Critiques Cinéma

BURNING (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement. De retour d’un voyage à l’étranger, celle ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît… 

Lee Chang-Dong fait partie de ces réalisateurs qui sont capables de manier les matières les plus explosives avec la délicatesse de grands sculpteurs, parvenant à s’en servir pour façonner une œuvre de laquelle se dégagera une puissance qui bouleverse celui qui la contemple. Qu’il parle de handicap (Oasis), de suicide (Peppermint Candy), de la perte d’un mari et d’un fils (Secret Sunshine), du pardon des crimes commis par un être cher (Poetry), Lee Chang-Dong s’attaque à des sujets qui entre d’autres mains auraient tôt fait de tomber dans le pathos. Avec Burning, adapté d’une nouvelle de Haruki Murakami (publiée dans le recueil L’Eléphant S’évapore), elle même inspirée d’une nouvelle de William Faulkner, Lee Chang-Dong  poursuit son exploration de la complexité de l’âme humaine, du poids de l’héritage familial et en creux son portrait de la société coréenne, en particulier ici de sa jeunesse. Celui qui fut ministre de la culture de la Corée du Sud connaît son pays et ses inégalités, notamment ici le sort de ces jeunes travailleurs pauvres, ces invisibles d’une société qui valorise à l’extrême la réussite et qui veut renvoyer au monde une image de prospérité. A travers la figure classique du triangle amoureux qui glisse vers le thriller, Lee Chang-Dong  nous livre un récit versatile, à la fois indolent et fiévreux, habité par la colère et l’insouciance qui caractérise ses deux principaux protagonistes, dont la trajectoire va rencontrer celui qui va embraser leur vie.

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Par l’acuité de son regard et la qualité de son écriture, Lee Chang-Dong,  parvient à nouveau, comme dans chacun de ses films, à emmener ses acteurs vers d’incroyables interprétations, transcendant le texte pour aller chercher la vérité et l’émotion qui seules, permettent de créer un lien très fort entre le spectateur et les personnages dans la vie desquels il se trouve projeté. Le récit de Ben (Steven Yeun), Lee Jongsu (Ah-In Yoo) et Shin Haemi (Jong-Seo Jeon) va ainsi au-delà des archétypes incarnés par chacun (Le jeune homme innocent et de condition modeste, la fausse ingénue dont la versatilité se fait jour à l’arrivée d’un mystérieux et riche inconnu) et de la prévisible mécanique du triangle amoureux. Ben n’est pas simplement l’élément perturbateur d’une idylle naissante, il est l’agent révélateur de la situation économique et sociale de la Corée du Sud, de la « misère » (affective et économique) dans laquelle se trouve Jongsu. Il est un personnage Fitzgeraldien (on pense à Gatsby le Magnifique) qui s’invite dans un univers Faulknerien, un pur produit de cette nouvelle société coréenne dans laquelle Jongsu et Haemi ne semblent pas pouvoir trouver leur place. Il est l’avatar de ce que Jongsu nomme lui-même le monde des oisifs, de ces jeunes gens dont on ne sait réellement comme s’est construite leur fortune et dont les préoccupations sont totalement déconnectées de celles du reste de la population. De ce point de vue, les scènes de discussion/dîner entre Ben et ses amis sont édifiantes, Lee Chang-Dong isolant Jongsu dans le cadre, en faisant un simple observateur passif d’un monde dont l’entrée lui est interdite (quand la fougue et l’insouciance d’Haemi lui donnent l’illusion de pouvoir y accéder).

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Dans Burning, le sous texte économique et social, mais aussi le discours sur la place de l’artiste dans la société (Jongsu aspire à devenir romancier) irrigue donc le récit, couve sous ce triangle amoureux comme le feu couve sous la glace. S’il revêt les habits d’une romance matinée de thriller, il se révèle ainsi être également une chronique sociale désenchantée, celle de la rencontre de deux mondes qui s’ignorent, d’une frontière plus invisible que celle avec la Corée du Nord (Jongsu habite d’ailleurs à proximité de celle-ci et peut entendre les hauts parleurs diffusant la propagande du régime) mais guère plus franchissable pour ses habitants. Lee Chang-Dong ne délaisse pas pour autant la thématique familiale qu’il explorait dans ses précédents films, le mur infranchissable qui se dresse devant Jongsu n’étant pas que social mais aussi familial, sa mère l’ayant délaissé et son père, un homme rongé par la colère étant aux prises avec la justice (cette partie du récit est empruntée à la nouvelle de Faulkner). La mise en scène de Lee Chang-Dong est connectée à ce qu’il vit, évoluant aussi bien dans un registre léger, quand il est en présence de Haemi, que cynique, dramatique et paranoïaque. Tous ces sentiments complexes et parfois contradictoires qui traversent le film viennent d’ailleurs se cristalliser dans une scène centrale – d’ores et déjà candidate sérieuse au titre de la plus belle scène de l’année – dans laquelle la mise en scène de Lee Chang-Dong paraît touchée par la grâce. Dans la composition de ses cadres, dans sa gestion du crescendo dramatique, de la lon(an)geur de plusieurs de ses scènes, des montées d’émotion, Lee Chang-Dong travaille son récit de l’intérieur, comme une matière vivante dont on ressent les pulsations. Burning demande malheureusement probablement un certain lâcher prise, une attention aux détails qui laissera une partie du public à la porte de l’un des plus grands films de l’année, qui pour la presse internationale aurait dû repartir avec la Palme d’Or du dernier Festival de Cannes.

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Titre Original: BUH-NING

Réalisé par: Lee Chang-Dong

Casting : Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-seo …

Genre: Drame, Thriller

Date de sortie: 29 août 2018

Distribué par: Diaphana Distribution

4,5 STARS TOP NIVEAU

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