Critiques Cinéma

ALITA : BATTLE ANGEL (Critique)

3,5 STARS TRES BIEN

alitabattleangel-cliff-and-coSYNOPSIS: Lorsqu’Alita se réveille sans aucun souvenir de qui elle est, dans un futur qu’elle ne reconnaît pas, elle est accueillie par Ido, un médecin qui comprend que derrière ce corps de cyborg abandonné, se cache une jeune femme au passé extraordinaire. Ce n’est que lorsque les forces dangereuses et corrompues qui gèrent la ville d’Iron City se lancent à sa poursuite qu’Alita découvre la clé de son passé – elle a des capacités de combat uniques, que ceux qui détiennent le pouvoir veulent absolument maîtriser. Si elle réussit à leur échapper, elle pourrait sauver ses amis, sa famille, et le monde qu’elle a appris à aimer.

L’adaptation du manga cyberpunk GUNM de Yukito Kishiro resta longtemps un projet fétiche de James Cameron qui en avait acquis les droits d’adaptation en 2000 (Guillermo Del Toro lui avait fait découvrir le manga) dans l’optique d’en faire son prochain film. Mais le développement parallèle d’un petit film baptisé Projet 880 qui deviendra Avatar aller le détourner de cet objectif. Désirant tout de même voir le projet aboutir, il choisit en personne le réalisateur Robert Rodriguez  (Sin City, The Faculty, Une nuit en enfer…) pour le mettre en scène (ce dernier faisant son retour dans le giron des studios après des décennies de films indépendants) tout en  assurant la production aux cotés du fidèle Jon Landau. Rodriguez fait le choix  de partir de la version initiale du script de Cameron qu’il a juste condensé à cause de sa  longueur – plus de 186 pages de script et 600 pages de notes – sans le modifier, prenant soin de conserver le développement des personnages, retirant quelques scène d’action (Cameron lui-même a eu du mal à identifier les coupes). Son objectif :  faire du film non pas un film de Robert Rodriguez mais « le film de James Cameron perdu » qu’il aurait voulu voir en tant que spectateur. Alita: Battle Angel se situe 700 ans dans un futur post-apocalyptique où à la suite d’un grand conflit les cités flottantes qui constituaient la civilisation terrienne se sont effondrées à l’exception d’une seule Zalem au pied de laquelle s’est bâti Iron City refuge des derniers survivants sur laquelle se déverse les rebuts de la cité flottante. C’est dans cette immense décharge que le scientifique Ido (Christoph Waltz) trouve les restes d’un cyborg à qui il donne le nom de sa fille décédée et le corps robotique qu’il lui destinait. Amnésique il ne lui reste que la connaissance d’un art martial cyborg légendaire appelé Panzer Kunst. Fort de cette connaissance, elle  décide de devenir une chasseuse de primes et percer le secret de ses origines.

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On retrouve tout au long de cette chaîne créative qui mène du manga au film, les traces des thématiques propres à chacun des créateurs qui y ont  contribué : le questionnement sur la nature de l’âme dans la machine de Kishiro dans lequel Cameron  a trouvé le prétexte d’une de ces histoires d’amour tragiques qu’il l’affectionne et de développer une version adolescente des femmes fortes qui peuplent son cinéma (à l’origine c’était la perspective de créer une héroïne à laquelle pourrait s’identifier sa fille qui l’avait attaché au projet). Robert Rodriguez, profitant que l’auteur de Titanic ait décidé de faire d’Iron City une cité tropicale semblable à Panama (après avoir calculé que les débris ne pouvaient tomber comme dans le manga que si Zalem se situait prés de l’équateur!!) a pu en développer l’aspect « latin ». Si il adhère pour l’essentiel à l’esthétique technoir de  son producteur-scénariste, il se réserve une séquence récréative de bagarre homérique dans un bouge qui évoque le Titty Twitter d’Une nuit en Enfer qu’il peuple de trognes familière de série B qu’il affectionne (Jeff Fahey, Rick Yune, Casper Van Dien de Starship Troopers apparaît lui dans un flash-back). Le choix de Robert Rodriguez, qui va certainement s’attirer l’essentiel des critiques soucieux des étiquettes, a surpris les cinéphiles, échaudés par ses derniers films bricolés dans ses studios texans (qui ont néanmoins accueillis le tournage d’Alita)  mais nous apparaît pertinent. Le réalisateur de Desperado  a toujours eu une énergie baroque un peu dingue qui permet de dynamiser un production qui courrait le risque d’être asphyxiée par sa direction artistique monumentale et l’omniprésence de ses environnements et  personnages numériques. C’est cette énergie  qui avait fait défaut, entre-autres choses, à des films comme Ghost in the Shell  qui partageait évidemment énormément de thématiques avec Alita ou plus récemment Mortal Engines.

