Analyse

2010-2019, C’était….. (Analyse)

2010-2019, C’était…..

par Camille Humbert, Jean-Baptiste Coriou et Fabrice Sayag

La décennie vient de se terminer et nous allons faire le focus sur trois évènements marquants de cette période : la position ultra dominante de Disney dans l’industrie du divertissement, l’ouverture de nouveaux horizons en terme de contenu et la possibilité pour le spectateur de découvrir d’autres cultures cinématographiques.

 

L’hégémonie Disney

Cette décennie s’achève avec une réalité implacable : Disney a pris le contrôle sur le cinéma mondial de divertissement laissant des miettes à ses concurrents. Bob Iger, le patron de Disney,  a un mantra qu’il va développer tout au long de cette décennie : se reposer sur ces marques déjà ultra populaires. Cette conquête se matérialise en 4 dates clés :

1995, le studio a alors retrouvé une seconde jeunesse avec à sa tête Michael Eisner. Malgré des difficultés financières liées à ses multiples activités, le géant a retrouvé des couleurs grâce à des films comme La belle et la bête, Aladdin ou encore Le Roi Lion. Touchstone Pictures, une filiale de Disney, fait office de studio plus adulte et produit des films à gros budget comme Armageddon, Signes ou La Rançon. Mais c’est bien avec la sortie de Toy Story en 1995 que Disney va flairer la future poule aux œufs d’or que va devenir l’animation en images tridimensionnelles de synthèse en coproduisant le film avec les studios d’animation Pixar, précurseurs dans ce domaine.  Le carton du film va pousser Disney à aller plus loin et prendre des parts dans la société que détient Steve Jobs. En 2006, Disney rachète définitivement la société Pixar pour 7,4 milliards de dollars. On voit déjà la patte Disney apparaitre avec la production durant cette décennie 2010-2019 de beaucoup de suites de leurs succès (Monstres Academy-Cars 2,3-les Indestructibles 2-Toy Story 3,4- le Monde de Dory)  alors que la décennie précédente avait donné lieu à des œuvres créatives bouleversantes. Du Monde de Nemo aux Indestructibles en passant par Wall-E et Là-Haut, l’âge d’or de Pixar donne lieu à des sommets du genre. La stratégie d’Iger devient claire pour tout le monde : développer ses marques. Les échecs successifs de films familiaux comme John Carter, Lone Ranger et Tomorrowland laissent penser que le public ne recherche plus la nouveauté mais a besoin de voir des personnages familiers, de connaitre le programme avant d’aller en salles, d’être rassuré en quelque sorte. Disney l’a parfaitement assimilé et s’engouffre dans la brèche. On pourrait parler dans ce cadre également des live actions (ces dessins animés tournés avec de vrais acteurs) qui est une machine à cash incroyable pour le studio aux grandes oreilles mais un terrible aveu d’échec artistique. Refaire son catalogue, n’est-ce pas finalement le cynisme absolu pour un grand studio dont l’étendard était de faire éclore des talents. Quel est le sens de refaire Le Roi Lion, Aladdin ou La Belle et la Bête ?

2009, le film de super-héros est à la croisée des chemins. Les succès de Dark Knight de Christopher Nolan et de la trilogie Spider-Man de Sam Raimi ne doivent pas cacher les échecs de nombreux films qui sont sortis entre temps : Daredevil, Superman, Hulk et Catwoman pour ne citer qu’eux. La sortie d’Iron Man de Jon Favreau un an plus tôt a rassuré les financiers de Disney sur l’univers étendu  que tentent de créer Marvel et son président Kevin Feige. Le studio décide de racheter la société un an plus tard : la grande aventure du MCU peut commencer. Avec une stratégie marketing assez imparable, les super-héros vont prendre d’assaut une à trois fois par an les écrans pour faire exploser le Box-office. Deux chiffres parlent d’eux-mêmes : Les 4 films de réunions Avengers font partis du top 10 mondial de tous les temps au box-office et le dernier sorti Avengers Endgame est simplement le plus gros succès de tous les temps.

La première force de cet univers est d’avoir réussi à créer un rendez-vous incontournable qui fédère bien au-delà des lecteurs de comics. Peu importe la qualité du film, les spectateurs répondront présents. Mieux, chaque film élargit une fanbase déjà pharamineuse. La seconde force est de réunir à chaque fois un casting impressionnant qui va chercher autant la star aguerrie que le jeune prometteur. Pourtant une voix de plus en plus dissonante émerge pour critiquer à raison ces films dont la plus percutante serait probablement la tribune de Martin Scorsese au New York Times en cette fin de décennie. Pour notre part, nous mettrons en lumière deux problématiques au centre de cet univers. La première concerne le marketing agressif autour de tels projets. Annoncés comme des produits deux ans avant chaque sortie, l’impression laissée est de faire de ces films des produits de grande consommation déconnectés de tout aspect artistique. Le second concerne la qualité artistique de tels projets. Réalisés par des yes men dans des décors numériques hideux, scénarisés sur des fichiers Excel, édulcorés au possible pour plaire à tout le monde, ces films sont finalement un petit miroir sur notre époque. Il ne faut donc pas s’étonner au regard du succès commercial de cette franchise de commencer la prochaine décennie avec la sortie de nombreux films du MCU. Malgré de nombreux couacs au cours de cette décennie (Batman vs Superman, Justice League, Suicide Squad), la Warner est sur le même état d’esprit pour concurrencer Disney  puisque les cartons d’Aquaman, Wonder Woman et Joker vont relancer durablement le DCU. Le public ne semble clairement pas prêt à se lasser et il serait saugrenu de ne pas profiter de son engouement.

