Critiques

Falcon & le Soldat de l’Hiver (Critique Mini-Série Épisode 1×06) Captain America Rises

ATTENTION SPOILERS : 

Cet article révèle certains rebondissements

et nous vous conseillons sa lecture

après le visionnage de l'épisode

Après cinq épisodes parfois chaotiques dans la narration mais marqués par de grands moments d’action et un discours au contenu politiquement chargé pour une série Marvel le dernier épisode de Falcon et le soldat de l’hiver  avait la lourde tache de conclure de façon satisfaisante les diverses intrigues et le parcours de ses protagonistes. La bonne nouvelle est que « Un seul monde , un seul peuple » mettant au premier plan la transformation de Sam Wilson (Anthony Mackie) en Captain America, parvient à offrir un spectacle  qui tient la promesse tacite de la série d’offrir sur le petit écran un spectacle comparable aux superproductions cinématographiques du MCU. Ce final comme l’épisode inaugural avec des effets visuels impeccables sans jamais éclipser les moments de développement des personnages et les thématiques qui distinguent la série d’un  film d’action divisé en six parties. L’épisode précédent avait fait converger tous les protagonistes vers New York où Karli Morgenthau (Erin Kellyman) et ses Flag Smashers, assistés de Batroc (Georges St-Pierre) qu’a délégué sur place le mystérieux Power Broker, tiennent le GRC en otage, avec l’intention d’arrêter un vote qui renverrait des millions de réfugiés dans leurs pays. Bucky (Sebastian Stan) rejoint Sharon (Emily VanCamp) qui a quitté Madripoor pour les aider. Mais avant que les Flag Smashers puissent aller plus loin, ils sont interrompus par un bouclier familier jeté à travers la fenêtre par Sam  vêtu d’un tout nouveau costume de Captain America. Les Flag-smashers sont enfin présentés comme une menace sérieuse, il est dommage qu’il ait fallu autant d’épisodes pour montrer la portée de la menace que Karli et la paranoïa de son groupe peut représenter. Néanmoins cela donne une raison plus convaincante pour Sam et Bucky de neutraliser Karli et son groupe, l’élévation des  enjeux  dramatiques contribuant à rendre ce final  plus excitant. 

Les motivations de Sharon  Carter deviennent claires après sa  confrontation avec Karli. Cette révélation ne surprendra pas ceux qui suivent la série depuis le début mais si elle est bien mis en scène cela semble moins une évolution naturelle du personnage que la nécessité de donner un visage familier au Power broker. Sans doute aussi la conclusion de Avengers Endgame rendait obsolète le rôle d’amoureuse  potentielle pour Steve Rogers que semblait lui destiner Captain America Le Soldat de l’hiver. Après avoir été neutralisé par Sam et Bucky  et  déchu de son titre de Captain America, John Walker (Wyat Russell) se joint tout de même au combat avec le bouclier de fortune qu’il s’est forgé à la fin du dernier épisode, déterminé à venger son partenaire en tuant Karli. Au cours du combat Walker semble avoir une épiphanie et décide de sauver des vies plutôt que de se venger. Ce moment héroïque est là encore bien mis en scène mais semble forcé. Sans doute, comme le montre la fin de l’épisode parce qu’il est destiné à être un futur protagoniste du MCU, sans doute plus extrême que les autres héros mais sans pouvoir se permettre d’être un psychopathe instable. C’est un des principaux points faibles du modèle d’univers partagé où l’utilisation de personnages dans plusieurs franchises concomitantes perturbe leur évolution dramatique.naturelle. Wyatt Russell a été la révélation de la série montrant une palette de jeu et un charisme qui annonce une grande carrière. À l’inverse, plutôt que d’avoir un arche rédemptrice, Karli Morgenthau (Erin Kellyman) continue d’emprunter une voie meurtrière et aussi naturelle que soit sa conclusion sa  mort semble précipitée. Son histoire s’arrête avec finalement peu d’explications sur son virage extrémiste et ses tendances homicides soudaines. Les aspects les plus intéressants de son  personnage son idéologie et son ambiguïté sont mis à l’écart, remplacés par des clichés de méchants comme pour éviter d’apporter des réponses aux questions qu’elle soulève. Les Flag Smashers auraient pu être un vecteur pour traiter de  sujets comme la cupidité capitaliste et le mauvais traitement des réfugiés, cependant ils  ne sont jamais  assez approfondis. Les motivations du Global Rapatriation Council (GRC) ne sont jamais tout à fait claires, à plusieurs reprises, nous entendons parler de frontières et de réinstallation des réfugiés, sans savoir les conséquences que ces  plans peuvent avoir sur nos personnages. Erin Kellyman fait  ce qu’elle peut, mais l’écriture de son personnage l’a trahi. Karli n’est jamais assez haïssable ou aimable pour provoquer une implication émotionnelle chez le spectateur, si bien que sa mort nous laisse finalement assez froids.  C’est un nouveau méchant potentiel gaspillé, un autre problème constant dans le MCU.

