Critiques

ENGRENAGES (Critique Saison 7) Un statut de grande série encore raffermi…

SYNOPSIS: Désormais chef de groupe, Gilou démarre une délicate enquête avec Ali, un jeune commissaire. De son côté, Laure est suivie dans un centre de repos des forces de l’ordre. Proche de la retraite, Roban réussit néanmoins à obtenir l’affaire. De son côté, et dans l’attente de son procès, Joséphine vit difficilement sa détention.

Après une saison 6 qui tutoyait les sommets on scrutait le retour d’Engrenages le cœur battant, l’espoir chevillé au corps que le passage de témoin entre Anne Landois et Marine Francou, la nouvelle showrunneuse, ne viendrait pas entamer l’équilibre miraculeux que la série avait trouvé depuis quelques saisons et qui l’avait conduit à un niveau d’excellence assez fou. On avait laissé nos personnages à la croisée des chemins en fin de saison 6, on les retrouve quelques mois plus tard dans des situations peu reluisantes mais d’emblée nous sommes rassurés en retrouvant un commissaire Herville (Nicolas Briançon) déchainé, balançant des punchlines savoureuses. Ce préambule n’est fort heureusement absolument pas le signe que la série a fait sa mue en recourant aux mots d’auteur pour masquer des carences scénaristiques. Car disons-le tout net la saison 7 d’Engrenages est une réussite totale, un prolongement de tout ce qui en fait le prix depuis ses débuts, la plongée en apnée dans le système judiciaire et policier couplé à l’évolution de personnages passionnants que l’on regarde se débattre face à leurs tourments. Et des tourments ils vont en être la proie plus qu’à leur tour cette saison car les auteurs Marine Francou, Sylvie Chanteux, Antonin Martin-Hilbert, Frédéric Balekdjian, Sophie Kovess-Brun, Erwan Augoyard, Anne Rambach et Marine Rambach ne les ménagent pas, tricotant avec bonheur des lignes narratives qui s’entrecroisent jusqu’à un étourdissant climax final.

Dans cette nouvelle enquête qui va voir nos protagonistes en proie à une criminalité financière complexe et dense, ce n’est pas tant les investigations menées qui sont le plus passionnantes, baissant selon nous d’un cran à ce niveau, en regard de la saison précédente, mais bien le chemin tortueux emprunté par les uns et les autres pour se sortir de leurs existences placées uniquement en orbite autour de leurs professions. Si l’enquête est plus circonscrite au cœur de la 2ème DPJ et donne par moments la sensation de ronronner, le cheminement des personnages, qui est le centre névralgique de la série continue de passionner et de maintenir en haleine. La réalisation (de Frédéric Jardin puis de Jean-Philippe Amar) suit les personnages au plus près et ne se contente pas d’être illustrative, l’action et le suspense psychologique qui font partie de l’ADN de la série se mêlent constamment avec bonheur. Les schémas inversés (Gilou est devenu chef de groupe, Laure est réintégrée comme adjointe de section, Joséphine doit survivre en prison, Roban est pressé par sa mise à la retraite imminente) donnent de la densité au récit et de la moelle aux personnages qui prennent une nouvelle ampleur.

Mais là où cette saison se révèle magistrale et entraine la série sur des sommets c’est dans le développement des destinées individuelles des personnages principaux et des courbes des uns et des autres qui s’entremêlent avec une précision d’orfèvre. Si tout cela relève des qualités d’écriture intrinsèques à la série, les interprètes sont au diapason de cette excellence et provoquent un intérêt qui monte crescendo, des personnages secondaires aux personnages centraux. Le départ de Tintin (Fred Bianconi) en fin de saison 6 laisse la place à un nouveau coéquipier pour Gilou, Ali Amrani, interprété par le formidable Tewfik Jallab (La Marche, Trepallium…) dont on a l’impression qu’il est comme un poisson dans l’eau et qu’il a toujours été là. De même, le personnage d’adjoint interprété par l’excellent Lionel Erdogan (On va s’aimer, un peu, beaucoup) prend aussi une place plus importante dans ces nouveaux épisodes. Le commissaire Beckriche (Valentin Merlet) et Maître Edelman (Louis-Do de Lencquesaing) prennent ainsi une place prépondérante dans le récit et l’un comme l’autre y démontrent une réelle subtilité et un jeu tout en nuances. On regrettera toutefois que le génial Bruno Debrandt (Commissaire Brémond) soit un peu sacrifié narrativement, même si son personnage conserve une réelle importance. La charpente d’Engrenages reste son quatuor central qui emmène la série sur les plus hautes altitudes. De Philippe Duclos (le Juge Roban) incroyable et usant d’une palette de jeu inouïe à Audrey Fleurot (Joséphine Karlsson) remarquable, alternant la faiblesse et la dureté avec maestria en passant par une Caroline Proust (Laure Berthaud) toujours plus éblouissante et un Thierry Godard (Gilou) sans cesse plus étincelant, c’est du très très haut niveau pour un pur plaisir de télespectateur. Laure et Gilou sont notamment de magnifiques personnages, aussi beaux que complexes et les deux comédiens les subliment leur conférant une densité rare, comme des morceaux brut d’humanité en marche. Engrenages a cette force rare de pouvoir se reposer sur ses personnages et ses interprètes pour raffermir son statut de grande série et l’issue de la saison nous le rappelle avec acuité. On attend avec une impatience accrue de voir de quoi les destinées de nos héros seront faites.

Crédits: Son et Lumière / Canal +

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