2012, la saga Star Wars est la marque la plus connue du cinéma mondial. Georges Lucas, son créateur, a réalisé la seconde trilogie dont le dernier épisode La Revanche des Sith est sorti en 2005. Bob Iger, le patron de Disney, connait bien Lucas et propose de racheter sa société afin notamment de relancer la saga au cinéma. Annoncé en grande pompe, c’est pour la somme de 4,06 milliards de dollars que la famille Skywalker passe sous pavillon Disney. En rachetant cet univers pour une telle somme, on se doute que le spectateur va manger  du Star Wars à longueur d’année. Kathleen Kennedy, une proche de Lucas, devient la directrice de LucasFilm. Le premier film de la nouvelle trilogie Le Réveil de la Force sort en décembre 2015. Le film est un succès immédiat et Disney peut se targuer de faire venir de nouveaux spectateurs devant la saga tout en gardant sa fan base de la première heure. Le soufflé retombe assez rapidement quant à la qualité du film ce qui est une constante de la décennie Disney. Le film s’avère un film de fan service assez impersonnel puisqu’il reprend la même histoire et les mêmes archétypes que le premier épisode.

Comme Kathleen Kennedy a de la suite dans les idées, des films dérivés sortent chaque année pour combler le vide laissé par chaque film de la nouvelle trilogie qui sort tous les deux ans.  Pour ne prendre aucun risque, les producteurs s’appuient sur l’univers déjà mis en place par Lucas 40 ans auparavant. Le but est donc de remplir les trous dans l’histoire des Skywalker par de nouveaux projets. Malheureusement, le désastre financier de Solo après l’efficace Rogue One laisse planer un doute sur la capacité de LucasFilms à poursuivre ce projet. L’épisode 8, Les Derniers Jedi de Rian Johnson a mis encore plus en lumière ce manque de cohérence de cette nouvelle trilogie qui au mieux peut paraitre comme de l’impréparation au pire comme du cynisme. Le dernier épisode L’Ascension de Skywalker, sorti au mois de décembre 2019 vient définitivement achever la saga de George Lucas. Ce film indigeste et embarrassant par certains moments tend à valider la thèse de l’opportunisme pur dans la création de cette nouvelle trilogie. Autant Marvel ne subit aucune retombée sur la qualité des films proposés avec un public de plus en plus nombreux, autant l’aura de Star Wars pourrait commencer à pâlir si Kennedy ne repense pas un minimum sa stratégie au cinéma. L’arrivée de Disney +, la nouvelle plate-forme de streaming,  pourrait relancer à nouveau la machine Star Wars avec des séries centrées sur des personnages historiques comme The Mandolarian.

2019, Disney cherche à étendre ses marques et dès 2017, elle lorgne sur le catalogue bien rempli de la 20th Century Fox et ce pour deux raisons : d’une part, elle pourra relancer des franchises au cinéma (X-Men, Deadpool, Alien, Les 4 fantastiques….) mais également remplir sa nouvelle plateforme de streaming (Disney +). En effet, au-delà des films, le studio récupère des séries historiques comme Les Simpson, X-Files ou encore 24h mais aussi le studio d’animation Blue Sky et le studio du cinéma indépendant Fox Searchlight. Ce rachat pour 71,3 milliards de dollars (pour rappel, LucasFilm en a coûté 4) montre sans nul doute la voracité du studio à se placer à la première place mondiale en termes de contenus. Sur la ligne de départ, il ne reste plus beaucoup de studios capables de concurrencer une telle force de frappe. Il faut noter que certains studios décident de décaler la sortie de leurs films de peur d’être en confrontation directe avec un film Disney. Est-ce que ce rachat peut constituer la première pierre d’une stratégie à plus long terme ? Le rachat un à un des studios historiques comme Warner, Universal ou Paramount ? Ce probable « futur » monopole peut faire peur à plus d’un titre : la stratégie mise en place par Iger de ne compter que sur ces marques peut définitivement mettre un terme à toute idée de renouveau artistique et laisser le choix aux spectateurs entre un blockbuster, un film d’animation ou une énième comédie pour adolescents. On peut comprendre que des réalisateurs du Nouvel Hollywood comme Coppola ou Scorsese voient d’un mauvais œil cette uniformisation, eux, qui ont milité pour un cinéma des réalisateurs et non pour un cinéma des producteurs. Cette hégémonie devrait malheureusement perdurer à plus ou moins long terme.