S’il y a une chose en revanche que cet épisode final réussit, ce sont les les arches narratives des personnages principaux. Sam et Bucky atteignent leur plein potentiel à la fin de l’épisode. Bucky fait enfin la paix avec son passé alors que Sam, embrasse pleinement le rôle de Captain America. Depuis que Steve Rogers lui a remis le bouclier à la fin de Avengers Endgame, nous avons  attendu le moment où Sam reprendrait officiellement le titre de Captain AmericaAnthony Mackie s’est montré excellent tout au long de la série dans son conflit intérieur pour assumer le poids et les attentes qui vont avec ce bouclier. Sam fait ici ses débuts en Captain America de la manière la plus cinématographique possible. Le voir enfin dans son nouvel uniforme rouge, blanc et bleu qui intègre parfaitement son ancienne et sa nouvelle identité est une expérience spectaculaire avec une des adaptations d’un costume des comics  les plus fidèle du MCU (Il semble jaillir d’une case du  Captain America (vol. 7) #25  par Rick Remender et Stuart Immonen). Cet épisode met bien en évidence la différence de physicalité entre  Sam et Steve Rogers : voir un Captain America capable de voler et d’utiliser d’autres ressources que la super force montre le  respect des créateurs pour les deux itérations du personnage. Non seulement il est crédible en super-héros  qui vole, lance ce bouclier de vibranium sur les méchants et utilise la technologie du Wakanda mais c’est dans la séquence où il  s’adresse aux sénateurs américains qu’il vient de sauver, appelant à un réel changement, qu’il devient vraiment Captain America. Au lieu d’un discours de victoire cliché il interpelle  les  politiciens sur leur hypocrisie et sur le pouvoir qu’ils ont sur les populations qu’il sont censés représenter. Thématique récurrente de la mini-série Sam en Captain America s’efforce de représenter non pas l’Amérique telle qu’elle est mais telle qu’elle pourrait être. Devant les médias, Sam porte fièrement le bouclier et défend ses valeurs, sans peur du jugement. Sa confrontation finale avec Karli est un autre  exemple de son approche, évitant à tout prix la violence et recherchant l’empathie. La forme d’idéalisme de Sam fait écho à celle de Steve Rogers mais elle inclut les aspirations à la justice sociale et raciale d’une grande partie négligée de la population américaine. Cette aspiration à la justice de Sam se concrétise quand il  emmène Isaiah Bradley (Carl Lumbly) dans l’aile Captain America du musée Smithonian où les contributions de l’ancien soldat sont enfin reconnues au même rang que celles de Steve Rogers. Sam apporte une réponse à une des questions posées par Isaiah (pourquoi se battre pour un pays qui a tant floué la communauté noire ?) qu’on sent issue de débats réels qui agitent la communauté afro-américaine et donne un vrai relief à la série. Falcon et le Soldat de l’Hiver  démontre que Sam Wilson est un super-héros essentiel dans le MCU au même titre que  les membres fondateurs des Avengers. Avec ce message  fort et pertinent, la décision d’explorer le chemin de Sam pour devenir Captain America au cours de six épisodes se justifie  pleinement car un film n’aurait probablement fait qu’effleurer certains des thèmes qui sont si parfaitement abordés dans la série d’une manière significative, en particulier ce que signifie un Captain America noir dans l’Amérique contemporaine.

