Critiques

LOKI (Critique Mini-Série Épisode 2×06) Le variant anglais…

ATTENTION SPOILERS : 

Cet article révèle certains rebondissements

et nous vous conseillons sa lecture

après le visionnage de l'épisode

L’épisode d’ouverture de Loki a introduit un tas de nouveaux concepts  dans le MCU, relativisant les structures de pouvoir dans l’univers (les pierres d’infinité n’y sont que de vulgaires presse-papiers) et étendant le concept de lignes temporelles divergentes introduit dans Avengers Endgame. Sur ces bases ce deuxième épisode pose un discours sur le libre arbitre, le but et la nature de l’existence tout en poursuivant la déconstruction du personnage de Loki. Ce discours sera sans doute au cœur de la série, et révèle ce qu’on devine être la structure du show. Il le fait à travers deux vecteurs principaux qui le rende accessible au plus grands nombre : la structure familière des séries policières et la complémentarité et l’entente entre Owen Wilson et Tom Hiddleston. En faisant appel tout au long de l’épisode à des figures récurrentes des procedurals la série contribue à ancrer les « high-concepts » de SF dans une réalité familière, la superstructure administrative du QG de la TVA qui en est le décor principal évoque les commissariats de ces grandes séries policières. Déjà le premier épisode en utilisait de nombreux tropes avec ses séances d’interrogatoires entre Loki et  Mobius (Owen Wilson), la stratégie familière de ce dernier consistant à utiliser un criminel pour en attraper un autre, d’entrer dans son esprit pour anticiper ses prochains méfaits ou la dynamique bon flic/mauvais flic entre Mobius et B-15 (Wunmi Mosaku). Le deuxième épisode continue d’embrasser cette ambiance procédurale. Dans cet épisode on fait miroiter à Loki  la possibilité d’une audience publique avec  les Gardiens du temps, une version de la  promesse d’immunité ou d’une peine réduite si le criminel coopère avec la police. Nous  passons un peu de temps seuls avec le juge Ravonna Renslayer (Gugu Mbatha-Raw) qui lors de  son échange avec Mobius assume le rôle du capitaine de police qui doit recadrer un des ses éléments brillants mais rebelle, autre grand classique du genre. Visiblement le duo se connait depuis longtemps et a même peut-être une histoire qui dépasse le cadre professionnel, la mise en garde de Ravonna trouve un écho plus tard dans l’épisode quand Loki confronte Mobius à certaines questions existentielles sur les buts et les origines de la TVA. Même si il semble adhérer sans réserves à la doxa des Gardiens du Temps infaillibles et au devoir sacré des agents de la TVA, on sent que le doute s’instille chez lui peu à peu. Le personnage de Ravonna est d’un intérêt particulier pour le fan de comics car elle est, dans les bandes-dessinées, la compagne du vilain temporel Kang le conquérant qui s’est opposé aux gardiens du temps dans sa volonté de conquérir tout l’espace temps et dont la rumeur veut qu’il soit le méchant de Ant Man Quantumania sous les traits de Jonathan Majors vedette  de la série Lovecraft Country.

Après une diversion consistant à montrer une équipe de la TVA  débarquer dans une reconstitution médiévale au cœur de l’Amérique des années 80,  l’équipe est prise en embuscade par le variant de Loki qui assassine les Minutemen  et capture leur officier C-20 (Sasha Lane d’American Honey). Pendant ce temps au QG de la TVA, Loki apprend ce arriverait si un  événement Nexus franchissait un certain niveau de divergence, marquée sur les appareils de la TVA, par une ligne rouge : la destruction de la chronologie sacrée. L’analyse d’une énergie temporelle spécifique prouve à la TVA que le variant de Loki est en effet responsable de l’embuscade contre l’équipe de C-20. On apprend également qu’il y a dans le continuum temporel plus de variants de Loki que de tout autre individu (on voit défiler alors tout une série de variations du personnage assez amusantes). Mobius essaie d’utiliser cette information pour  manipuler le manipulateur en lui disant que le variant assassin est  une « version supérieure » de lui-même. Loki se met  au travail dans les entrailles des archives de  la TVA, son existence dépendant littéralement de sa capacité à trouver un moyen d’arrêter son variant. En étudiant la destruction d’Asgard il constate qu’aucune énergie de variance n’a été détectée et il a une épiphanie : son adversaire se cache de la TVA dans ces évènements apocalyptiques. Cette scène fonctionne sur deux plans, procédural d’un coté mais aussi  émotionnel puisqu’il se replonge dans l’histoire de son royaume aujourd’hui  disparu. Ravi de prouver à Mobius qu’il a raison, le dieu de la malice teste sa théorie à Pompéi avant que  la ville ne soit détruite. Là encore cette scène renvoie au genre policier avec Loki dans le rôle du rookie qui ne respecte pas les règles et Mobius dans celui de son partenaire plus âgé et blasé. L’entente entre Hiddleston et Wilson est naturelle et fonctionne même mieux que celle entre Anthony Mackie et Sebastian Stan dans  Falcon and the Winter Soldier. Cette alchimie est l’arme secrète dune série basée sur de longs dialogues plus que sur l’action. Loki utilise leurs échanges  pour semer le doute dans l’esprit de Mobius sur les buts réels des Gardiens du Temps  et de la TVA . Si on se remémore l’intrigue de Captain America et le Soldat de l’Hiver, l’hypothèse  que les Gardiens du Temps, trois lézards ayant soumis le multivers à leur volonté, soient les vrais méchants de l’histoire n’est pas improbable. Cela donnerait une arche narrative à Mobius, avec le meilleur agent de la TVA  tournant potentiellement le dos à son propre credo. Cette conversation fait apparaitre que ces deux personnages dépareillés ont plus en commun qu’ils ne le pensaient, Loki comme Mobius par des moyens différents aspirent  à maintenir un ordre des choses (c’était la motivation initiale de Loki quand il voulait régner sur la terre). 