Les années 2010, l’odyssée de Netflix

Attention, trompettes et tambours battants, musique spectaculaire façon Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss… Le 15 septembre 2014, le plus grand monolithe des services de vidéo à la demande sur abonnement faisait (enfin) son apparition en France. Créé en 1997 aux États-Unis par Reed Hastings, Netflix, qui était au départ un service de location de DVD livrés à domicile, ne s’est lancé dans la SVOD qu’en 2007, avant de s’envoler vers l’infini et au-delà des frontières américaines à partir de 2010. En une petite décennie, the king of streaming (jusqu’à aujourd’hui) a profondément changé l’industrie cinématographique et nos façons de regarder les écrans. Car oui, les années 2010 sont bien celles où le géant aux lettres rouges et ses jumeaux rivaux nous ont fait passer de la salle de ciné au canapé.

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Quantité…

Selon les pays, Netflix propose un catalogue de 600 à 6 000 séries(1), films, documentaires… à ses 158 millions d’abonnés(2). En France, on compte près de 2 000 titres. Dire que le choix est vaste est un euphémisme. À tel point qu’il est parfois difficile de faire son choix. Qui n’a jamais passé une soirée entière à faire défiler les titres un par un sans parvenir à trancher, voire à noter chaque film ou série déjà vu pour que l’algorithme pige mieux ses préférences ? Face à cette indécision interminable, un autre phénomène est apparu au cours de la décennie : le boulottage d’épisodes de séries jusqu’à plus faim, désormais communément appelé « binge-watching ». Plus besoin d’attendre d’une semaine sur l’autre pour découvrir le nouvel épisode d’une série. Netflix révolutionne le visionnage en mettant à disposition tous les épisodes d’une saison d’un coup. Résultat ? C’est pire que des Schoko-Bons, on ne peut plus s’arrêter. On enchaîne les épisodes, puis les séries, parfois sans pause, au point de délaisser toute vie sociale, car c’est une fatalité : si vous n’avez pas vu la dernière série Netflix, vous avez raté votre vie. Une série que vous aurez probablement oublié d’ici 2 semaines (voire 2 jours), et ce, même si elle était plutôt qualitative. Franchement, vous vous rappelez de ce qui s’est passé dans la saison 3 de Stranger Things ?

Du point de vue de la quantité, c’est certain, Netflix marque donc un point. Depuis le départ, le service de streaming s’efforce de proposer des contenus tellement variés que chacun peut y trouver son bonheur, de la dernière série branchée au dessin animé pour bambins, en passant par le film d’auteur iranien, la telenovela ou le documentaire ultra-pointu. Pour construire ce catalogue, Netflix a commencé par acquérir les droits de diffusion de nombreux films et, surtout, séries à succès (Friends, Twin Peaks, Mad Men…). Puis, elle a noué des partenariats avec d’autres géants comme Disney ou WarnerMedia afin d’obtenir des exclusivités de diffusion. C’est par exemple le cas pour Orange is the New Black, La Casa de Papel, les séries Daredevil, Jessica Jones, Punisher et Cie, toutes issues de licences Marvel aka Disney, et bien sûr, celle par laquelle tout a commencé en 2013, House of Cards (diffusée également sur Canal+ en France, avant l’arrivée de Netflix en 2014). En parallèle, Netflix se lance dans la production dès 2011 et crée son propre studio en 2016. C’est ainsi que voient le jour des séries comme Narcos, Black Mirror, 13 Reasons Why et la poule aux œufs d’or Stranger Things, mais aussi des productions locales telles que la british The Crown (top) ou la frenchie Marseille (flop). Côté long-métrage, on n’est pas en reste. Du premier film 100 % Netflix Beasts of no Nation en 2015 à aujourd’hui, la production ne cesse d’augmenter. En 2018, le studio de Reed Hastings aurait produit 98 films, soit deux fois plus que Disney et Warner Bros réunis(3). Impressionnant. Mais où est la qualité dans tout ça ?

… Ou qualité ?

