Critiques Cinéma

FIRST MAN – LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Pilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme qui l’avait épousé en espérant une vie normale.

Le biopic et le film sur la conquête spatiale sont deux genres qui pris séparément génèrent chez nous un enthousiasme très mesuré, la lassitude gagnant devant des films reproduisant encore et toujours la même formule dans des genres qui sont devenus trop codifiés. Les voir associés faisait craindre que ne soit ainsi créée la formule de base d’un des plus puissants narcoleptiques cinématographiques de l’année ou, à tout le moins, d’un film engoncé dans son académisme et lesté par la portée historique des événements retracés. Avec La La Land, Damien Chazelle avait déjà levé nos doutes et redonné vie à un genre qui semblait, lui aussi, avoir produit ses plus grands films depuis de nombreuses années et ne plus pouvoir nous transporter. Aussi, même si son choix de faire un film sur les 8 années qui ont fait de Neil Armstrong le premier homme sur la lune  nous avait laissé perplexe, nous attendions avec une réelle impatience de voir de quelle façon il allait investir un sujet à priori aussi balisé, donner du cœur et de la chair à un film dont on pense pouvoir deviner une bonne partie des scènes.

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Le ton est donné et le parti pris choisi apparaît très clairement dès le prologue dont la force d’immersion cloue au siège et nous connecte à celui qui n’était jusque là qu’un nom dans les livres d’histoire, le symbole d’une époque. Damien Chazelle aborde l’aventure spatiale comme une aventure intérieure, une quête personnelle qui nous est racontée à travers et par le regard de Neil Armstrong (Ryan Gosling), un homme qui nous apparaît dans toute sa vérité, mis à nu, avec ses blessures et ses rêves. Comme l’avait fait Pablo Larrain avec Jackie, Damien Chazelle évite l’académisme dans lequel pouvait l’emmener son sujet et il donne vie à des images, une histoire et un personnage connus de tous. Derrière une phrase devenue creuse à force d’être répétée « un petit pas pour l’homme, un bon de géant pour l’humanité », derrière la réussite de cette mission lancée pour des raisons avant tout géopolitiques, Damien Chazelle a choisi de nous montrer le hors scène, une histoire de passion, de dévotion totale à son métier, de sacrifices pour atteindre son rêve, d’obsession même, comme c’était déjà le cas dans ses précédents films. First Man n’est pas un énième film sur la conquête spatiale mais probablement le premier film à nous en faire ainsi ressentir la signification profonde, à ne pas surplomber son sujet et faire du regard de son personnage le premier vecteur d’émotion d’une expérience inspirante, éprouvante, déchirante et enthousiasmante, nous faisant ressentir toute la gamme des sentiments éprouvés par Neil Armstrong jusqu’à ce fameux 20 juillet 1969.

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S’il s’agit du récit d’un accomplissement personnel, le scénario  a choisi comme point de départ l’année 1962, marquée par un deuil qui va profondément affecter Neil Armstrong. Une scène et même une réplique résument la façon dont ce deuil est traité. Poussé à parler du deuil de sa fille, par un interlocuteur qui veut tester sa solidité psychologique, à la fin de son entretien pour intégrer la mission Gemini, Neil Armstrong reconnaît très simplement que ce deuil aura nécessairement un impact sur lui au moment d’accomplir sa mission. Cet événement tragique plane ainsi sur le film sans pour autant le tirer vers le drame lacrymal, rendant simplement compte de la façon dont on peut faire face à un deuil, se reconstruire en étant accompagné par le souvenir de l’être aimé et peut-être même y puiser une force pour se dépasser. Dans un film où tout se passe par les regards, qui n’a pas besoin de béquilles scénaristiques ou d’effets de mise en scène pour aller chercher l’émotion, le couple formé par Ryan Gosling et Claire Foy valide tous les choix faits par Damien Chazelle. L’alchimie entre eux transperce l’écran, chacun ayant en lui un mélange de fragilité et d’intensité qui se complète, s’équilibre et dialogue totalement avec le récit et ce que traverse ce couple. Filmées en 35mm, il se dégage de leurs scènes, comme de celles avec leurs enfants, une grande douceur et même, par instant, un certaine forme de poésie.  Le film trouve ainsi un équilibre parfait entre la grande histoire et la petite histoire, entre l’intime et le spectaculaire, quand tant d’autres films s’y cassent les dents, forçant sur l’un ou l’autre des registres qui ne dialoguent alors plus ensemble.