Au cours de ses dix ans dans le MCU, Bucky Barnes a eu sa juste part de temps à l’écran, mais jamais à ce niveau. Sebastian Stan a livré une belle performance tout au long de la série qui a vu l’ouverture d’une nouvelle période dans la vie du personnage, libéré de l’emprise du soldat de l’hiver, Bucky réapprend essentiellement à être humain. Observer son parcours que ce soit  son développement personnel et  son amitié avec Sam a été un des plaisirs de la série. Ses liens avec le Wakanda nous rappelle à quel point il est connecté à l’ensemble du MCU. Seul bémol la liste des personnes dont il devait rechercher le pardon est le seul aspect de son histoire qui aurait pu être étoffé. Il y avait là une occasion d’explorer sa culpabilité plus loin que sa confession à M. Nakajima. Quoi qu’il en soit, la conclusion de l’arche  de Bucky  est très satisfaisante, libéré de la douleur de remords, il se sent enfin à l’aise avec sa nouvelle vie et trouve une nouvelle famille avec les Wilson, un moment subtil mais beau. L’entente entre Anthony Mackie et Sebastian Stan a été l’arme secrète de la série, avec une plus grande plate-forme pour s’exprimer, les deux acteurs sont capables de  mettre dans leurs personnages  le même supplément d’âme  qui nous a permis de nous  investir dans les personnages de Steve Rogers ou Tony Stark

Comme toujours dans le MCU bien que  le final offre une conclusion à de nombreuses intrigues  il ouvre également des portes pour des histoires futures. Joaquin Torres, (Danny Ramirez) qui fait des apparitions mineures à travers les épisodes pourrait dans une deuxième saison  reprendre les ailes du Falcon comme il le fait dans les bandes dessinées. En prenant le nom d’USAgent, John Walker entame également un nouveau chapitre qui entre la performance de Wyatt Russell et la complexité du personnage promet de se développer sans doute au-delà de la série. Le Powerbroker (et son mystérieux allié) a le potentiel de devenir un grand méchant dans le coté « spy-fi » du MCU. Eli Bradley le petit fils d’Isaiah est un autre personnage qui pourrait revenir puisque  son homologue de bande dessinée, Patriot, est  membre de l’équipe des  Young Avengers qui compte dans ses rangs Cassie Lang, la fille d’Ant-man déjà présente dans le MCU  (le rôle sera recasté dans Ant-Man Quantumania avec Kathryn Newton en remplacement d’Emma Fuhrmann qui l’incarnait dans Avengers: Endgame) ainsi que Kate Bishop qui va être introduite dans la future série Hawkeye sur Disney + où elle sera incarnée par Hailee Steinfeld (True Grit).

En utilisant les événements d’Endgame à son avantage, Falcon et le soldat de l’hiver  a réussi à intégrer des questions politiques et sociétales dans l’univers Marvel. Kari Skogland, dont on peut saluer  la variété  de sa mise en scène au cours de ces six  épisodes et Malcom Spellman, le showrunner, ont  réussi à intégrer ces  thématiques aux histoires super héroïques du MCU  de manière convaincante. Nous sommes arrivés à la conclusion de l’histoire qu’ils voulaient raconter, les difficultés de Sam a assumer le poids de l’héritage de Captain America  ont donné au personnage une  nouvelle profondeur. Falcon et le Winter Soldier  a suivi un chemin long et sinueux pour parvenir à ce nouveau statu-quo en s’attaquant aux thématiques des inégalités sociales et raciales. Si elle a parfois failli à maintenir un cap  cohérent, la série a réussi à intégrer le mythe et l’histoire de Captain America comme une sorte de métaphore de l’Amérique elle-même. Un bilan globalement positif.

Crédits: Disney +

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