Critiques Cinéma

SEIZE PRINTEMPS (Critique)

SYNOPSIS: Suzanne a seize ans. Elle s’ennuie avec les gens de son âge. Tous les jours pour aller au lycée, elle passe devant un théâtre. Elle y rencontre un homme plus vieux qu’elle qui devient son obsession. Grâce à leur différence d’âge, ils pensent ne plus s’ennuyer ensemble et tombent amoureux. Mais Suzanne sent qu’elle risque de passer à côté de sa vie, celle de ses seize ans qu’elle avait tant de mal à vivre comme les autres. 

La chronique adolescente est un genre cinématographique à part entière tant il est marqué par ses codes qu’il faut savoir digérer et embrasser pour pouvoir réaliser la prochaine proposition dans un canevas bien précis. Et c’est la direction que prend Suzanne Lindon pour son tout premier long-métrage réalisé à seulement 20 ans. Empruntant à toute une génération de cinéma bleu blanc rouge assez naturellement marquée par l’empreinte des parents de sa metteuse en scène, Seize Printemps transpire malgré tout l’envie pressante de Lindon de trouver sa place dans le milieu du cinéma tout en délivrant un certain portrait profondément naïf des pulsions adolescentes. Seize Printemps raconte l’histoire de Suzanne, alter-ego fictif de la réalisatrice, scénariste et tête d’affiche du film, jeune adolescente de 16 ans qui n’arrive pas à se plaire parmi les gens de son âge. Alors qu’elle se rend au lycée, elle rencontre un comédien de théâtre trentenaire dont elle tombe irrémédiablement et inexplicablement amoureuse.



Tirant une intrigue des plus linéaires et des plus simplistes sur 1 heure 15, Seize Printemps se présente, à l’instar de son personnage principal, comme un récit à l’innocence et à l’inconscience profonde, développant tout au long de sa durée une véritable sensibilité et un défilé de sensations charnelles et émotionnelles qui, malgré ses bonnes intentions et son envie claire de créer et de raconter une parenthèse bien précise dans la vie d’une jeune femme, se montre bien trop vide et souvent trop lente pour pouvoir se prétendre à la succession des portraits générationnels qu’ont pu être A nos Amours ou L’Effrontée, bien que Suzanne Lindon assume clairement en proposer une relecture. Car si la Suzanne de Seize Printemps trouve des traits de la jeune Charlotte Gainsbourg, elle a malgré tout bien du mal à se sortir du carcan de « personnage fonction » tant le film a du mal à nous faire comprendre ce qui la motive, la transcende et l’émeut. En se concentrant sur ces pulsions et sensations qui font battre le cœur même de l’adolescence avec autant de violence que de sensibilité, Lindon donne du fil à retordre à son spectateur, qui se retrouve devant un personnage dont il ne connaît rien et qui décide de ne pas montrer d’autres émotions que la stupéfaction et la fulgurance de l’amour qu’elle se prend en pleine figure malgré elle. Seize Printemps connaît alors un vrai ventre mou au milieu du récit, qui pèse l’ensemble de pourtant à peine plus d’une heure qui aurait peut-être été finalement plus percutant le temps d’un court-métrage mieux rythmé. Malgré ça, on ne peut nier la volonté profonde de Suzanne Lindon qui propose un film frais et naïf comme le doux temps d’une adolescence sans remous traversé par les remises en question identitaires habituelles. Mais cette approche, peut-être trop innocente, présente alors quelques problématiques plus larges que celle de l’intrigue principale, par la présentation de cette relation – certes platonique – entre une jeune adolescente en pleine recherche de repères et un comédien trentenaire. Ne prenant jamais position sur cette question, Seize Printemps se montre très maladroit dans sa peinture de cette histoire certainement pas anodine.


Par son casting, le long-métrage se présente assez solidement, réunissant des comédien.nes talentueux qui donnent corps à ce script pourtant très léger. Derrière Suzanne Lindon, Arnaud Valois incarne avec subtilité un personnage lui aussi perdu entre deux mondes. On retrouve également Frédéric Pierrot, Florence Viala et Rebecca Marder dans les rôles des parents et de la sœur de la protagoniste, qui forment un ensemble solide même si très largement sous-exploité dans l’importance qu’une telle histoire aurait pu leur donner.


S’il est inconcevable de ne pas noter les quelques bonnes idées de mise en scène, sa sensibilité et la poésie que Suzanne Lindon insuffle à sa photographie au grain appuyé qui fige ses personnages le temps d’une histoire, Seize Printemps souffre d’une maladresse et d’une inconscience stylistique rendant l’ensemble quelque peu bancal. Trop vide pour être véritablement intéressant et trop riche pour être un produit définitivement oubliable, le long-métrage image directement les contradictions évidentes de l’adolescence, qui se concentre souvent trop sur ses émotions internes et jamais assez sur ce qu’elle veut raconter et transmettre aux autres. Par ses aspects exagérément renfermés, la protagoniste achève de fermer également la porte à de nombreux spectateurs qui auraient pu être emportés dans d’autres circonstances. Poser ses yeux sur Seize Printemps, c’est un peu comme contempler un adolescent en pleine recherche d’identité et de sensations nous balbutier ses premières remises en question. C’est parfois intéressant, souvent authentique, peut-être même prometteur pour le futur, mais ça reste avant tout toujours maladroitement amené et quelque peu creux. Au moins cela nous donne-t-il envie de retourner boire un sirop de grenadine en terrasse.

 

Titre Original: SEIZE PRINTEMPS

Réalisé par: Suzanne Lindon

Casting: Suzanne Lindon, Arnaud Valois, Frédéric Pierrot…

Genre: Drame, Romance

Sortie le: 16 juin 2021

Distribué par: Paname Distribution

MOYEN

 

 

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