Avec les informations de Loki, Mobius déduit que le variant meurtrier se cache en 2050 en Alabama, Loki, Mobius, Hunter B-15 (Wunmi Mosaku) et une équipe de Minutemen débarquent dans un centre commercial futuriste géant baptisé Roxxcart (appartenant certainement à Roxxon une mega-corporation pétrolière dans les comics). S’ouvre alors la séquence la plus tendue (et attendue de l’épisode) la confrontation du dieu de la malice face à lui-même. Le pouvoir de contrôle de l’esprit, que Loki a utilisé dans le premier Avengers, est de retour ici avec le « variant Loki  » l’utilisant pour posséder divers personnages  (comme dans le film Hidden) avant de révéler sa forme, celle d’ une version féminine de Loki  (Sylvia DiMartino) et son plan : détruire la chronologie sacrée, en déclenchant une multitude de divergences simultanées et faire ainsi dérailler le grand projet des Gardiens du Temps. Si cette version féminine de Loki existe dans le canon des  comics, elle est apparue en 2008 durant une célèbre histoire de Thor écrite par J. Michael Straczynski et dans lequel Loki renait sous l’apparence d’une femme suite aux événements apocalyptique du Ragnarok. Il semblerait qu’on ait affaire ici à une diversion et que le personnage aux cheveux blonds  incarné par DiMartino soit en fait une version d’une autre adversaire des comics baptisée l’Enchanteresse. Si la première version du personnage est une asgardienne  la seconde Enchanteresse est une femme humaine nommée Sylvie Lushton qui s’est vu accorder des pouvoirs magiques par Loki lui-même, lui faisant croire qu’elle était en fait une Asgardienne. Sylvie est, un peu comme Loki,tiraillée entre un destin maléfique apparemment inévitable et le désir d’écrire sa propre histoire. Autre élément qui apporte de l’eau au moulin de cette théorie, Sylvie est apparue pour la première fois dans un titreYoung Avengers  et si il y a un  point commun à toutes les séries Disney + du MCU c’est l’introduction pour chaque série d’un membre de cette équipe. Les jumeaux de Vision et de la Sorcière Rouge futurs Wiccan et Speed dans Wandavision, Elijah Bradley futur Patriot dans Falcon et le Winter Soldier. On sait déjà que la série Hawkeye  actuellement en post-production va introduire une autre membre du groupe Kate Bishop et le troisième Ant-man a recasté le rôle de Cassie Lang, fille d’Ant-man et membre elle aussi des Young Avengers. Quelle que soit au final son identité, cette variante de Loki  est bien en avance sur lui et le  nargue en lui disant que « Tout ne tourne pas autour de toi « , faisant  écho aux dernières paroles de l’Ancien (Tilda Swinton) au Docteur Strange dans le film éponyme. Le personnage de Tilda Swinton a passé sa vie  à protéger notre réalité et son successeur est sur le point de faire face à un multivers de folie dans sa prochaine suite écrite par le showrunner de Loki  Michael Waldron et il n’y a donc sans doute pas de hasard.  Si cet épisode est encore consacré à l’exposition voire la répétition des grands  thèmes  de la série, sa conclusion n’aurait pas eu le même impact si les scénaristes n’avaient pas clairement souligné  ce qui est en jeu ici. Autre détail, si l’épisode semble se conclure par une trahison de Loki, il est peut-être plus près de se débarrasser de sa nature égocentrique que ses adversaires le croient.  Avant de disparaitre il s’assure que B-15 va bien alors qu’elle est inconsciente après sa possession. Qu’un tel personnage qui a montré  à ce stade son mépris pour la vie des mortels soit préoccupé du sort d’un personnage qui ne lui a montré que du mépris indique que, si il n’est pas encore un héros, il est peut-être sur le point de le devenir.

Crédits: Disney +

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