Critiques Cinéma

THE RIDER (Critique)

5 STARS CHEF D'OEUVRE

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SYNOPSIS: Après avoir survécu à une blessure à la tête qui faillit lui être fatale, un jeune cowboy entreprend la quête d’une nouvelle identité et découvre ce que cela signifie d’être un homme au cœur de l’Amérique.

Pour son premier film, Les Chansons que mes Frères m’ont apprises, Chloe Zhao avait reçu les honneurs d’une sélection au Festival du cinéma américain de Deauville de 2015, dont elle reparti, certes sans prix, mais en ayant gagné la reconnaissance d’une grande partie de la critique. Née et ayant grandit en Chine, Chloe Zhao a sur les États-Unis et ses communautés, un regard unique qui lui donne une place à part dans le cinéma indépendant américain, avec lequel elle se montre d’ailleurs très critique, en dénonçant l’uniformisation imposée par la frilosité des producteurs face à des sujets dont le potentiel commercial est peu évident. Le fait est qu’en tournant avec des acteurs non professionnels issus, pour son premier film, de la communauté indienne de la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud) et, pour son second film, The Rider, de cowboys vivant, dans cette même réserve, de l’élevage de chevaux et du rodéo, Chloe Zhao impose des sujets et des personnages que l’on ne rencontre pas ailleurs. The Rider, sélectionné à la quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes qui vient de livrer son palmarès, a été très justement récompensé par le Art Cinema Award du long métrage.

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Mêlant une approche documentaire et intimiste du récit poignant de son personnage principal et un sens des grands espaces qui convoque le souvenir des grandes heures du western, Chloe Zhao a réuni en quelque sorte Kelly Reichardt et John Ford pour réaliser l’un des très grands films de cette année. Un film épris de liberté comme l’est Brady Blackburn (Brady Jandreau) ce cowboy dont la vie, jusqu’à ce terrible accident qui aurait pu le laisser paralysé, était entièrement consacrée à l’élevage de chevaux et le rodéo. Comment se reconstruire lorsqu’on ne peut plus exercer le seul métier pour lequel on s’est toujours destiné et à travers lequel on s’est construit son identité, qui plus est dans une région qui n’offre aucune autre perspective ? C’est à cette question que Chloe Zhao confronte le spectateur et son acteur Brady Jandreau qui joue son propre personnage placé dans une situation qui elle est une fiction. Filmé dans son intimité avec son père (Tim Jandreau) et sa jeune soeur (Lily Jandreau), avec ses amis, ses chevaux, en grand angle dans les paysages et la nature dans lesquels il a toujours vécu, Brady est un de ses personnages de cinéma que l’on ne peut pas oublier, un visage et un tempérament qui nous lient à son destin. Il est aussi le représentant d’un ancien temps, d’une Amérique éprise de liberté, vivant en communion avec la nature et qui aujourd’hui se trouve précarisee, marginalisée. Les cowboys de cette réserve forment une communauté extrêmement soudée, dans laquelle le rodéo tient une place centrale, leur permettant de se prouver leur bravoure et de se réunir autour de ce grand spectacle fédérateur. Comme le dit un des amis de Brady, les blessures font partie de leur vie mais les cowboys chevauchent la douleur (« we ride through the pain »). Il n’y a pas de place pour l’apitoiement sur soi et donc aucun misérabilisme dans le film qui épouse la trajectoire de son personnage à  la façon d’un documentaire.

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On découvre, en même temps que Brady, les séquelles de son accident, cette main qui tremble et se crispe sur les rênes qu’il ne peut plus lâcher. Lorsque l’on découvre les images de cet accident ce n’est pas par un flashback ou un cauchemar comme l’auraient fait tant d’autres metteurs en scène mais, avec lui, qui hésite à lancer cette dernière vidéo après avoir revu celles de ses exploits. Chloe Zhao ne se met ainsi jamais en surplomb de son personnage, ne théorise pas non plus sur cette injonction de virilité à laquelle il obéit aussi depuis son enfance, dans un milieu qui ne lui offre aucun autre véritable horizon. Qu’il ait été conditionné à devenir l’homme qu’il est importe peu, il est cet homme épris de liberté dont on ressent à chaque instant, durant sa convalescence, qu’il ne peut rester dans ce cadre trop étroit pour lui, que bouillonne en lui l’envie de remonter à cheval, de ne pas devenir comme son père, un homme qui renonce à ses rêves. Les visites qu’il rend à son ami, Lane Scott , ancienne gloire du rodéo, devenu tétraplégique à la suite d’un accident, sont extrêmement émouvantes parce que la caméra et le regard de la réalisatrice s’effacent totalement, alors que ces scènes auraient pu illustrer avec lourdeur le destin qui attend Brady s’il remonte à cheval contre l’avis de ses médecins. Au contraire, elles lui donnent l’envie de se battre pour son ami, de vivre sans entrave.

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Les longues scènes de débourrage de chevaux sont quant à elles particulièrement saisissantes. La caméra reste en retrait, observe la puissance de cet animal qui peut envoyer à tout moment un coup de sabot fatal, le courage, la patience dont fait preuve Brady pour gagner le respect et la confiance de cet animal. Dans ces moments, l’acteur et le personnage se confondent complètement. Chloe Zhao fait sienne la citation de Jean Renoir « l’art du cinéma consiste à s’approcher de la vérité des hommes ». Elle saisit la vérité de Brady Blackburn/Jandreau qui n’est heureux et ne s’épanouit que lorsqu’il communie avec la nature et les chevaux. Ces instants sont une intense respiration, libération, pour lui comme pour le spectateur. Le choix du grand angle pour inscrire son personnage dans son environnement est particulièrement pertinent tant il permet de ressentir, comme Brady, l’immensité de ces plaines, la beauté de cette nature, mais aussi au film de s’élever, dans un style élégiaque cousin de celui de Terrence Malick. The Rider dépasse son sujet, cette histoire de cowboy, dont on pouvait douter de prime abord qu’elle puisse autant toucher à l’universel. Il y a une sincérité, une bienveillance sur ses personnages et un amour du cinéma tel dans le second film de Chloe Zhao qu’il emmène, ce qui n’aurait pu être qu’un poignant docu fiction, vers des sommets que très peu de films atteindront cette année.

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Titre Original: THE RIDER

Réalisé par: Chloe Zhao

Casting : Brady Jandreau, Tim Jandreau, Lily Jandreau

Genre: Drame

Date de sortie: Prochainement

Distribué par: Les Films du Losange

5 STARS CHEF D'OEUVRE

CHEF-D’ŒUVRE

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