ENTRETIENS

« C’est ce que je revendique moi le film du dimanche soir »(Entretien avec Fred Cavayé)

Rencontré en 2017 à l’occasion de la sortie vidéo de Radin!, nous avions pu poser quelques questions au réalisateur Fred Cavayé.

Comment est né Radin! ?
Il faut toujours faire des films pour des bonnes raisons… Pour Radin! je cherchais où j’avais envie d’aller et un soir le producteur de Pour elle me dit “j’ai un scénario mais on ne sait pas si le film va se faire ou pas, mais c’est pas pour toi, c’est une comédie…” . Je lui dis “Écoute, moi j’aime bien les comédies, pourquoi je ne ferais que du thriller, j’ai aussi le droit de rire, dans ma vie je ne fais pas que courir pour sauver ma femme…” et il me dit “C’est sur un radin…” et tout de suite je sais que ça va m’intéresser parce que c’est un sujet universel et surtout qui n’avait jamais été traité sur un film comme ça en bloc. Et j’ai eu envie de savoir ce qu’était ce radin et de fil en aiguille j’ai lu le script, les scénaristes m’ont autorisé à restructurer, redialoguer, pour me l’approprier et j’ai bossé un mois et je suis rentré à Paris, je l’ai fait lire à Eric Jehelmann le producteur, il m’a dit “ba je crois que c’est pas mal, on va l’envoyer à Dany Boon“. Et je me suis régalé, autant que sur les thrillers et même si c’est très différent de ce que j’ai fait avant je l’ai fait par envie et j’ai pris autant de plaisir.

Quand vous avez lu le scénario, le film était déjà prévu pour Dany Boon ?

Non. Il y avait une base solide avec un scénario qui était déjà de qualité mais pour vraiment m’approprier le film, il fallait que je puisse redialoguer, restructurer, changer des enjeux, ramener des choses. Par exemple, j’ai ramené tout ce début avec les trucs sur son enfance, pour expliquer pourquoi il est radin mais en fait c’est pas sa faute, c’est parce qu’il a été traumatisé dans le ventre de sa mère, tous ces trucs-là qui sont des trucs de comédie et peut-être qu’au fur et à mesure de l’écriture, j’ai emmené le scénario vers un personnage un peu moins sympathique qu’il n’était à l’origine. Par exemple, le personnage du voisin, c’était un voisin qui aimait ses enfants, moi je préférais faire un mec qui en fin de compte ça le saoule d’avoir six gosses, sa femme s’est tirée et il en peut plus, il les appelle les piranhas. J’ai emmené le film vers des choses un poil plus, pas cyniques mais disons subversives et même si ça reste ce que je voulais faire, c’est à dire un film de Louis de Funès, un film du dimanche soir dans le bon sens du terme, comme sont mes thrillers. C’est ce que je revendique moi le film du dimanche soir et je trouve que ça nous manque. Quand on était petits il y avait des films d’une qualité incroyable le dimanche soir, les films de Granier-Deferre, de Verneuil et ce serait pas mal qu’on en refasse un peu des films du dimanche soir. Fin de la parenthèse. Je suis donc rentré avec le script et Dany s’est imposé naturellement, car quand vous préparez une comédie forcément vous pensez à Dany Boon puisque c’est le patron donc on pense à lui en premier, mais là encore plus parce que comme j’avais emmené le personnage vers quelqu’un de pas très sympathique c’était vachement intéressant d’avoir quelqu’un avec une image extrêmement sympathique et que le spectateur accepte ses actes. Donc il fallait Dany Boon et j’ai eu la chance qu’il dise oui. Je suis rentré avec le script un jeudi, on a décidé de lui envoyer le vendredi et j’ai un appel de son agent le lundi qui me dit “ça lui a plu, il voudrait te rencontrer”. Je ne le connaissais pas Dany et je l’ai vu le lendemain et il m’a dit “c’est ok mais on tourne dans deux mois”. C’était son unique créneau et comme pour un film il faut un minimum de temps de préparation c’était tendu. J’ai appelé le producteur et je lui ai dit voilà j’ai deux bonnes nouvelles: “C’est Dany Boon et on est en prépa depuis cinq minutes” (Rires)

Quelle était votre approche de la comédie? Votre expérience en la matière c’était vos courts métrages, l’écriture de La Guerres des Miss, le sketch des Infidèles…? Comment vous êtes vous senti sur ce genre?

Mes premières velléités étaient de faire de la comédie. Je dirigeais un café-théâtre en Bretagne avant de faire du cinéma, j’étais un fou de cinéma et j’aimais plein de genres de cinéma et quand j’arrive à Paris j’écris pour Caméra Café, pour des petites pastilles comme ça et je me destine peut-être à faire de la comédie mais les hasards des rencontres font qu’avec Guillaume Lemans c’est avec Pour Elle qu’on arrive à décider un producteur alors qu’on avait un autre film qui était une comédie avec Guillaume qui s’appelait La loi de Murphy, dont le titre a d’ailleurs été utilisé pour une autre comédie et comme j’avais cette image de scénariste de comédie, on m’a embauché sur La guerre des Miss, j’ai travaillé sur RTT aussi, mais sur La guerre des Miss par exemple on doit être huit et au final donc je dois pas y être pour grand chose d’autant que ce que j’avais fait au début du script était beaucoup plus méchant que ce que Patrice Leconte voulait en faire. C’était bien plus acide et ce n’est pas ce que voulait faire Patrice Leconte ce qui est tout à fait louable surtout que c’est son film. La comédie ne m’était donc pas totalement étrangère mais heureusement que j’avais fait des thrillers avant parce que ça m’a appris le rythme et à réaliser des films forcément. J’ai fait pareil pour les thrillers que pour Radin! On place la caméra selon l’histoire que l’on est en train de raconter. La mise en scène au cinéma ça doit être ça, c’est ce qui se passe à l’image qui détermine la place de la caméra et pas l’inverse sinon c’est une bande démo pour faire de la pub. Il y en a (Rires) L’important c’est de raconter une histoire pas de faire des effets qui soient juste dans l’esbroufe. Si c’est brillant mais qu’en plus ça fait avancer l’action là c’est la cerise sur le gâteau.

Quelle différence faites-vous entre l’orchestration du rythme entre l’action et la comédie?

Je réalise Radin! et mes thrillers vraiment de la même manière, j’ai un langage qui est le mien mais encore une fois heureusement que j’ai fait des thrillers avant parce que je me suis rendu compte en le faisant que la comédie c’est vraiment une question de rythme. Même dans la direction d’acteurs, un dialogue est drôle si l’acteur met un micro-silence avant sa phrase et si il ne met pas ce micro-silence, la même phrase ne va pas être drôle et certains comédiens ont ça de manière innée. Pour la comédie c’est la même chose et on retrouve aussi mes préoccupations premières, la peur du gras, qu’on s’ennuie, j’ai tout le temps peur du ventre mou, peut-être même trop parfois comme on me l’a déjà fait remarquer. En tout cas c’est comme ça que j’aime raconter des histoires parce que j’aime qu’on me les raconte comme ça….

Propos recueillis par Fred Teper

Remerciements à Aude Dobuzinskis de l’agence Dark Star Presse

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