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La grande histoire est traitée avec la même sensibilité, la même recherche d’une émotion qui naît du regard des personnages et non de celui que l’on pose sur eux. De même que James Gray avait « réinventé » la scène de poursuite en voiture en la filmant du point de vue de son personnage  (We Own The Night), dans l’habitacle de la voiture, plutôt que de chercher le spectaculaire par le montage et les plans vus/ revus, Damien Chazelle « réinvente » les scènes de vol spatial en laissant sa caméra avec Neil Armstrong lorsque celui-ci embarque pour un test ou une mission. Il ne nous place pas dans la position de spectateur-commentateur de l’action mais dans celle de spectateur-acteur, enfermé dans le cockpit, cerné par les grincements de la tôle qui menace de se déchirer sous l’effet de la pression de l’air. La mise en scène de Damien Chazelle ne recherche jamais le spectaculaire mais toujours l’immersion à travers le regard mais aussi par un grand soin apporté au son, plaçant le spectateur à l’intérieur du cockpit. Le réalisme de ces scènes est proprement saisissant, et l’immersion totale aux côtés de Ryan Gosling dont la caméra capte les sentiments éprouvés et la souffrance endurée durant ces vols. Filmés en 16mm, dans l’espace confiné du cockpit, ces scènes se ressentent viscéralement et permettent, plus que n’importe quelle longue scène d’exposition, de comprendre les risques pris par Neil Armstrong et les autres pilotes sur lesquels plane sans cesse l’ombre de la mort.

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First Man ne tombe pas non plus dans le simplisme de la pensée positive et le parcours de Neil Armstrong n’est pas présenté comme le modèle de la volonté triomphante. S’il deviendra « l’élu », il le devra certes à ses capacités et son implication totale mais aussi à des circonstances malheureuses, aux accidents qui ont fauché plusieurs de ses collègues dont le destin aurait pu être semblable au sien. Chacun d’entre eux trouve une incarnation quasi immédiate par la grâce d’un casting trois étoiles (Kyle Chandler, Corey Stoll, Christopher Abbott …) et d’une direction d’acteurs qui fait des miracles, dont le moindre n’est pas de faire de Jason Clarke un excellent acteur. C’est en s’investissant encore plus dans ses missions, en se fermant progressivement au monde extérieur, dans un refus d’affronter le réel pour vaincre ses appréhensions et poursuivre sa quête personnelle, que Neil Armstrong va faire face et embrasser son destin.First Man est une histoire de passion, d’obsession mais dans laquelle la réussite ne se fait pas contre les autres. En cela le propos est plus  apaisé que dans les précédents films de Damien Chazelle. L’une des plus belles scènes du film est d’ailleurs une scène très simple dans laquelle Neil Armstrong se retrouve avec sa femme et ses deux enfants, peut être pour la dernière fois, avant la mission qui le rendit célèbre mais qui aurait pu lui coûter la vie. Le dernier plan de cette scène, sublimé par la photographie de Linus Sandgren, nous a quant à lui donné des frissons qui n’ont pas cessé avec le dernier acte à la fois attendu et redouté, celui de la mission Apollo 11. Pendant tout ce denier acte,  Damien Chazelle évite un à un tous les écueils de ce genre de scènes, s’attache à faire de cette mission une catharsis, celle d’un homme qui emporte avec lui ses blessures, ses peurs. Il reste ainsi collé/connecté à Neil Armstrong, propulsé vers son rêve, loin, très loin, du patriotisme béat dans lequel sont tombés tant de ses prédécesseurs,  jusqu’à un final qui cristallise tout le propos et l’extrême sensibilité du film.

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Titre Original: FIRST MAN

Réalisé par: Damien Chazelle

Casting : Ryan Gosling, Claire Foy, Kyle Chandler, Jason Clarke …

Genre: Biopic, Drame

Date de sortie: 17 octobre 2018

Distribué par: Universal Pictures International France

4,5 STARS TOP NIVEAU

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