Critiques Cinéma

AQUAMAN (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS : Les origines d’un héros malgré lui, dont le destin est d’unir deux mondes opposés, la terre et la mer. Cette histoire épique est celle d’un homme ordinaire destiné à devenir le roi des Sept Mers.

Il y a une certaine ironie à voir un personnage longtemps l’objet de moqueries parmi les fans et les amateurs occasionnels se retrouver être le plus grand espoir de la major Warner Bros. pour relancer ses adaptations de DC Comics. Man of Steel et Batman v Superman avaient divisés les fans et les critiques malgré des scores au box-office honorables (quoi qu’en dessous des objectifs), Wonder Woman avec un ton plus optimiste avait été bien accueilli avant que Justice League à la genèse torturée (son réalisateur initial Zack Snyder abandonnant le projet avant la fin du tournage pour raisons familiales remplacé par Joss « Avengers » Whedon qui tente en vain d’en modifier le ton) ne sombre à la fois qualitativement et commercialement. Suite à cet échec WB demande à Walter Hamada producteur de la saga Conjuring, l’univers partagé le plus rentable de la firme, de reprendre en main le DCEU. Ce dernier recrute son réalisateur star James Wan qui a également prouvé son expertise sur des méga-productions puisqu’il a réalisé Fast & Furious 7, qui plus est dans des circonstances difficiles puisqu’il eut à gérer le décès au cours du tournage de Paul Walker. A lui de résoudre l’équation impossible: faire de Aquaman un blockbuster à la fois épique, fidèle au comics et léger qui pourrait bénéficier d’un accueil comparable aux films de Marvel Studios. Mais le sort est ironique en prenant la direction opposée aux films de Zack Snyder, Wan abouti à un film tout aussi éloigné des Marvel que l’était BvS. Avec Aquaman, le prodige australien tente d’un même mouvement d’embrasser l’iconographie colorée et parfois naïve des comics de super-héros à rebours de l’univers sombre et dé-saturé établi dans les opus wagneriens de Snyder, d’évoquer les grands films d’aventures des années 80 (d’Indiana Jones à la Poursuite du Diamant vert) avec son duo de héros blasé et d’héroïne déterminée, tout en construisant un univers sous-marin de fantasy comparable par son ampleur à la Terre du Milieu, tout cela en un seul film de deux heures vingt quatre. Le résultat ressemble à la collision de tous ces éléments si ils avaient été introduits dans l’accélérateur de particules du CERN.

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Le film donne à Aquaman son origin-story, fidèle à celle des comics telle qu’elle a été redéfinie par Geoff Johns scénariste vedette de DC comics qui a signé la première mouture du scénario (remanié par David Leslie Johnson-McGoldrick scénariste de Conjuring 2 et 3 sans doute sur demande de Wan) il  s’ouvre sur  la rencontre  entre un gardien de phare, Thomas (Temuera Morrison) et  la reine Atlanna (Nicole Kidman) une princesse ayant fui le royaume sous-marin d’Atlantis, qui tombe amoureuse de lui. De leur romance (traitée comme un film d’après-midi de M6) naît un fils, Arthur. Menacée par les forces du mari qu’elle a fui (lors de la première séquence d’action du film, un incroyable plan séquence qui voit Nicole Kidman neutraliser une escouade d’assassins atlantes) , elle choisi de retourner en Atlantis pour préserver sa famille et laisse le garçon, qui manifeste rapidement des capacités extraordinaires, grandir auprès de  son père. Retour au présent: Alors qu’Aquaman, super-héros nonchalant – Wan hérite hélas de la caractérisation imposée par Snyder d’un Aquaman entre le biker, le skater et la rock-star – lutte contre des pirates, son demi-frère Orm (Patrick Wilson), est déterminé à déclarer la guerre aux habitants de la surface. Arthur est alors contacté par une autre princesse rebelle atlante, Mera (Amber Heard), qui met en péril son propre statut – elle est promise à Orm par son père le roi Nereus (Dolph Lundgren) – en se rangeant à ses côtés. Commence alors une quête pour retrouver un trident aux  pouvoirs fantastiques seule arme pouvant donner une chance à Arthur face aux forces déployées contre lui. L’Aquaman des comics a une histoire riche que le script tente d’intégrer dans un seul film. Le récit est surchargé et semble se reposer sur la mécanique de l’intrigue plutôt que sur ses personnages. Sa plus grande faiblesse est sans doute qu’on ne se sent  jamais vraiment  investi dans le parcours d’Arthur car le film ne prend jamais le temps de le construire au-delà de son aspect badass. Le scénario semble surcompenser le fait que le personnage fasse l’objet de nombreuses blagues, si bien qu’on ne ressent jamais vraiment son conflit intérieur, tiraillé entre ses deux mondes, ni la motivation qui le pousse à devenir roi pour les unir, mentionnée au détour d’un dialogue mais qui ne s’incarne pas dans le jeu de Jason Momoa, même si  ce dernier est à l’aise devant la caméra et dégage une sympathie naturelle. Amber Heard même si elle doit jouer des dialogues et des poses très « comic-booky » qui ne lui rend pas la tâche facile, a elle aussi du mal à donner de l’épaisseur à son personnage. Patrick Wilson, un familier de James Wan, est plus convaincant dans son rôle de méchant, tout comme lorsqu’il manipule le jargon du comics.  Yahya Abdul-Mateen II est intense dans le rôle de Black Manta même si son personnage est relégué au rang d’homme de main. Les concepteurs du DCEU doivent comprendre que c’est du côté de scénario et de la capacité à développer des intrigues et des personnages qui impliquent le spectateur qu’ils  doivent  porter leur effort dans leur volonté de concurrencer Marvel Studios.