Alita: Battle Angel est en effet un film massif en terme d’échelle qui  bâtit un monde virtuel immersif d’une grande complexité. La direction artistique est d’un niveau de détail rare, le moindre  décor, costume et accessoire fait  l’objet d’une conception extrêmement soignée : de l’architecture d’Iron City, une de ces mégapoles multiculturelles surpeuplées et stratifiées dans la veine de celle du Cinquième élément dont le design ne sera pas étranger aux fans de science fiction jusqu’aux dessins qui ornent le corps en porcelaine d’Alita. Ce degré d’excellence s’étend évidemment  aux effets numériques de Weta Digital supervisées par le vétéran Joe Letteri (La planète des singes: Les origines, King Kong, Avatar) en particulier sur tout ce qui touche aux différents cyborgs du film dont on devine chaque rouage de la mécanique et évidemment au rendu photo-réaliste de son héroïne – avec une difficulté additionnelle résultant du choix audacieux de James Cameron dés la genèse du projet : celui de restituer de manière réaliste  les « big eyes » (grands yeux) des personnages de mangas tout en restituant les nuances du jeu de l’actrice qui l’incarne. Mais cette option s’avère très judicieuse car elle rend finalement Alita plus convaincante en évitant la « vallée dérangeante » celle qui voit notre esprit rejeter les tentatives de recréations trop parfaite d’un visage humain, cette différence et la nature artificielle du personnage nous fait l’accepter de façon plus spontanée comme un personnage à part entière. L’autre élément qui se démarque est la photographie du génial Bill Pope (les Matrix, Spider-man 2 et collaborateur d’Edgar Wright depuis Scott Pilgrim) connu pour son utilisation novatrice de la cinématographie virtuelle. Il compose des images monumentales d’une  richesse chromatique incroyable, alternant des teintes ocres et chaudes avec des atmosphères nocturnes baignées de bleues et de pourpre qui  évoquent Blade Runner. Son travail donne une vraie texture aux éléments virtuels de cet univers cyberpunk pour ce qui constitue à nos yeux son  meilleur travail à ce jour .

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La présence de décors « en dur » conçus par Steve Joyner (Sin City: j’ai tué pour elle, Planète terreur) bâtis sur le parking des studios de Robert Rodriguez contribue à ancrer dans une réalité tangible ces protagonistes « augmentés ». C’est également dans ce but que Cameron et Rodriguez  ont choisi pour dépeindre la culture cybernétique d’Iron City de s’inspirer de la « car culture» de Los Angeles. Les cyborgs du film augmentent leurs corps de pièces robotiques pour se transformer en redoutables machines de guerre de la même manière que les gangs de L.A « tunent » leurs voitures pour en faire des bêtes de course ou se couvrent de tatouages. Ainsi  de Zapan (Ed Skrein vu dans Deadpool) – le design favori de James Cameron– cyborg rutilant qui arbore un motif de calendrier aztèque dans le dos et l’attitude arrogante des gangbangers de la côte ouest, est la parfaite illustration de cette approche. Parmi les cyborgs assassins on reconnait l’actrice Eiza González vue dans Baby driver et Bienvenue à Marwen), Jackie Earle Haley le Rorschach du Watchmen de Zack Snyder qui malgré sa petite taille incarne par la magie de Weta le gigantesque cyborg Grewishka, Michelle Rodriguez familière du cinéma de Rodriguez fait un cameo lors d’impressionnantes séquences de flashbacks se déroulant durant la guerre, incarne Gelda une guerrière cyborg qui a formé Alita.

Le traitement de l’action par Rodriguez est efficace, les séquences d’action sont généreuses que ce soit les nombreux combats qui opposent Alita et son père aux  cyborgs assassins ou la plus massive  se déroulant lors d’un match de Motorball sport ultra-violent (visiblement  inspiré du Rollerball de Norman Jewison) où les participants tous cyborgs cherchent non pas la victoire mais à éliminer notre héroïne. On est frappé par le soin apporté à la conception et l’exécution de ces séquences pour les rendre toujours lisibles malgré  la vélocité, l’impact et les éclats de violence aux limites du PG-13 (tirant partie du caractère robotique des combattants) que Rodriguez leur insuffle. Il alterne des moments d’accélération qu’il brise par d’ultra-ralentis offrant des poses iconiques et des instantanés qui rappellent des cases de bande-dessinées. Malgré un léger abus de ralentis « Matrixiens » (mais puisqu’il  travaille avec le directeur de la photographie des Matrix on peut l’excuser) le réalisateur des Machete semble au contact du maître Cameron, avoir haussé son niveau de jeu.