Le problème avec la qualité, c’est qu’elle est entièrement subjective. Le dieu algorithme vous dirait qu’il est capable de proposer à chaque profil des contenus jugés « de qualité » par ce dernier (le docu Making a Murderer à votre cousin en 3e année de psycho, Masha et Michka à votre gamine de 3 ans…). Soit. Il existe cependant certains critères qui permettent de plus ou moins évaluer la qualité des titres Netflix de façon globale. Tout d’abord, les récompenses. Côté séries, les productions ou exclusivités « Netflix Original » sont entrées dans le game depuis House of Cards en 2013, qui a remporté un Emmy Award de la meilleure réalisation pour David Fincher et un Golden Globe de la meilleure actrice dans une série dramatique pour Robin Wright. Depuis, les séries Netflix sont régulièrement nommées, voire récompensées, lors de ces cérémonies prestigieuses aux côtés des grands HBO, NBC, Showtime…

Côté films, en revanche, les choses se corsent. Pour entrer en compétition dans les grands festivals et autres académies, il y a une règle de base : un film doit d’abord être projeté en salles. En France, c’est le principe de la chronologie des médias qui impose un certain délai entre la diffusion au cinéma et l’exploitation à la télévision, sur internet, en DVD et Blu-Ray, et ce, afin de participer au financement de la création. Cela nous a valu de belles polémiques lorsque, en 2017, le Festival de Cannes a sélectionné Okja de Bong Joon-ho et The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach, purs produits Netflix. Puis, lorsque Thierry Frémaux a rétropédalé en déclarant que « tout film qui souhaitait concourir pour la Palme d’Or devrait sortir dans les salles françaises », poussant ainsi la plateforme à boycotter le festival en 2018, puis en 2019. Or, ces deux dernières années se révèlent cruciales pour Netflix en termes de production cinématographique « de qualité ». D’abord, cette fin de décennie est marqué par un changement majeur dans la stratégie de distribution de la société : elle décide de projeter quelques-uns de ses films en avant-première dans des salles américaines avant de les mettre en ligne sur la plateforme. Résultat ? Ils peuvent désormais être nommés aux Oscars. D’autre part, en 2018, c’est un coup de tonnerre pour l’industrie cinématographique : le magnifique Roma d’Alfonso Cuarón, produit par Netflix, remporte le Lion d’or à la Mostra de Venise. Une première qui préfigure d’autres récompenses prestigieuses (2 Golden Globes, 1 Goya, 4 Bafta, 3 Oscars), et qui pourrait bien donner des idées…

Hollywood est mort, vive Netflix ?

Ce qui nous amène à un autre gage de qualité : des réalisateurs de renom, parmi les plus grands actuellement, quittent Hollywood pour s’orienter vers la Silicon Valley. C’est notamment le cas d’Alfonso Cuarón comme on le disait, mais aussi de David Fincher (depuis un bail, avec House of Cards puis Mindhunter) et, dernièrement, de Martin Scorsese. Son nouveau film, The Irishman, l’un des plus attendus de cette fin de décennie, aurait clairement pu ne jamais voir le jour si Netflix ne l’avait pas produit. C’est un bouleversement pour le cinéma mondial : hormis quelques exceptions aux États-Unis, cette œuvre majeure ne sera pas visible en salle. Toutefois, vous pouvez la regarder sur smartphone dans le métro et même, comme le suggère certains, en plusieurs épisodes. Horreur. Alors, comment a-t-on pu en arriver là ? Plutôt que d’accabler Netflix, il faudrait peut-être, comme le suggère Martin Scorsese dans une tribune publiée dans le New York Times du 4 novembre dernier, regarder du côté des studios hollywoodiens qui, peu à peu, éliminent tout risque et misent uniquement sur des franchises (Disney-Marvel-Star Wars, entre autres). La vision de l’artiste et sa création originale sont bien trop risquées. Comment dès lors produire un film en noir et blanc, en langue espagnole, sans tête d’affiche, même s’il est dirigé par Alfonso Cuarón ? Comment financer un projet de 3h30 qui va coûter 150 millions de dollars, même s’il est porté par Martin Scorsese et des monstres sacrés comme Robert De Niro, Al Pacino et Joe Pesci ? Qu’on le veuille ou non, Netflix semble apporter une solution. Même chose d’ailleurs, du côté des distributeurs. Sans Netflix, nous n’aurions par exemple jamais découvert en France la bouffée d’énergie de Booksmart d’Olivia Wilde cette année. D’ailleurs, petit message personnel, Harmony Korine, si tu nous lis…

Et demain ? Game of Thrones… de la SVOD

C’est le dernier critère qui peut nous faire espérer une montée en qualité des films et séries sur les plateformes de SVOD comme Netflix : la concurrence. Depuis de nombreuses années déjà, Amazon Prime Video (2006) et Hulu (2007, racheté par Disney depuis) tentent de rivaliser avec Netflix sans parvenir à détrôner le maître. Néanmoins, cette fin de décennie est marquée par l’entrée dans l’arène de nouveaux adversaires de poids : Disney+ (depuis novembre aux USA et à partir de mars 2020 en France), Apple TV+ (depuis novembre) et HBO Max de WarnerMedia et AT&T (au printemps 2020). Sachant que Netflix n’est propriétaire que de 8 % de son catalogue, contre 20 % pour Disney, WarnerMedia et NBCUniversal(3), de nombreuses licences pourraient peu à peu disparaître de la plateforme. Est-ce que cela va pour autant faire déserter les abonnés ? Seul l’avenir le dira. Mais ces services étant sans engagement, il se pourrait bien qu’un nouveau phénomène se développe : des spectateurs qui passent d’une plateforme à l’autre, en fonction des contenus exclusifs proposés. Il ne reste plus qu’à espérer que cette offre foisonnante relance véritablement les esprits créatifs et donne vie à de vrais chefs-d’œuvre. À condition toutefois, qu’un chef-d’œuvre puisse se vivre en dehors d’une salle de cinéma… Il paraît, à ce propos, que Netflix vient d’acheter un ancien cinéma indépendant new-yorkais, le sauvant ainsi de la fermeture. Alors, la boucle est-elle finalement bouclée ?

