Critiques

HERO CORP (Critique Saison 4)

SYNOPSIS: Suite à la guerre qui fit rage jusque dans les années 80, l’agence Hero Corp fut créée afin de regrouper tous les Super-Héros et de maintenir un climat de paix. L’agence possède plusieurs sites secrets éparpillés sur la planète. En Lozère, les retraités, les mis au rancart, les démissionnaires, les démasqués, les pas formés, les hors normes, se retrouvent coupés du monde pour retrouver une vie calme et paisible. 20 ans de train-train volent en éclat quand The Lord refait surface. Face au plus grand super-vilain de l’Histoire que tout le monde croyait mort, le village est démuni. Selon une vision de La Voix, John est la solution à ce danger que la maison-mère préfère garder sous silence. John arrive au village mais il ignore tout de sa véritable identité et n’a aucune idée de ce qu’il va devoir accomplir pour sauver le monde.

Retrouvez la critique de la saison 1 ici

Retrouvez la critique de la saison 2 ici

Retrouvez  la critique de la saison 3 ici

Retrouvez l’interview que Simon Astier nous avait accordée à l’occasion de la saison 4 ici

Cette saison ouvre sur un état des lieux très sombre de l’univers dans lequel évoluent les supers de Hero Corp, et se positionne d’emblée comme un impossible retour en arrière, traversée d’un éclair de tristesse. Suite logique au final apocalyptique de la saison 3, qui était celle du tiraillement, la 4 enclenche la vitesse supérieure avec une narration plus adulte, plus désenchantée aussi. Quand on regarde dans le rétro, le chemin parcouru paraît assez vertigineux depuis l’époque assez insouciante du village. Et il semble loin le temps où la team était composée de grands gamins turbulents. Ils ont tous bien grandi, depuis, et de façon prodigieuse pour certains.

Dans ce 4ème acte, Simon Astier, toujours aux commandes de la série, fait la part belle à ses personnages et à leurs chemins de croix personnels. D’avantage que dans les précédentes saisons, l’écriture chouchoute tout particulièrement sa galerie d’anti-héros, et le jeu s’en ressent à tous les niveaux, avec une mention spéciale pour Sébastien Lalanne (Doug) qui y décline une gamme subtile d’émotions très contradictoires, dans un numéro d’équilibriste jubilatoire. On s’éloigne franchement de la dynamique de groupe qui faisait l’identité de la série à ses débuts pour s’orienter vers une guerre des clans dans laquelle, plus que jamais, les alliances et défiances sont imprévisibles. Et ce qui apparaît, de prime abord, comme un handicap, une nostalgie de plus en plus prégnante phagocytant le récit du début à la fin, se révèle un atout évident en fin de partie pour dépêtrer tout un chacun de la mélasse dans laquelle ils se débattent tous, apparemment en vain. L’ambiance à la Prison Break, avec en toile de fond un pénitencier évoquant de loin en loin celui de Watchmen, concourt à distiller le malaise ambiant, glaçant par moments. A l’instar du livre V de Kaamelott dans lequel l’humour se mettait en mode mineur pour mieux faire avancer l’intrigue de fond, la saison 4 de Hero Corp revêt ses plus sombres atours pour explorer à l’envi son côté obscur, avec une espèce d’ivresse contagieuse. Visuellement, le noir sied bien à la série, les accents toxiques aussi. Résolument différente des précédentes saisons, avec toujours cette volonté apparente d’aller chercher autre chose, d’expérimenter de nouvelles formes de narration, parfois en pastichant avec brio des genres très balisés (avec un épisode 14 remarquable), et toujours ultra-référencé, la tonalité de cette 4ème saison colle de bien beaux frissons. Le générique, différent lui aussi, est un pur bijou, toujours grâce aux talents d’Olivier Peru et d’Etienne Forget, lequel signe ici quelques-unes des plus belles mélodies de la série.

Les personnages y vivent tous, à un moment ou un autre, des bouleversements majeurs. Tandis que certains arpentent hasardeusement la voie du Mal (Jennie-Anne Walker, Charles Clément, Nathalie Roussel, Simon Astier, Emilie Arthapignet et Etienne Fague), d’autres y sont confrontés bien malgré eux, avec des réactions parfois surprenantes face à l’adversité. C’est l’occasion de voir se révéler des facettes intéressantes de personnages secondaires qui, ironiquement, entrent ici dans la lumière, comme Karin (Arnaud Tsamère), Kyle (François Frapier) ou encore Burt (François Podetti). Quant à Sébastien Lalanne, dont on parlait plus haut, son rôle a été étoffé de manière à compenser l’absence remarquée d’Alban Lenoir dans le rôle de Klaus. Contrairement à la saison 3, qui offrait de très belles partitions aux interprètes féminines, la saison 4 marque un recul assez net en ce qui les concerne, puisqu’en-dehors des super-vilaines, on se régalera assez peu du sort de Jennifer (Aurore Pourteyron), Mégane (Josée Drevon) et Miss Moore (Stéphanette Martelet), qui alimente le côté pauvre de la storyline. Du côté des nouveaux récurrents, on retiendra les prestations convaincantes de Stéphan Wojtowicz (Bishop) et Antoine Cholet (Duco) notamment, chapeautés par les toujours impeccables Hubert Saint-Macary, Philippe Noël et Lionnel Astier.

La saison 4 est, de bout en bout, la cour de récré des salopards, où les super-vilains s’en donnent à cœur joie, qu’ils soient dotés de pouvoirs ou de simples opportunistes et/ou agitateurs de tous bords. Un vaste défouloir dans lequel les plus sombres aspects de chacun se révèlent, qu’ils soient bons ou moins bons, de pulsions incontrôlables en émotions exacerbées, pour mieux tendre vers une fin de saison qui, une fois n’est pas coutume, bat le rassemblement des troupes. La sensation de nostalgie est cependant extrême vers la fin, avec une conclusion qui prolonge la sensation d’inconfort qui règne sur cette saison, dont la noirceur tend vers un après, encore, et quelque chose qui ressemble vachement à de l’espoir, envers et contre tout. Même face au pire.

Retrouvez l’intégralité des épisodes de la saison 4 en replay sur http://www.replay.fr/france-4.

Lancement de la saison 5 mercredi 24 mai à 22h45 sur France 4.

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6 réponses »

  1. Je crois que franchement la saison 4 est l’un de mes préférées et tu expliques extrêmement bien pourquoi. J’ajouterais simplement que le retour à un format de narration plus long (15-20 min) par rapport à la saison précédente, a sûrement aussi facilité le développement de l’écriture. J’avais l’impression de sentir Simon Astier beaucoup moins à l’aise avec le format 3 min précédent peu adapté d’ailleurs à la série. On retrouve dans cette saison 4 une vraie densité de narration où on sent qu’il s’amuse beaucoup plus tant à la réalisation qu’à l’écriture. Je suis vraiment impatiente de découvrir la saison 5 cette semaine.

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