Critiques

HERO CORP (Critique Saison 1)

SYNOPSIS: Suite à la guerre qui fit rage jusque dans les années 80, l’agence Hero Corp fut créée afin de regrouper tous les Super-Héros et de maintenir un climat de paix. L’agence possède plusieurs sites secrets éparpillés sur la planète. En Lozère, les retraités, les mis au rancart, les démissionnaires, les démasqués, les pas formés, les hors normes, se retrouvent coupés du monde pour retrouver une vie calme et paisible. 20 ans de train-train volent en éclat quand The Lord refait surface. Face au plus grand super-vilain de l’Histoire que tout le monde croyait mort, le village est démuni. Selon une vision de La Voix, John est la solution à ce danger que la maison-mère préfère garder sous silence. John arrive au village mais il ignore tout de sa véritable identité et n’a aucune idée de ce qu’il va devoir accomplir pour sauver le monde.

Ça paraît presque incroyable, mais on n’avait pas encore chroniqué Hero Corp sur ces pages. Incroyable, parce que l’histoire de la série est remarquable en soi, presque plus que l’histoire dans la série, puisque son développement aura connu, en dix ans, un nombre de rebondissements hallucinants, survécu à son annulation par les diffuseurs, à une pause de quatre ans entre les saisons 2 et 3, et réalisé le meilleur démarrage de l’histoire du crowdfunding sur la plateforme Ulule en atteignant son objectif en quelques heures à peine pour boucler le budget de la saison ultime. Hero Corp a maintenu le cap 5 saisons durant grâce à la ténacité de ses créateurs, et à la mobilisation sans faille de ses fans. Du jamais vu en France. Mais alors, à vous qui, peut-être, n’avez encore jamais approché la série, et qui vous demandez sans doute pourquoi faut-il regarder Hero Corp, j’ai envie de répondre : parce que. Ça me paraît être un argument suffisamment percutant, d’où je me trouve. Mais comme vous n’êtes pas nés de la dernière pluie, on va quand même développer un tout petit peu l’idée.


Déjà, Hero Corp est la seule série en France à avoir osé allier fantastique et comédie, en s’attaquant à un gros, un très gros morceau : les super-héros. On ne va pas nier que les mecs aux pouvoirs paranormaux, c’est plutôt l’apanage des américains. Sur le papier, ça paraissait d’emblée assez improbable. Imaginez ensuite la réalisation du prochain Avengers avec le budget d’une pub pour les Pepito et là, ça fait carrément froid dans le dos. Et pourtant, ils l’ont fait. Bon, pas Avengers évidemment. Mais Hero Corp a su imposer un univers bien à lui, et le déployer à partir de rien. Enfin, si par « rien » on sous-entend enthousiasme, huile de coude, motivation et débrouillardise. Ne dit-on pas que la nécessité est mère de créativité ? Et, pour sûr, ils ont de la suite dans les idées ! Je pourrais vous dire, ensuite, que Hero Corp est sorti tout droit de la caboche de Simon Astier. D’abord, parce qu’il faut rendre à César, blablabla… Et aussi parce qu’il serait aisé d’arguer que comme c’est le frangin du mec à qui l’on doit une certaine série incontournable autour des chevaliers de la Table Ronde, on ne prend pas trop de risques si l’on a aimé ladite série. Sauf que non. L’univers de Simon Astier, c’est l’univers de Simon Astier. On n’arrive pas en terrain conquis. Il faut prendre le temps de s’acclimater, de piger où il veut en venir, de se faire à sa vision, son ton, ses inspirations. Et si on s’en donne l’occasion, ça devient rapidement passionnant. Imaginée avec Alban Lenoir, co-écrite avec Arnaud Joyet, la série reflète l’élan du collectif, derrière, mais reste imprégnée toute entière de son créateur qui y a mis beaucoup de lui, et cela se ressent à tous les niveaux d’écriture.