(1) Netflix USA vs The World: Content libraries compared (2017)

(2) Lettre aux actionnaires de Netflix (2019)

(3) Le Monde Diplomatique, Les recettes de Netflix (2019)

On ne peut parler de la décennie au cinéma sans évoquer le scandale qui a ébranlé ce monde fin 2017, faisant tomber l’homme le plus puissant d’Hollywood, et entrainant la libération de la parole avec le mouvement Me Too ainsi qu’un chamboulement de la place des femmes dans l’industrie du cinéma.

L’Affaire Weinstein

Le New York Times dévoile le 5 octobre 2017 que le plus gros producteur hollywoodien, Harvey Weinstein (The Artist, Intouchables, Le Patient Anglais), aurait harcelé et agressé sexuellement un grand nombre d’actrices durant plusieurs décennies, étouffant les faits au moyen d’accords à l’amiable, de menaces et de chantage. L’omerta qui régnait sur le sujet éclate au grand jour et met à la lumière le secret de polichinelle connu de tous à Hollywood. Plus de quatre-vingt femmes accusent le producteur publiquement, avec parmi les plus notables, Rose McGowan, Rosanna Arquette et Gwyneth Paltrow. En France, c’est Adèle Haenel qui a brisé ce silence, lors de son interview à Mediapart où elle accusait d’attouchements et de harcèlement sexuel le réalisateur Christophe Ruggia, lorsqu’elle était mineure.

Lorsqu’il lui fut demandé pourquoi elle n’est pas allée à la justice, elle déclara :

« Parce qu’il y a une violence systémique qui est faite aux femmes dans la justice, justifie-t-elle. Elle poursuit, indignée : « Un viol sur dix aboutit à une condamnation en justice. Ça veut dire quoi des neuf autres ?

Ces scandales ont permis la libération de la parole des femmes, qui osent aujourd’hui briser le silence, réunies sous le hashtag MeToo et qui disposent d’une plateforme publique pour le faire. Comme le disent les anglais « knowledge is power » ou « le pouvoir, c’est la connaissance », et les femmes reprennent le pouvoir dans une relation qui a été depuis bien trop longtemps unilatérale.

La place des femmes au cinéma

La place de plus en plus importante prise par la télévision dans le paysage cinématographique des années 2010, avec la révolution du streaming menée par le géant Netflix, a permis l’émancipation des femmes de leur rôle dévolu de « petite amie » ou de « femme tuée pour motiver le héros » et de recentrer la narration sur elles. Les plus grands acteurs et réalisateurs se tournent de plus en plus vers ce nouveau média, qui est maintenant signe de qualité et embrasse la diversité, chose que le cinéma classique a encore du mal à faire. Plus de [1]20% des projets de Netflix en 2019 avaient des femmes pour réalisatrices, avec 30% d’épisodes de télévison de ces deux dernières années eux aussi réalisés par des femmes.

Suite aux mouvements MeToo et Times’s Up, les films avec les plus grosses entrées au box-office réalisés par des femmes, qui stagnaient depuis le début des années 2010 à un bien triste 4,8%, à plus que doublé pour atteindre 10,6% en 2019. On peut donc retrouver Greta Gerwig (Little Women), Olivia Wilde (Booksmart), ou encore Lorene Scafaria (Hustlers) dans cette liste, incluant Captain Marvel et Frozen II? deux des plus gros succès mondiaux au box-office.

En 2019, Universal a produit cinq projets avec à leur tête des femmes réalisatrices, suivi de près par STX entertainment avec 25% de leurs films, Sony et Disney avaient quant à eux 17% de femmes et Warner Bros s’est engagé sur 16% de ces projets. En bon dernier arrivent Paramount, qui quant à eux, n’avait aucune femme réalisatrice en 2019 continuant ainsi sur leur lancée, puisqu’ils n’ont collaboré avec aucune femme depuis 5 ans.

Futur de l’industrie

Cependant, il reste impératif de continuer cette conversation, comme nous avons pu le voir avec les 77ème Golden Globes, puisque l’on peut déplorer qu’aucun film avec à sa tête une réalisatrice n’ait été nominé. Il faudra se tourner vers la catégorie des films étrangers pour voir la nomination de Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, lauréat du Prix du scénario à Cannes, ou encore de The Farewell, de Lulu Wang. Une étude des récompenses les plus prestigieuses aux USA, menée de 2008 à 2020, a démontré que seul [2] 5,7% des nominés pour à la catégorie meilleur réalisateur avait été des femmes, avec une seule victoire, celle de Kathryn Bigelow, pour Démineurs.