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Car heureusement pour Warner Bros la vedette d’Aquaman est définitivement son réalisateur James Wan qui navigue avec une aisance incroyable entre les environnements et les atmosphères : une arrivée à Atlantis entre Tron Legacy et Thor, un royaume sous-terrain entre Avatar et Dragons, une séquence d’action dans un sous-marin sortie d’un film d’action des années 90, des scènes à la Indiana Jones et une séquence quasi-horrifique à la Aliens superbe (ou l’on retrouve le Wan de Conjuring). C’est son œil et son énergie qui donne une cohérence à ce patchwork. Il fait partie de ces rares cinéastes à posséder un don naturel pour la mise en scène de l’action (comme James Cameron ou Steven Spielberg) dont il maîtrise parfaitement la géographie et l’impact. L’action dans Aquaman, toujours lisible, est d’une grande diversité (poursuites, combats à mains nues, batailles massives entre armées de créatures) et  se repose sur de longues prises fluides et des mouvements de caméra intelligents plutôt que sur des coupes multiples. Après avoir visionné les bandes-annonces, notre plus grande réserve était la crainte que l’utilisation excessive de CGI nuise au film mais  heureusement ce n’est absolument pas le cas, même si certains effets laissent à désirer (quelques incrustations laides et des rajeunissements numériques qui ne soutiennent pas la comparaison avec ceux des films de Marvel Studios) au regard de leur volume proprement colossal. Ils marquent une amélioration spectaculaire par rapport à ceux calamiteux des derniers actes de Batman V Superman, Justice League ou Wonder Woman. Wan et son concepteur de la production Bill Brzeski (Iron Man 3) bâtissent une civilisation colossale : Atlantis est une énorme structure de corail luminescente aux imposantes flèches qui bénéficie d’une technologie plus avancée que la nôtre, mais qui possède une qualité cartoonesque à la Hanna-Barbera (la pieuvre qui joue du tambour !!). Le travail de la conceptrice des costumes Kym Barrett (la saga Matrix) est incroyable, elle transpose à l’écran de manière crédible le costume orange et vert d’Aquaman dans les comics et multiplie les designs les plus dingues. En revanche la musique de Rupert Gregson-Williams n’est pas à la hauteur de l’ensemble, même plombée par des choix de chansons complètement random.

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James Wan ne s’interdit rien et chevauche la machinerie du blockbuster comme si c’était son dernier film, passe du nanardesque aux moments glorieux sans jamais s’arrêter. Il s’engage totalement dans ce qu’il met à l’écran sans ironie ou second degré distancié qui ferait s’écrouler sa cathédrale kitsch. Le public à l’image de la foule atlante qui assiste au duel entre Orm et Arthur peut hésiter devant un  moment gênant (Atlanna et Thomas courant l’un vers l’autre au ralenti, Mera mangeant des fleurs ou utilisant du vin pour affronter ses ennemis)  ou des dialogues maladroits avant d’exploser de joie devant un morceau de bravoure. Parce que Wan y croit, il largue les amarres avec le pseudo réalisme que certains tentent d’insuffler au genre super-héroïque ce qui donne dans le troisième acte des moments qui semblent sortir des splash pages les plus folles. En fusionnant quarante ans de fantasy à l’écran dans son turbocompresseur, James Wan offre un spectacle, malgré un script formulaique, une interprétation et un humour maladroits d’une générosité et d’une décomplexion sans limites à la fois épuisant et enthousiasmant. Glorieusement ridiCOOL !

Aquaman sera disponible le 19 avril en achat digital, en DVD (prix de vente constaté : 19,99€), Blu-Ray™ (prix de vente constaté : 24,99€), Ultimate Edition Steelbook comprenant le Blu-Ray™, le Blu-ray™ 3D et le 4K UHD™ (prix de vente constaté : 34,99€) et en VOD le 19 avril 2019.

 

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Titre Original: AQUAMAN

Réalisé par: James Wan

Casting:  Jason Momoa, Amber Heard, Willem Dafoe ,

Yahya Abdul-Mateen , Nicole Kidman , Patrick Wilson ,Dolph Lundgren…

Genre: Action, Aventure, Fantastique

Sortie le: 19 décembre 2018

Distribué par: Warner Bros. France

3 STARS BIEN BIEN

3 réponses »

  1. « Zack Snyder abandonnant le projet avant la fin du tournage pour raisons familiales remplacé par Joss « Avengers » Whedon »Snyder avait fini de tourner son film et il était en pleine post production quand Whedon l’a remplacé. La musique d’Aquaman même si elle ne vaut pas celle de MOS et de BVS ( par exemple) fonctionne et il ya quelques thèmes qui sortent du lot (pas comme dans Justice League).

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