Critiques Cinéma

CASINO (Critique)

SYNOPSIS: En 1973, Sam Ace Rothstein est le grand manitou de la ville de toutes les folies, Las Vegas. Il achète et épouse une virtuose de l’arnaque, Ginger Mc Kenna, qui sombre bien vite dans l’alcool et la drogue. Mais un autre ennui guette Sam, son ami d’enfance Nicky Santoro, qui entreprend de mettre la ville en coupe réglée… 

Alors que l’on pensait le film de gangsters définitivement sacralisé par Le Parrain de Coppola, Martin Scorsese dégaina en 1990 le second film ultime sur la mafia new yorkaise : Les Affranchis. Cette immense fresque d’un peu moins de 2h30 avec Ray Liotta, Robert De Niro et Joe Pesci fut le premier de ce qu’on peut appeler une trilogie sur la mafia avec Casino sorti en 1995 et The Irishman en 2019 sur Netflix. Une constante de ces trois long-métrages est de construire le récit autour d’un triangle de personnages avec toujours Pesci et De Niro au casting. Ce sera Sharon Stone, alors au firmament de sa carrière, qui le complétera pour Casino et Al Pacino pour The Irishman. Revoir Casino en 2020 nous permet de mesurer la puissance intacte de la mise en scène de Scorsese mais également de revoir la force émotionnelle du couple De Niro/Stone. Casino est construit d’une manière narrative assez similaire à celle des Affranchis : une voix off nous accompagnera tout le film et les séquences se succèdent à un rythme effréné. On peut croire dans un premier temps que Casino pourrait constituer une redite mais ce sera mal connaître l’auteur. Tout d’abord, Scorsese délaisse son New York pour établit l’action à Las Vegas, la ville de l’excès, de l’argent sale et de la cupidité. Le réalisateur nous rappelle dès le générique « james bondien » que cette anomalie occidentale est un parfait terrain de jeu pour se brûler les ailes. Comment en serait-il autrement puisqu’au cours de cette longue introduction, on nous présente un système entièrement détenu par des mafieux qui font la pluie et le beau temps sur « Sin City ». Scorsese ne fait d’ailleurs pas durer le suspense très longtemps et nous met déjà dans la peau d’un spectateur qui va assister au traditionnel rise and fall du gangster qui finira par tout perdre après avoir tutoyé les sommets. Ce qui marque durant ces séquences est la virtuosité dont fait preuve Scorsese en alternant plans fixes, travellings, plans séquences et qui est magnifié par la photographie tantôt sombre tantôt lumineuse de Robert Richardson. Il est de plus en plus rare de trouver un film où on retrouve un cador à chaque poste de la production.

On suit donc deux personnages : Sam « Ace » Rothstein, jeune juif ayant gagné sa place dans la mafia italienne ce qui lui permet d’administrer un des plus gros casinos de Las Vegas et son meilleur ami Nicky Santoro, gangster notoire aux méthodes musclées. Contrairement à Nicky, Sam est un personnage calme, peu bavard, fiable et efficace. Il connait les moindres recoins de « son » casino. On pourrait sans nul doute croire que Sam veut juste prendre sa part du gâteau, fonder une famille et gérer ses affaires en toute discrétion malgré une attirance manifeste pour le clinquant de cette ville et l’appât du gain. Malheureusement pour lui, sa rencontre avec Ginger va constituer le premier caillou dans sa chaussure de bon père de famille. Tricheuse, séductrice et a fortiori bigger than life, Sam a trouvé le double de Vegas, la conquête ultime à ses yeux, le détail ultime qui viendra parfaire sa notoriété et rendre jaloux tous les hommes. De manière naïve, il pense qu’il pourra la combler en lui offrant la vie de palace. Bien au contraire, c’est bien sa rencontre avec cette pseudo starlette qui constituera le début de sa chute.

Affublée de diamants et de robes majestueuses au début film, filmée de manière glamour au ralenti, Ginger sombre petit à petit dans la dépression, dans l’alcoolisme, devient irresponsable avec sa propre fille. Elle ne voulait pas et ne veut pas de cette vie. Elle en aime d’ailleurs un autre, exact opposé de Sam, un minable petit trafiquant à la petite semaine. Place à l’envers du décor de Vegas où le clinquant et l’argent font place à la trahison, la violence et la mort. Scorsese ne nous épargne rien à travers le personnage de Nicky : La violence est brute, le phrasé est dur et le sang gicle. C’est l’ange de la mort de Las Vegas sombrant dans la folie de cette ville. Pesci est glaçant de bout en bout. De manière symétrique, Sam perd le sens des réalités de cette ville où chaque élément de son quotidien lui rappelle pourtant son côté factice. Il monte des spectacles démesurés, défie publiquement les politiques et ses amis qui l’ont placé là où il est. Pis, il confie exclusivement une large partie de sa fortune à sa femme. La ville l’engloutit petit à petit. A force de vouloir toujours plus, Sam s’est égaré, la cupidité la rattrapait. Le film fait finalement parfaitement écho au Loup de Wall Street sorti en 2013 qui montrait que le gangsterisme cher au réalisateur avait évolué vers le monde de la finance. Le film se conclut dans un monde miséreux où chaque protagoniste aura vu son destin décliné en un temps record. Film de gangsters, film d’amour, film sur la morale américaine, film qui vient approfondir la thématique des Affranchis, Casino est tout ça à la fois. Le revoir donne l’envie de le revoir encore et encore pour en comprendre toutes ses arcanes. Rien que ça.

 

Titre Original: CASINO

Réalisé par: Martin Scorsese

Casting : Robert De Niro, Joe Pesci, Sharon Stone  …

Genre: Drame

Sortie le: 13 mars 1996

Distribué par: United International Pictures (UIP)

CHEF-D’ŒUVRE

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