Mais, plus simplement, le mieux pour vous parler de Hero Corp, c’est de vous parler de ce qu’il y a dans Hero Corp. Dès le départ, on suit l’arrivée de John (Simon Astier) dans un village reculé peuplé de gens aux manières particulières et un rien hostiles. Venu enterrer sa tante Mary (Agnès Boury), John va très vite se rendre compte qu’il est venu se fourrer dans un sacré merdier. L’impression se renforce très vite avec la confirmation que les villageois n’ont pas l’intention de le laisser partir. Et pour cause : pour eux, John est un peu l’élu. A son insu, il est censé sauver cette petite communauté de super-héros retraités du plus grand super-vilain de tous les temps ressurgi du passé : The Lord (Christian Bujeau). D’un abord pas facile, Hero Corp demande un temps d’adaptation. Pour se faire à la narration, au rythme, aux thématiques essaimées au fil du vent tandis que les premiers épisodes cultivent une tension sous-jacente qui rappelle un peu celle dans The Village de Shyamalan : une société vivant recluse, en totale autarcie, avec ses secrets, ses (curieuses) coutumes, et cet effet de huis-clos en plein air, appuyé par le sabordage successif de tous les moyens de fuir le village, et des bois alentours peuplés de bestioles bizarres. Très vite, l’ambiance vire à la « bienvenue chez les bouseux », avec une certaine bienveillance cependant – pour ne pas dire affection – pour ces gens revenus à la terre avec, l’air de rien, une touche eco-friendly bien dans l’air du temps et particulièrement appréciable. En prime, le village est chouquinou tout plein, et les paysages alentours donnent envie d’un grand bol d’air (même si, dans le contexte de la série, les environs sont hyper craignos). Bref, on se sent bien. Déroutés, mais bien.


Dès le premier épisode, les genres se mêlent, de manière un peu foutraque parce qu’on navigue encore à vue. L’intro prend son temps pour planter le décor, jusqu’à un épisode 4 qui achève d’annoncer la couleur particulière de la série avec une flopée de révélations cruciales. L’humour, assez singulier lui aussi, est un pilier essentiel de cette première saison. Il repose notamment sur un comique de situation qui s’alimente des contrastes et incompréhensions permanentes entre le « normal » et le « supranormal ». Et en terme de supranormal, on a affaire à du (très) lourd. On se facepalm continuellement devant les ratés de ces supers boloss au rencard, hilares quant à la perpétuelle consternation de John, échoué dans « un village de super-héros moisis ». Au-delà de l’aspect comique évident de voir défiler le fond de la classe des X-men, il y a une logique imparable et une belle réflexion, assez inédite, sur la décrépitude de ces supers rangés des voitures, et la dégénérescence de leurs pouvoirs, autrefois époustouflants. Et tandis que John découvre à peine de quoi il est capable, il apparaît évident que son rôle de sauveur tiendra moins à ses capacités instables qu’à son leadership. A partir de l’épisode 8, il n’est plus question que de redonner confiance aux villageois tombés en disgrâce auprès de l’agence Hero Corp. On assiste alors, lentement, à la renaissance de ces héros, à la re-cohésion de leur groupe, en veille depuis trop longtemps. Et l’univers HC prend un peu d’essor, avec l’évocation régulière d’un panthéon bien moins bling-bling que ceux de Marvel ou DC Comics, mais tout aussi haut en couleurs, à travers les comics illustrés (de main de maître) par Olivier Peru, devenus les archives d’un grand journal de l’âge d’or des super-héros jalousement gardés par Kyle (François Frapier), mais aussi régulièrement passés en revue par Doug (Sébastien Lalanne) et Klaus (Alban Lenoir), les acolytes de John. Les mystères s’étendent plus qu’ils ne trouvent de réponses à l’approche du dernier épisode, laissant présager de l’envergure de cet univers laissé à explorer. Les réunions secrètes et leur cérémonial branlant, le bidouillage des costumes, topissimes, le brainstorming autour des noms de super-héros et leurs gimmicks, en opposition totale avec le cadre terriblement réaliste du village, sont irrésistibles. Visuellement, ça reste très sobre avec des jeux de cadrage efficaces, mais toujours inventifs dans la narration, et ultra soignés lorsqu’il faut faire appel aux effets spéciaux quand l’imagination ne suffit plus. On n’est pas dans la débauche technique, mais plutôt dans l’expérimentation perpétuelle avec l’utilisation de stratagèmes parfois audacieux. En gros, la réal’, c’est la grande démerde. Et ça paye, parce que ça confère à Hero Corp une empreinte inédite, infalsifiable. On pourra s’approcher de, mais on ne fera jamais comme Hero Corp. En prime, Olivier Peru et Étienne Forget lui ont façonné un écrin de rêve, avec un générique sublime, et une bande originale envoûtante. La saison 1 connaît un affrontement final un poil trop court au regard de l’attente, avec un dernier épisode vraiment dépaysant, dans lequel un guest particulièrement savoureux fait son apparition pour la première fois. Mais surtout, surtout, de nouveaux défis plus grands encore se profilent à l’horizon, dans un cliffhanger alléchant sans être frustrant.

A suivre…

Vous pouvez actuellement retrouver l’intégralité de la saison 1 en replay sur http://pluzz.francetv.fr

Crédits : France 4

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