Critiques Cinéma

GREEN BOOK: SUR LES ROUTES DU SUD (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS: En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraitéDans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune. 

Dans les années 90, l’arrivée des frères Farrelly, Peter et Bobby, dans le paysage cinématographique américain avait redéfini les codes d’un genre qu’ils ont poussé à sa limite, démontrant par la qualité de leur écriture et leur sincère bienveillance, qu’il était bien possible de rire de tout, sans blesser, sans offenser et que ce rire est non seulement libérateur mais peut se révéler fédérateur. Cet humour à la fois irrévérencieux et bienveillant repose sur la qualité de l’écriture de personnages avec lesquels on rit mais dont on ne se moque pas, qui ne sont pas jugés ni par le scénario, ni par la mise en scène.  Il ne faisait guère de doutes à nos yeux que cette sensibilité devait leur permettre d’explorer d’autres registres, plus dramatiques, dans lesquels les enjeux ne seraient pas désamorcés par la petite musique propre aux Farrelly. Adapté d’une histoire vraie, celle d’une amitié interraciale dans l’Amérique raciste du début des années 60, Green Book offre une matière que l’on imaginait sans mal pouvoir être travaillée par Peter Farrelly dont c’est le premier film écrit et réalisé sans son frère Bob.

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Au-delà de la relecture attendue de Miss Daisy et Son Chauffeur (Bruce Beresford, 1989), avec Green Book, Peter Farrelly renoue avec une certaine tradition de la comédie populaire américaine qui connu son apogée dans les 80’s et début des 90’s, reposant sur un duo qu’en apparence tout oppose et dans lequel chacun, au contact l’un de l’autre, va évoluer, se débarrasser de ses à priori ou inhibitions pour mieux s’accepter, se comprendre et, au final, devenir de meilleures versions d’eux-mêmes. Farrelly a ainsi fait le choix clair de jouer à fond sur l’opposition de caractère et de culture entre ses deux protagonistes, quitte à les tirer vers la caricature pour que la dynamique comique fonctionne mieux. De fait, Green Book lorgne même vers le feel good movie et se révèle être une comédie enlevée et bienveillante qui, sans ignorer son contexte, n’entend pas être édifiante mais divertir et donner le sourire. L’entreprise a certainement quelque chose d’anachronique mais d’indéniablement  rafraîchissant dans notre époque faite de cynisme et de noirceur. Pour l’apprécier pleinement, il faut en accepter la naïveté apparente, certaines grosses ficelles scénaristiques et ne pas être frustré par ce que ce récit perd en profondeur et portée politique. Green Book assume totalement sa nature et ses ambitions, sans chercher à sortir de sa zone de confort pour tenir impeccablement sa ligne de conduite. C’est à la fois un point fort quand tant de films en sont incapables mais aussi sa limite en ce qu’il ne surprend ni ne dérange jamais. Le contexte racial et social d’une Amérique encore coupée en deux est présent en toile de fond et ne prend pas le pas sur ce qui est l’ADN du film. Green Book est plus un film sur l’amitié, la fraternité, qu’un récit sur le racisme.

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La première rencontre entre Frank « Tony Lip » Vallelonga (Vigo Mortensen) et Don Shirley (Mahershala Ali) donne immédiatement le ton. Elle ressemble à la collision entre deux mondes, celui des sopranos (dans lequel le vrai Tony Lip a d’ailleurs eu un rôle récurrent) et celui du Prince à New York (John Landis, 1988). Le scénario fait de Don un être à peine moins précieux et coupé du monde que le personnage d’Eddy Murphy débarquant à  New York. Un afro américain certes mais quasiment étranger à cette culture et vivant dans un monde dans lequel il n’avait pas réellement eu à se confronter au racisme et à la discrimination, jusqu’à ce qu’il prenne la décision d’entamer une tournée à travers les États Sudistes. Ce choix de pousser encore un peu plus loin l’excentricité de Don se comprend si on aborde le récit comme une comédie mais rend clairement moins inopérant le sous-texte politique et social (la famille de Don Shirley a d’ailleurs dénoncé cette écriture caricaturale, adoptant finalement le point de vue de Frank). Face à lui, Vigo Mortensen peut paraître un choix totalement incongru  pour incarner un italo américain aussi caricatural, cochant toutes les cases attendues de ce genre de personnage. Celui que l’on connaît plus pour des rôles de mafieux de l’Est adopte ici un costume qui ne semblait vraiment pas taillé pour lui mais qu’il porte finalement relativement bien grâce à son abattage et son charisme, assumant les running-gag les plus grossiers.

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Green Book, pour tenir bon son cap et filer à vive allure sur la route de la comédie d’humeur ne craint pas les résolutions magiques et les retournements téléphonés, faxés et affichés en 4×3 mais si l’on fait le deuil de ce que le film aurait pu et , à nos yeux, dû être, vu son sujet, on prend du plaisir à suivre ces deux personnages qui apprennent l’un de l’autre alors que leur route n’aurait jamais dû se croiser. Mahershala Ali est solaire et montre un réel talent pour la comédie, il rend surtout Vigo Mortensen meilleur, chacune de leur scène tirant le film et le personnage de Frank vers le haut. C’est peut-être d’ailleurs un souci, tant ce récit co-scénarisé par le fils de Frank Vallelonga semble être vu par ses yeux, notamment quand on pense à la place donnée à la relation avec son épouse et les lettres qu’il lui écrit durant cette tournée. La critique américaine adore ce genre de récit et nous ne sommes pas spécialement surpris, même si pas loin d’être consternés vu les autres films qui pouvaient prétendre à cette distinction, que le très prestigieux AFI (American Film Institute) lui ait décerné le titre de meilleur film de l’année. Nous attendions probablement un grand film et n’avons vu qu’un bon film, un de plus dans la filmographie de son metteur en scène dont on peut espérer que la reconnaissance reçue pour ce film lui donne envie de persister pour sortir un peu plus de sa zone de confort.

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Titre Original: GREEN BOOK

Réalisé par: Peter Farrelly

Casting :  Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini …

Genre: Drame, Biopic

Sortie le: 23 janvier 2019

Distribué par: Metropolitan FilmExport

3 STARS BIEN

BIEN

 

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