ENTRETIENS

HERO CORP/ ENTRETIEN AVEC SIMON ASTIER : «Il faut que la flamme soit allumée. »

Fin Novembre, le Toulouse Game Show bat son plein. Avant de tenir une Masterclass sur les cliffhangers dans les séries TV, puis de présenter en avant-première les deux premiers épisodes de la saison 4 de Hero Corp (qui débute le 19 décembre à 22H45 sur France 4) et enfin de tenir une conférence en compagnie de nombreux acteurs de la série, Simon Astier nous a accordé une interview. Où il nous parle de la saison 4 de Hero Corp bien sûr, mais aussi de son regard sur la fiction française. Entretien avec un créateur passionné:

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Comment définiriez-vous Hero Corp pour quelqu’un qui ne connait pas la série et pour lui donner envie de la regarder?

C’est une série qui parle de gens, bizarrement c’est une série qui parle de l’humain mais dans un cadre plus fantastique, plus exotique. Ça parle de la part humaine des super-héros. C’est une série qui mélange le mal, le genre, tous les genres que j’aime moi, le fantastique l’aventure la comédie et en gros ça parle de plein de choses, ça parle de l’amitié, ça parle de l’appartenance mais à travers une aventure toujours de plus en plus feuilletonnante et avec des enjeux grandissants au fur et à mesure des saisons. En fait, bizarrement plus la série avance, plus on se rend compte comment est-ce que des vieux super-héros ou des super-héros qui n’en sont plus pour diverses raisons, sont capables de sauver le monde parce qu’ils ont un truc en plus et c’est une dimension humaine justement.

Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur la saison 4?

C’est la plus aboutie de toutes, c’est celle dans laquelle moi je commence à réellement parler de choses qui me sont très chères, qui viennent d’endroits assez profonds et très sincères de chez moi. C’est une saison qui est sur la responsabilité c’est une saison où en gros tous les personnages principaux doivent laisser tomber une mue et dans laquelle ils sont mis à l’épreuve. Tous! Il y en a qui sont en prison, le personnage principal que j’incarne est devenu le méchant de la série et tous ils sont mis au pied du mur! On s’imagine comme c’est une série et qu’on suit ces héros, qu’ils vont forcément s’en sortir mais c’est en passant par des épreuves et avec eux mêmes aussi. Ca commence à introduire ce qui pour moi sera la fin de Hero Corp qui est proche à mon avis, ça pose la question de ce que c’est que le pouvoir, ce que c’est qu’un pouvoir, qu’est-ce que ça implique, qu’est-ce que ça veut dire que d’avoir du pouvoir et un pouvoir, et en fait mes personnages qui étaient isolés d’abord dans un village et qui se retrouvent là confrontés de plus en plus violemment au monde extérieur, c’est aussi vraiment ce que raconte cette série c’est le passage à l’âge adulte en fait, comment est-ce qu’on devient grand mais dans le sens comment est-ce qu’on arrive à tenir droit sur ses pattes, à travers mon personnage principalement, mais aussi les autres, qui par leur solidarité, leur amitié, beaucoup de valeurs très simples mais très nobles et très fondamentales, peuvent accomplir n’importe quoi du moment qu’ils sont ensemble. Mais après beaucoup de légèreté dans les saisons précédentes, ça demande une prise de responsabilité. Et puis c’est une saison dans laquelle il y a beaucoup d’enjeux différents, il y a beaucoup d’intrigues séparées en différents décors et en différents groupes de personnages. J’avais commencé ça avec la saison 3 avec deux intrigues en parallèle, avec le groupe principal et un autre petit groupe qui était dans une quête parallèle tout seul de son côté et là j’ai repris ça à fond, il y a plein de groupes de personnages évidemment, les trucs s’accélèrent et tous se croisent au bout d’un moment dans une espèce de bouquet final. J’ai toujours utilisé les cliffhangers comme j’aimais les voir avant, vraiment quitter au début de la tornade quoi et là pour le final, j’ai osé quelque chose de nouveau et j’ai même osé parler d’amour dans cette saison. C’était des saisons sombres les saisons 3 et 4, on démarre dans ce côté sombre. La lumière est au bout après comment ils vont y arriver, c’est tout l’enjeu de la saison. Ça parle de choses très positives au final, ça parle de comment est-ce qu’on combat son démon intérieur et est-ce qu’il faut le combattre et en fait une fois qu’on l’a vaincu, est-ce que le monde a changé? Non, c’est juste sa propre perception du monde qui a changée. Ça parle de tout ça, de plein de problématiques qui me sont chères, à travers quelque chose de très ludique toujours évidemment mais ça reste drôle. Dans les retours qu’on a les gens disent que c’est l’une des plus drôles aussi bizarrement, parce qu’on s’en occupe moins de la comédie, ce sont les enjeux qui sont au centre. Mais la comédie est induite par les personnages et par la perception du monde des personnages. C’est la saison dont je suis le plus fier et de très très loin, je pense qu’on passe vraiment un cap. On a pris le risque d’investir un peu plus, ce qui nous empêchait d’aller aussi plus loin jusqu’à maintenant. C’est que déjà qu’on fait une série low cost, le message qu’on envoie, il est à double tranchant, on dit que c’est possible de faire des choses différentes, pas moins bien, juste différent, avec moins d’argent, mais c’est frustrant. Et là on a investi de notre poche avec la prod pour essayer d’aller encore plus loin. Cette série le mérite et puis on a envie de le faire aussi. Hero Corp n’est pas Hero Corp si on ne monte pas à chaque fois en exigence et en gamme et ça reste aussi un laboratoire. On n’a pas de confort sur Hero Corp, en tous les cas financier, le confort qu’on a il est humain. Au final il faut être efficace et réussir avec tous les éléments qu’on a, réussir à les faire marcher ensemble et de la bonne manière.