Alors que va nous apporter l’avenir ? Si le box-office reste majoritairement dominé par les réalisateurs, l’avenir semble cependant apporter des changements bénéfiques, avec des blockbusters majeurs tels que Wonder Woman 1984, Birds of Prey et Black Woman ayant des femmes derrière les caméras. On ne peut aussi que regarder le succès écrasant de Phoebe Waller Bridge, esprit brillant derrière les géniaux Fleabag et Killing Eve, qui enchainent les récompenses Outre Atlantique et a co-écrit le prochain James Bond, sans oublier Ava Duvernay et son magistral When They See Us. Bien que la route soit encore longue avant même d’envisager la parité, avec les succès au box-office des cinéastes féminines, les studios semblent enfin s’apercevoir que le public demande des films divers, devant et derrière la caméra. Il faut maintenant s’assurer que cette progression s’inscrive dans la durée et ne soit pas juste un effet tendance suivant la révolution MeToo.

[1] USC Annenberg Inclusion Initiative : « Female Directors Behind Record Number of Films in 2019 (Study) »

[2] https://variety.com/2020/film/news/female-directors-record-films-little-women-hustlers-the-farewell-1203454878/

Le cinéma américain a-t-il perdu son âme ?

Sans se poser en rabat-joie ou en nostalgique prisonnier d’une époque révolue, le constat que l’on peut dresser de l’évolution du cinéma américain durant cette décennie n’est guère réjouissant, d’autant plus, pour celui ou celle qui aura eu la chance de grandir avec toute une série de films qui constituent aujourd’hui un patrimoine inestimable dans lequel ne cessent de puiser des studios qui font plus que jamais passer la logique économique avant toute ambition artistique. La décennie écoulée aura permis de faire exploser plusieurs records du box office mondial et de continuer à faire fonctionner le business de studios ressemblant de plus en plus à des industriels lambda fabriquant des produits standardisés, destinés au plus grand nombre et se conformant à des cahiers des charges érigés en tables de la loi. Si une décennie de cinéma dit quelque chose de l’évolution d’une société durant cette période, si elle accompagne les mouvements profonds tant politiques que sociaux qui traversent une société, que l’analyse des précédentes décennies du cinéma américain est de ce point de vue passionnante et éclairante, celle écoulée nous semble avoir en partie remis en cause cet axiome. Les studios n’ont pas simplement accompagné et traduit l’évolution de la demande d’un public qui dans sa majorité ne se rend plus en salle pour comprendre le monde dans lequel il vit mais pour s’en extraire, ils l’ont à nos yeux singulièrement amplifiée. A suivre aveuglément les désirs identifiés de ses spectateurs, les prescriptions des enquêtes de marché, à vouloir n’être qu’une industrie de service, Hollywood n’a paradoxalement probablement jamais été aussi éloigné de son public et de la réalité de la complexité d’une société réduite à son plus grand dénominateur commun: la recherche du divertissement.

Ceux, dont nous faisions partie, qui pensaient que l’élection de Donald Trump produirait au moins quelque chose d’intéressant dans le paysage cinématographique américain, un réveil de la la conscience politique et sociale qui fit jadis sa grandeur, auront été finalement bien naïfs. Face à la complexité de son époque Hollywood se comporte comme les derniers réprésentants d’un monde en train de disparaître et n’aura globalement eu comme seule réponse que d’offrir à son public du pain (en l’espèce du fast food) et des jeux (du divertissement bas de gamme sans aspérités et vidé d’enjeux dramatiques). Si d’autres décennies troublées politiquement et socialement ont donné naissance au film noir, au thriller conspirationniste ou encore au film dossier, la décennie 2010 à Hollywood n’aura donc su produire, pour l’essentiel, que du divertissement standardisé, offrant à son public un monde virtuel et aseptisé plutôt qu’une mise en perspective du monde si complexe et tourmenté dans lequel il évolue.

