeux vont  s’intensifier en raison d’un secret qui menace tout ce qui lui est cher.

Sur l’échelle des adaptations  Invincible est plus proche du matériau à sa source que The Walking Dead ou The Boys – l’autre grande série de super-héros d’Amazon Prime. La saison 1 se base approximativement sur les douze premiers numéros du comics tout en y  incorporant des éléments et des personnages d’histoires postérieures. Si beaucoup  de points de l’intrigue sont tirés directement des bandes dessinées et exécutés à peu près de la même manière, les scénaristes reconfigurent les  intrigues pour raconter une nouvelle histoire qui reste familière aux lecteurs mais permet d’apporter une vision nouvelle et d’en approfondir certains aspects. Le changement principal est  la révélation de la vraie nature d‘Omni-man (qui  n’est pas un visiteur pacifique de notre planète mais un conquérant qui veut que son fils se joigne à lui) qui intervient beaucoup plus tôt, dés le premier épisode dans la série animée et apporte un éclairage différent sur ses actions et ses motivations le rendant  plus ouvertement malveillant à certains moments ou sympathiques à d’autres. Le combat qui les oppose dans le final prend une dimension supplémentaire où le personnage semble vouloir se convaincre plus encore qu’il ne veut convaincre son fils tout en conservant la même conclusion que dans le comics. Cette thématique de la relation au père est le pont central de la série et la clé de voute de la métaphore super-héroïque au centre de la série. On notera qu’au même moment ou paraissait Invincible de nombreuses autres séries de comics mettaient en scène des analogues de Superman qui prenaient eux-aussi une tournure maléfique : The Plutonian dans le Irredeemable de Mark Waid et Peter Krause, le Homelander dans The Boys (popularisé à l’écran par Antony Starr) ou des conflits entre parents super-héroïques et leurs enfants Runaways  chez Marvel de Brian K. Vaughan et Adrian Alphona  (adapté en série disponible sur Disney plus) ou Jupiter’s Legacy de Mark Millar et Frank Quitely dont l’adaptation en série sera diffusée à partir du 7 mai sur Netflix . C’est un mouvement qui  traduisait deux phénomènes, d’une part des auteurs de comics dans la trentaine qui utilisaient les super-héros  comme vecteurs à leurs propres interrogations sur la paternité, un moment où l’on explore son rapport à son propre père et où l’on questionne ce qu’il a pu faire de bien ou de mal dans notre éducation. L’autre c’est la défiance toujours plus grande envers l’autorité qui s’est installé dans les générations qui ont connu 40 ans de guerres et de crises qui ont remis en cause une à une toutes les institutions sur lesquelles étaient bâties la confiance du peuple. La figure de Superman qui était  au sortir de la seconde guerre mondiale une incarnation de la puissance et de la supériorité morale de l’Amérique devenait ainsi une figure ambiguë. Sa popularité correspondait en quelque sorte à l’adolescence de la société américaine en pleine confiance et le doute envers cette figure paternelle à mesure que cette société entrait dans un âge adulte.

Malgré ses changements pourtant, Invincible réussit à capturer l’esprit de la bande dessinée originale  tout en l’améliorant à bien des égards. Les premiers numéros datant des  années 2000, leur relecture  en 2021 peut être quelque peu frustrante en raison, entre autres, d’un courant sous-jacent d’homophobie présent . En adaptant le matériel, Invincible retire beaucoup de contenu qui pourrait s’avérer problématique tout en contribuant à rendre la série  plus diverse que la bande dessinée à la fois à l’écran et hors écran. Un certain nombre de changements apportés aux personnages existants  comme  Amber – incarnée par Zazie Beetz (Deadpool 2, Atlanta , Joker) et William –  les rendent beaucoup plus complets et moins caricaturaux qu’ils ne l’étaient au début de la série de bandes dessinées. Invincible partage un certain ADN avec The Boys, car les deux séries  se veulent  une interprétation plus réaliste du super-héros souvent excessivement clean . Sur le papier comme  à l’écran Invincible est donc très brutal voire carrément sanglant mais le sang et les tripes de la série semblent être une extension naturelle du choix de représenter des super-héros animés de manière réaliste. Cela  contribue à la dramaturgie de la série en soulignant le poids que peuvent avoir de mauvaises décisions que pourrait adoucir l’animation. Mais aussi ne nous trompons pas, parce que c’est terriblement cool!  L’une des plus grandes réussites d’Invincible se situe dans les  performances vocales de ses comédiens, la plupart  connaissent très bien les exigences du doublage, et offrent des interprétations pleines de nuances avec aisance. Steven Yeun apporte apporte beaucoup de charme au personnage de  Mark Grayson . À chaque tournant de l’histoire celui-ci doit faire des choix difficiles, il est  humain, mais aussi un Viltrumite, un lycéen mais aussi un super-héros, invincible certes mais aussi profondément vulnérable. Yeun capture ces dichotomies avec une performance subtile qui fait de Mark un héros convaincant. Sandra Oh apporte énormément d’émotions à la série dans le rôle  de  Debbie Grayson, la révélation précoce de la vraie nature de Nolan permet d’approfondir leur relation et de lui donner un rôle plus actif  que dans les comics, découvrant peu à peu  les secrets de son mari. Mais le MVP de ce casting étoilé est vraiment J.K Simmons. Il est impérial en Omni-man et les deux grands monologues qu’il a dans le premier épisode et le final (incroyable séquence du métro !) apportent toutes les nuances nécessaires à un personnage  à la fois menaçant et complexe. En dehors des performances et de l’intrigue, l’animation d’Invincible est vraiment réussie. Elle est simple mais fluide, les designs et le style de Cory Walker et Ryan Ottley s’y  prêtant parfaitement, les séquences de combat  sont captivantes et il y a  une grande attention aux détails, en particulier dans les expressions des personnages qui aide le spectateur à s’impliquer. En conclusion l’adaptation d’ Invincible est remarquable, la reconfiguration des intrigues pour raconter une nouvelle histoire qui reste familière, le casting vocal, la conservation de l’univers graphique et de la tonalité des comics. Le final de la première saison et sa relecture du fameux douzième  épisode du comic-book cimente la réussite complète de cette première saison qui compte parmi les adaptations de comics les plus abouties tous médias confondus.

Crédits: Amazon Prime Video

2 réponses »

  1. Je ne savais RIEN de la série, je n’ai jamais vu de bande-annonce et au début, j’étais tout à fait « D’accord, des héros à l’emporte-pièce et un contenu sain! » Et puis C’EST ARRIVÉ et quel voyage c’était.
    Omniman avant que Mark ne devienne invincible : Mark nous sommes comme des Kryptoniens
    Omniman après Mark devient invincible : Mark nous sommes en fait comme des Saiyans

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