Critiques

SUMMER FEVER 2020 : Billions la meilleure série TV que vous ne regardez pas !

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SYNOPSIS: Dans le monde de la finance, Chuck Rhoades, un procureur fédéral de New York, affronte certains des plus riches gestionnaires de fonds d’investissement des Etats-Unis. Dans la ligne de mire, l’ambitieux et brillant Bobby « Axe » Axelrod, dont la puissance ne cesse de croître. Les deux hommes rivalisent d’ingéniosité pour manœuvrer au mieux au grand dam de l’autre.

Si l’action de Billions se déroule dans le monde de la haute finance et des arcanes de la justice américaine ce décorum n’est qu’un prétexte pour une histoire qui tient autant de la Guerre de Troie que de Wall Street. La série décrit  la lutte sans merci que vont se se livrer deux hommes d’une détermination et d’une intelligence au-delà de celles du commun des mortels, le gestionnaire de fonds d’investissements David Axelrod génie de la finance sans scrupules issu d’un milieu modeste  et Chuck Rhoades procureur fédéral du district sud de Manhattan (dont dépend Wall Street) issu d’une lignée prestigieuse de patriciens américains. Une guerre qui comme chez Homère trouve son origine dans une femme : Wendy Rhoades épouse du second mais collaboratrice fidèle du premier. Billions est une création, pour la chaîne Showtime  (Homeland , Ray Donovan) du duo de scénaristes Brian Koppelman et David Levien (auteurs du script pour Les Joueurs thriller de 1998  autour du Poker signé John Dahl – qui réalise quelques épisodes de la série- avec Matt Damon et Ed Norton  ainsi que de celui d’Ocean’s 13) et du journaliste spécialiste de la finance Andrew Ross Sorkin (sans lien de parenté avec le scénariste de The Social Network ). Billions est un mélange réussi de soap-opéra pulp et des séries sophistiquées qui caractérisent notre époque de la Peak TV.  D’une part, c’est à l’image de nombreuses séries prestigieuses une étude de caractères d’anti-héros autodestructeurs qui questionne les zones grises de la morale, la masculinité toxique et les effets corrupteurs du pouvoir. De l’autre, Billions ne perd pas une minute avec des scénarios à combustion lente, intrigues et rebondissements se succèdent à grande vitesse sans hésiter à aguicher le spectateur avec des éléments provocants (clubs SM, apparitions de célébrités)  ni se prendre trop au sérieux avec comme objectif principal de divertir.

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L’attraction de la série est évidemment le personnage de Bobby « Axe » Axelrod, survivant charismatique du 11 septembre qui dirige Axe Capital, un fonds d’investissements  basé dans le Connecticut. Il incarne une vision fantasmée de la méritocratie américaine,  un personnage si bon dans son travail que la société lui laisse faire ce qu’il veut, peu importe qui il peut blesser en chemin. Beaucoup du plaisir qu’on prend à leur affrontement tient au fait qu’il n’est pas asymétrique, si « Axe » est un génie intuitif à la mémoire photographique, le procureur que joue Giamatti ancien prodige des échecs est un stratège accompli qui n’est jamais aussi dangereux que quand il est acculé (ce rôle de mâle alpha agressif le change de la galerie de losers qu’il incarne habituellement). A ses débuts Billions semble tomber dans le piège des œuvres qui, aspirant à dénoncer  la faillite morale du  capitalisme financier,  se délectent de nous en dévoiler les excès : villa pharaoniques au bord de mer, voitures de luxe et fêtes orgiaques. Mais rapidement la série  évolue  grâce au talent des deux acteurs principaux – Damian Lewis (Homeland, Band of Brothers) et Paul Giamatti (Sideways, The Amazing Spider-man 2 ). Les deux vedettes donnent à leurs personnages une dimension supplémentaire de maris et de père de famille impliqués, les showrunners prenant soin de les entourer de personnages féminins aussi forts et déterminés qu’eux, évitant le syndrome du « concours de b***e ». Ainsi Wendy Rhoades , incarnée par Maggie Siff (Sons of Anarchy) une thérapeute qui, est à la fois l’épouse / dominatrice de Chuck et l’employée/ gourou et peut-être âme sœur de Axe. Modèle d’intelligence à la voix douce, l’assurance inébranlable de Siff  dans le le rôle, facilite l’acceptation par le spectateur des aspects les plus rocambolesque de la série. L’évolution de sa relation avec son mari, ses voyages à ses cotés dans l’univers du BDSM essayant de comprendre son fétichisme, constitue l’une des sous-intrigues étrangement poignantes de Billions.  Chacun des deux antagonistes est entouré de personnages récurrents qui constituent leurs « équipes » du coté du procureur, son assistant  Bryan Connerty (Toby Leonard Moore vu dans Daredevil) avocat intègre et cinéphile, l’ambitieuse  Kate Sacker (Condola Rashād actrice de théâtre et fille de Phylicia Rashad du Cosby Show). Du coté d’Axelrod, son épouse Lara (Malin Watchmen Akerman) et, un des personnages les plus marquants du show, Mike « Wags » Wagner (David  Costabile vu dans Breaking Bad) directeur exécutif d’Axe Capital bras droit d’Axelrod, : dépravé , accroc au sexe et à la cocaïne  totalement amoral et cupide mais d’une fidélité absolue à son patron,  les scénaristes lui réservent les répliques les plus juteuses.  Billions est sans doute la série contemporaine qui a les meilleurs dialogues,  à égalité avec Succession (les deux séries partagent de nombreux points communs même si la série de HBO est  plus subversive et satirique), que ce soit par leur rythme, leur intelligence ou leur impact.  Chaque épisode est un festival de punchlines  du véritable caviar entre les mains d’acteurs comme Lewis et Giamatti