Il ne s’agit toutefois pas d’entrer dans le petit cercle (qui existait bien avant cette douloureuse décennie) de ceux qui regardent de haut le cinéma américain et ne s’arrêtent qu’à ses productions les plus emblématiques et lucratives pour nourrir leur discours. En effet, si la place laissée au cinéma indépendant et aux quelques géants ayant traversé les décennies s’est pour le moins réduite, si le film de super héros est devenu le genre le plus emblématique de la décennie écoulée, le cinéma américain aura continué de nous offrir quelques immenses moments de cinéma en plus de révéler des talents totalement enthousiasmants (même si certains d’entre eux auront très vite été récupérés par la grosse machine hollywoodienne extrêmement friande en jeunes réalisateurs talentueux et pensent-ils malléables). Le top des auteurs de ces lignes en témoigne, derrière la grosse et infernale machine à photocopier, lisser et uniformiser qui domine les débats comme le box-office, le cinéma américain compte dans ses rangs des metteurs en scène qui ont continué de nous enthousiasmer en échappant à l’air du temps et en continuant de livrer des films aussi aboutis formellement que profonds et personnels (George Miller, Paul Thomas Anderson, Martin Scorsese, Todd Haynes, Darren Aronofsky, David Fincher, Christopher Nolan, Harmony Korine, Clint Eastwood, Kathryn Bigelow, Les Freres Coen et les révélations Jeff Nichols, David Robert Mitchell..). On peut certes penser que le cinéma américain a vendu une partie de son âme à des marchands de lessive mais le déclarer artistiquement mort est encore bien prématuré. L’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes pourrait même nous inciter à l’optimisme si l’on veut bien croire à une renaissance quand le public montrera des signes de lassitude et que les décideurs d’Hollywood feront confiance en son intelligence plutôt que de se comporter comme votre vieille tante qui en remettait toujours dans votre assiette en vous disant  » mais si reprends en encore. tu t’étais régalé la dernière fois ». La pente est raide quand on voit notamment l’accueil réservé au First Man de Damien Chazelle (flop au box office, snobé par l’académie des oscars, accueil tiède de la critique US) qui semblait pourtant être le IT BOY du moment après les succès de Whiplash et La La Land. Sans un total soutien d’un studio, même le plus talentueux des metteurs en scène n’a aucune chance de pouvoir disposer d’un budget conséquent pour concrétiser ses ambitions et le vent souffle sans doute beaucoup trop fort dans la direction du cinéma fast food pour que les executive prennent le moindre risque  (se rappeler pourquoi le dernier Scorsese n’aurait pas existé sans Netflix). Un metteur en scène comme Shane Carruth (Primer, Upstream Color) se retrouve par exemple à quai depuis des années (RIP Modern Ocean), faute d’accepter de monter dans le train du mainstream et des super-héros. Accepter de réaliser un film de super-héros semble être le prix à payer pour espérer pouvoir ensuite revenir à des projets autrement plus personnels et ambitieux . On croise les doigts pour la très talentueuse Chloe Zhao (Les Chansons que mes frères m’ont apprises, The Rider) qui a fini par céder aux sirènes de Marvel, probablement aussi avec le secret espoir (bien naïf hélas) de ne pas totalement se boucher le nez durant toute cette aventure et de pouvoir faire entendre sensibilité.

Dans ce paysage cinématographique tellement cadenassé par les enjeux économiques, une jeune société de production aura réussi à trouver l’espace d’exister au point qu’avec le recul on se rend compte qu’elle aura particulièrement marqué de son empreinte cette décennie qui l’a vu naître et se développer continuellement avec un « oeil » absolument remarquable pour révéler des metteurs en scène qui pour certains d’entre eux marqueront à coup sûr la nouvelle décennie (Barry Jenkins, Robert Eggers, Scott S Baker, Bo Burnham, Trey Edward Shults, Alex Garland, Les Frères Safdie, Arie Aster, Joe Talbot..). Quelques uns des meilleurs films américains des années 2010, en tout cas des plus stimulants, sont ainsi estampillés A24 (Moonlight, Heredité, Tangerine, The Witch, Eight Grade, Good Time, Under The Skin, A Most Violent Year, Ex Machina, Krisha, American Honey, The Florida Projet, A Ghost Story, First Reformed …) et les premiers films attendus en 2020 (Uncut Gems, Waves) ne devraient guère faire baisser le niveau. Le deal passé en 2018 avec Apple TV ouvre encore de nouveaux horizons au studio, sans à notre sens, renier ses ambitions et se vendre à un autre marchand de contenus qui viendrait privilégier uniquement la quantité sur le contenu. Au delà de A24 dont il est devenu le porte étendard, le cinéma indépendant américain semble pouvoir trouver avec Apple TV un partenariat qui lui permettra  de ne pas se laisser totalement marginaliser, bénéficiant de la double exposition d’une sortie en salle et sur la plateforme de la firme de Cupertino qui n’a donc et c’est heureux, pas adopté le modèle de Netflix (il est prévu que les films sortent en salles plusieurs semaines avant leur mise en ligne). Les premiers films de la plateforme de la firme de Cupertino issus de deals avec A24 (The Elephant Queen), Romulus Entertainment (The Banker) et Bleeker Street (Hala) donnent en tout cas plutôt envie et nourrissent notre optimisme.

La curiosité : premier commandement du guide de survie du cinéphile dans les années 2010.