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Lors de la saison 3 vous aviez adopté un important dispositif transmédia. Cela va se réitérer en saison 4?

Oui. Le transmédia de Hero Corp ça commence par raconter l’intersaison car en tant que consommateur de série je trouve que c’est le moment le plus frustrant. Le transmédia c’est bien mais il faut vraiment que ce soit indispensable et là j’ai ramené le truc a la base de ce que j’aime faire, c’est raconter une histoire. Il y a une intrigue dans la saison 4 dont on ne voit que des bribes de séquences et si on ne voit que la série à l’antenne on ne comprend pas le lien. Le lien il est sur une web série qui est diffusé en parallèle. La web série c’est pareil si on n’a pas vu ce qui s’est passé à l’antenne on ne comprend pas. C’est juste une manière de mettre en valeur une autre intrigue qui est fondamentale pour la saison 4 et j’aime prendre ce pari là que si tu veux aller au bout du truc il faut que tu vois les deux, parce que ça méritait une mini-série cette intrigue là.

Quelles différences retenez vous entre travailler pour France 4 sur Hero Corp et votre expérience sur une grosse fiction policière comme Profilage sur une chaîne comme TF1?

Le plaisir c’est ce qui mène ma barque. Lorsque l’on m’invite à une table les bras grands ouverts et avec beaucoup de bienveillance moi ça me suffit pour aller m’asseoir et découvrir les gens, je ne porte absolument pas de jugement sur quoi que ce soit. Je trouve que sur Profilage il y a des trucs super audacieux pour une série de TF1 et l’envie de bosser avec Odile (Vuilllemin NDLR), avec les auteures qui sont de vraies showronneuses. Après j’y vais aussi en détente complète, j’ai la chance de pouvoir vivre bien de mon métier. J’y suis pas allé pour pousser mon cri artistique, je le pousse ailleurs. J’y suis allé pour me mettre dans les chaussons de ces gens et essayer d’amener par petites touches ce que je suis moi. J’ai rencontré une équipe technique formidable, une équipe artistique super et La différence c’est l’argent, le temps. Et comme j’y suis allé en détente avec uniquement de la bonne énergie et l’envie de faire le truc, j’avoue que je n’ai pas ressenti la pression TF1 et on ne me l’a pas faite ressentir non plus. C’était différent de ce que je fais mais super agréable à faire et je le referais avec grand plaisir.

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Et vous pourriez proposer des projets à une chaîne comme TF1?

Je ne pense pas, moi quand j’imagine des projets il y a toujours un cadre un peu exotique qui fait que je ne sais pas si je me sentirais vraiment libre artistiquement mais au fond on n’en sait rien, ça dépend des gens. Ce métier est fait de beaucoup de préjugés entre les différentes castes, entre la télé hertzienne, la télé quali, la télé de câble, la télé TNT, le cinéma, le théâtre alors qu’en fait on fait tous le même métier et qu’on a forcément plein de gens avec des points communs, c’est ce que je retiens.

Quel constat pouvez vous dresser de ce que vous connaissez de la fiction française actuellement et y’a t-il des choses que vous aimez particulièrement dans ce que vous avez pu découvrir?

J’aime la démarche de OCS, j’aimerais bien bosser avec eux! Ma seule inquiétude c’est est-ce que les séries sont vraiment vues sur OCS mais je m’en fous en fait, les gens quand ils veulent voir ils voient la preuve avec Hero Corp. Je suis assez fan de leur démarche, ce sont des séries très racées avec de vrais traits de crayon, on sent que les auteurs ont été laissé libres ça se sent quand on voit ne serait ce que des visuels ou un bout d’épisode. Ce n’est pas quelque chose où il y a un staff de com qui est entré pour dire attention « il faut qu’on fasse ça et ça », tu sens que c’est libre et ce vent de liberté, quel que soit mon avis sur les séries, je trouve que c’est louable et noble en fait. Après je suis assez client de ce que fait Arte, parce que il y a une mise en avant des auteurs et des univers qui est assez folle chez Arte et que si je devais faire d’autres séries j’aimerais que ça se fasse avec ces gens la, Arte, OCS, et évidemment France 4 qui reste ma chaîne de cœur.

Est ce que vous avez des projets pour le cinéma ?

J’ai écrit pour le cinéma un film qui va se faire l’année prochaine mais que je ne vais pas réaliser et grâce à Hero Corp il y a de jolies productions qui viennent voir ce que j’ai dans mes tiroirs et je trouve ça super cool. Grâce à ma série, grâce mon travail les gens viennent me chercher pour ce que je suis et ça rend heureux en fait. Tu as l’impression que les gens ont compris ton univers et viennent te chercher pour apporter ce que tu es au cinéma et c’est super. Profilage a été un vrai déclic aussi pour me faire confiance, pour sentir que j’avais une certaine légitimité et dans ce métier, c’est primordial, il faut que la flamme soit allumée.

Remerciements à Alain Carrazé, Romain Nigita, Romain Roznowski de 8 Art City

Merci au Toulouse Game Show et particulièrement à Michel Montoto

Merci à Nathalie Peyrissac de France 4

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