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Au cours de ces cinq saisons, Billions  a montré une capacité rare à évoluer, à  » pivoter » , comme le conseille Wendy à Axe face aux diverses enquêtes de la commission de bourse qu’affronte sa société.  Face au  risque de rester coincé dans une formule répétitive : combien de fois pourrions-nous regarder Axe battre Chuck, puis vice versa, à l’infini à la façon de Will E. Coyote et Bip Bip ? Billions à l’issue de sa première saison a commencé  à élargir son cadre,  intégrant de nouveaux personnages portés par des acteurs prestigieux comme Eric Bogosian (qui joue aussi dans SuccessionDavid Strathairn ou John Malkovitch (déjà présent dans Les joueurs) ainsi qu’une galeries de PDG, capital-risqueurs, oligarques, hommes de mains troubles et avocats marrons  tout en développant les personnages secondaires faisant du Manhattan de la série un véritable Westeros de la finance. Les showrunners ont utilisé à leur avantage  l’adaptabilité structurelle qu’offre la fiction sérialisée pour tester ces nouvelles figures poussant les plus intéressantes au centre du jeu. Ainsi Taylor Mason, prodige des mathématiques joué par Asia Kate Dillon, (John Wick Parabellum)  premier personnage principal non-binaire à la télévision nord-américaine. La question de l’identité de genre de Taylor, tout en étant abordée, ne sert jamais à le/la définir,  elle est laissée en grande partie en arrière-plan, servant à équilibrer intelligemment le postures machistes théâtrales de l’univers de la haute finance. La plasticité de la série lui a permis d’évoquer l’administration Trump, qui est arrivée au pouvoir entre la deuxième et la troisième saison, de façon organique avec l’introduction d’un Procureur général des États-Unis malfaisant qui pousse Rhoades à fermer les yeux sur la délinquance en col blanc et se concentrer sur la criminalité des minorités .La série est adepte dans l’art de semer des intrigues satellites qui reviendront tels les affluents d’un fleuve  augmenter l’impact des intrigues principales. 

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Billions est enfin une série particulièrement cinéphile , son créateur Brian Koppelman confie avoir lors de l’élaboration de la série regardé  en boucle pendant prés d’un mois Le Parrain pour en décortiquer la structure narrative. Les scénaristes parsèment chaque épisode  de références à la pop-culture et au cinéma de Highlander (un film que le personnage d’Axelrod et les créateurs du show adorent au point d’avoir casté son bad-guy Clancy Brown dans un rôle récurrent) à Chinatown, de Blade Runner à Donnie Brasco, de Heat à la saga du Parrain ces easters-eggs  donne un aspect ludique pour le  spectateur qui cherche à les débusquer. Si beaucoup de séries actuelles font appel à  des réalisateurs de cinéma confirmés, Billions se distingue dans ce domaine avec une liste impressionnante : Neil Burger (Limitless), James Foley (Comme un chien enragé), John Dahl (Les Joueurs, Last Seduction), Karyn Kusama (Destroyer), Anna Boden & Ryan Fleck (Captain Marvel) , feu John Singleton (Boys in the Hood), Oliver Hirschbiegel (La Chute), Lee Tamahori (L’âme des guerriers). Autre talent du grand écran qui contribue à lui donner un cachet  cinématographique la participation récurrente du chef décorateur Ed Verreaux (Jurassic World, Looper). En conclusion, superbement écrite, portée par des performances magnétiques, drôle et intelligente Billions est vraiment la meilleure série que vous ne regardez pas (assez).

Les cinq saisons de Billions sont disponibles sur MyCanal .

Crédits: Showtime

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