Le contexte actuel impose plus que jamais de faire preuve de curiosité, de ne pas se laisser enfermer dans une seule vision du cinéma, une vision du monde et de ne pas renoncer à ce qu’une séance puisse nous offrir plus que 2 heures de divertissement. La décennie écoulée aura eu le mérite de remettre en cause une partie de nos certitudes, de moins se fier à l’identité du réalisateur, à la nationalité d’un film et de nous ouvrir plus que jamais à d’autres cinémas. Cela a par ailleurs été facilité par le fait que l’offre n’a jamais été aussi importante et permet de rendre beaucoup plus accessible des films jusqu’alors principalement réservés aux cinéphiles les plus avertis qui écumaient les festivals ou les salles d’art et d’essai. Parmi les principaux bénéficiaires de cette « mondialisation » de l’offre, on pourra citer le cinéma coréen, chinois, japonais, sud américain et à un degré moindre, indien. S’ils ne trouvent pas tous, loin s’en faut, de distributeurs et d’exploitants suffisamment téméraires pour prendre le risque de les emmener jusque dans les salles, le développement des plateformes de téléchargement (y compris les illégales auxquelles on peut au moins reconnaître cette vertu) et du marché vidéo (il est 100 fois plus simple aujourd’hui de faire l’acquisition d’un dvd/blu-ray importé), aura permis de casser les à priori et barrières qui condamnaient à un quasi anonymat beaucoup des films de ces pays. Aujourd’hui, beaucoup de cinéphiles ou de spectateurs occasionnels un peu curieux sont par exemple capables de citer le nom de plusieurs réalisateurs coréens dont les films auront particulièrement marqué les années 2010. Seuls ceux qui sont nostalgiques de l’époque ou cela leur permettait de briller à la machine à café oseront s’en plaindre. Park Chan Wook (Stoker, Mademoiselle) , Bong Joon-Ho (Snowpiercer, Okja, Parasite) et à un degré moindre Kim Jee Won (J’ai Rencontré le Diable, The Age of Shadows, Illang: La Brigade des Loups) auront été les fers de lance d’un cinéma qui nous a souvent donné tout ce qui s’est globalement perdu dans le cinéma américain: cette synthèse entre ambition commerciale et artistique, la foi dans l’intelligence du spectateur auquel on ne propose pas du « pré-mâché »et qui est capable de digérer le sous texte de films qui parlent de leur époque et des rapports de classe de la société. Dernier Train pour Busan (Sang-Ho Yeon) aura de ce point de vue été l’un des blockbusters les plus excitants de la décennie, capable de réinvestir le genre du film de zombie et de proposer le cocktail d’action, d’émotion et de réflexion dont le cinéma mainstream américain semble avoir déchiré la recette. Sans abandonner ses ambitions commerciales, le cinéma coréen transpire d’une passion, d’un enthousiasme (incluant évidemment quelques excès assumés) qui lui permettent à nos yeux de toucher un large public et de réconcilier deux clans qui se divisent à longueur de films, d’autant plus avec le développement des réseaux sociaux: les cinéphiles « avertis » et les spectateurs occasionnels. Le thriller reste le genre emblématique du cinéma coréen, celui qui s’exporte le plus aisément et s’agissant de la qualité, un rapide coup d’œil aux thrillers qui auront marqué la décennie nous fait réaliser  que ce tout petit pays aura produit à lui seul plus de grands thrillers que tout le cinéma américain. Derrière les 3 têtes d’affiche que sont Park Chan Wook, Kim Jee Won et Bong Joon-Ho, se trouve un réservoir de talents qui paraît inépuisable et renouvelle sans cesse le genre:  Hong-Jin Na (The Murderer, The Wailing), Sung Bo-Shim (Sea Fog), Joo-Wan Jang (Monster Boy) , Hong-Jun Park (New World), Byung-Gil Jung (Vilainess), Min-Ho Woo (Inside Men), Seung-Wan Ryo (The Agent, Beterang) …. pour ne citer que quelques uns de nos plus gros coups de cœur.

A côté de ces films brillants, excessifs, foutraques, viscéraux, bref de ces films bouillonnant de vie, le cinéma coréen aura su, encore une fois, nous déchirer le cœur avec des drames inoubliables qu’il ne s’agit pas de lister ici quand nous avons envie, avant tout, de citer un nom avant tous les autres, celui de Chang Dong-Lee que la décennie aura définitivement consacré, à nos yeux, comme l’un des plus grands metteurs en scène de notre époque avec deux nouveaux chefs-d’œuvre à son actif: Poetry (2010) et Burning (2018). Kim Ki Duk sera resté quant à lui ce cinéaste insaisissable et inclassable, plus prolifique que jamais , en quelque sort le cousin coréen du japonais Sono Sion dont tous les films ne sont pas de grandes réussites mais qui aura réalisé deux des films les plus dérangeants/dérangés de la décennie avec Pieta et Moebius. Plus que tout autre pays, la Corée aura ainsi été, à nos yeux, durant ces années 2010, l’eldorado des cinéphiles et spectateurs de toute sensibilité.

Camille Humbert, Jean-Baptiste Coriou et Fabrice Sayag

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