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On retrouve dans le script de James Cameron – avec des contributions de Laeta Kalogridis (Shutter Island) et Robert Rodriguez –  le style et le rythme des dialogues propres au créateur de Terminator, le jargon technique science-fictionnel qu’il affectionne ainsi que sa faculté de donner à ses dialogues d’exposition une cadence et un impact qui les rend intéressants. L’emploi de ce vocabulaire contribue à donner à l’univers du film la texture propre à une immersion maximale et alimenter de futures aventures. Sous une apparente simplicité narrative son  scénario est très dense tout en privilégiant les relations entre ses personnages principaux : l’histoire d’amour entre Hugo et Alita et la relation filiale qui uni Ido à sa fille adoptive. Comme souvent Cameron bâtit un édifice gigantesque plein de bruit et de fureur pour servir d’écrin à une  histoire sentimentale très simple illustrée par une scène où la jeune cyborg amoureuse offre littéralement son cœur à son amant. Le film a une structure assez originale pour un blockbuster US en particulier avec un dernier acte qui privilégie une émotion douce-amère plutôt qu’une résolution explosive et triomphaliste. Si Alita: Battle Angel apparaît comme le premier chapitre d’une saga plus grande il constitue néanmoins une histoire autonome.

Tout le succès de l’entreprise repose sur l’adhésion du spectateur au personnage d’Alita et son interprète Rosa Salazar. La jeune comédienne découverte dans les deux derniers volets de la saga Le Labyrinthe lui donne un enthousiasme et une naïveté enfantine mêlée à l’impulsivité d’une adolescente et la  grande détermination d’une guerrière. Elle parvient à faire émerger un véritable personnage de la création numérique de Weta Digital, son Alita est forte, imparfaite et très  attachante. Sa relation avec son protecteur le Dr. Dyson Ido joué par Christoph Waltz  fonctionne, elle évoque celle entre Pinocchio et Gepetto (les arts martiaux cybernétiques en plus). Malgré une certaine retenue toute germanique Christoph Waltz réussi à transmettre  une bienveillance et une tendresse matinée d’inquiétude que tous les parents reconnaîtront. En revanche plus problématique, le jeune comédien de télévision Keean Johnson qui incarne Hugo est très loin d’avoir  le charisme d’un Michael Biehn ou évidemment d’un Leonardo DiCaprio (pour citer les amants tragiques Cameroniens les plus célèbres). Son manque cruel d’envergure compromet l’émotion et  les enjeux dramaturgiques de l’autre pilier du film, l’histoire d’amour qu’il partage avec notre héroïne. Parce qu’il choisi de se concentrer sur ces quatre personnages le reste du casting est moins bien servi. Le personnage de Vector, si  Mahershala Ali (Green Book) lui  apporte  sa voix grave et son charisme, manque de personnalité d’autant qu’il sert le plus souvent de conduit au véritable vilain du film, Nova, dont la présence virtuelle imprègne le film. Jennifer Connelly dans le rôle de Chiren  l’ex-femme de Dyson  , qui s’est échappé avec lui de de Zalem mais qui, désenchantée par sa nouvelle vie cherche a regagner la ville volante en s’alliant à Vector, manque de temps pour développer son personnage, même si elle tire le meilleur de ses quelques scènes. Autre bémol l’intrigue souffre d’un effet de compression qui l’empêche de laisser respirer les moments d’émotion, en particulier dans son dernier acte, mais le film onéreux, sans se baser sur une licence connue, se devait de tenir dans les deux heures réglementaires. Sans doute si il l’avait réalisé  Cameron en aurait tiré en un film beaucoup plus long. Les scènes d’action, malgré la qualité de leurs exécution  souffrent aussi de leur proximité et perdent de  leur originalité tandis que la musique de Tom Holkenborg aka Junkie XL malgré son omniprésence est assez anonyme faute de thèmes marquants. Malgré ces défauts Alita: Battle Angel est un spectacle de science-fiction massif dénué de cynisme qui nous plonge dans un univers immersif  avec un rare niveau de détail, une action spectaculaire mais aussi beaucoup de cœur la grâce à une héroïne attachante.

alitabattleangel-cliff-and-coTitre Original: ALITA : BATTLE ANGEL

Réalisé par: Robert Rodriguez

Casting : Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly

Genre: Science fiction, Action

Sortie le: 13 février 2019

Distribué par: Twentieth Century Fox France

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

3 réponses »

  1. Merci bcp pour cette critique détaillée qui du coup donne très envie de le voir. Pas plus passionné par Gunm que ça je me méfie de Rodriguez, capable du meilleur comme du pire.

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