Critiques Cinéma

CONJURING : SOUS L’EMPRISE DU DIABLE (Critique)

SYNOPSIS: Conjuring 3 : sous l’emprise du diable retrace une affaire terrifiante de meurtre et de présence maléfique mystérieuse qui a même ébranlé les enquêteurs paranormaux Ed et Lorraine Warren, pourtant très aguerris. Dans cette affaire issue de leurs dossiers secrets – l’une des plus spectaculaires – , Ed et Lorraine commencent par se battre pour protéger l’âme d’un petit garçon, puis basculent dans un monde radicalement inconnu. Ce sera la première fois dans l’histoire des États-Unis qu’un homme soupçonné de meurtre plaide la possession démoniaque comme ligne de défense.

On aurait sans doute pas imaginé à la sortie de l’excellent Conjuring de James Wan que son rollercoaster horrifique enfanterait l’une des franchises  les plus lucratives et sans doute l' »univers partagé » le plus abouti en dehors des productions Marvel Studios (2 milliards de recettes pour un investissement total en dessous des 200 millions). Dans cet univers les films de Wan, tous deux excellents tenaient  le rôle des films Avengers dans le MCU, alors que les spin-off consacrés aux créatures emblématiques tenaient celui des films solos. Ainsi ce troisième Conjuring marque une rupture puisque James Wan qui a pris avec les succès planétaires de Fast and Furious 7 et Aquaman  une autre dimension abandonne la mise en scène de ce troisième volet à Michael Chaves le réalisateur de La malédiction de la dame blanche  (même si il ne renonce pas à l’horreur : son Malignant est attendu à la rentrée sur les écrans). Du coté des scénaristes le changement est de mise puisque le seul David Leslie Johnson-McGoldrick (Esther) coscénariste du précédent, signe le scénario basé sur une idée de Wan, l’équipe scénaristique originale Carey Hayes et Chad Hayes étant absente. Comme le précédent, Conjuring 3 commence in-media res  (comme dans les James Bond) plaçant  le spectateur au beau milieu d’une intervention du couple vedette  Ed (Patrick Wilson) et Lorraine Warren (Vera Farmiga) qui participe à une spectaculaire séance d’exorcisme de David (Julian Hilliard) le plus jeune enfant dans le famille Glatzel possédé par l’esprit d’une entité maléfique depuis que sa famille a aménagé dans sa nouvelle maison. Malgré l’arrivé sur les lieux du prêtre exorciste (avec un plan citant de manière un peu trop évidente une des plus célèbres images du film de William Friedkin), ils sont incapables de chasser l’entité qui distord le corps de l’enfant et c’est seulement quand Arne Cheyenne Johnson (Ruairi O’Connor) le petit ami de la jeune Debbie Glatzel (Sarah Catherine Hook) demande au démon de s’emparer de lui en échange, comme le père Karras dans le classique de Friedkin, que l’enfant est sauvé. Mais contrairement au père Karras, Arne ne met pas fin à ses jours et on se doute bien que l’œuvre du démon n’est pas achevée. En effet peu après, Arne assassine de 22 coups de couteaux le propriétaire du refuge pour animaux qui les loge. S’engage alors un contre la montre pour les Warren qui vont devoir démontrer pour lui éviter la peine de mort devant la justice que Arne a agit sous l’influence d’un démon (et accessoirement l’en libérer).

On nourrissait quelques inquiétudes à voir succéder à un brillant technicien comme James Wan le réalisateur du spin-off le moins abouti de la franchise mais le débutant Michael Chaves (c’est seulement son deuxième film) en se plaçant fermement dans les pas de son mentor, parvient à maintenir le cachet des Conjuring comme navire amiral de la franchise. Il applique pour cela à la lettre le bréviaire technique de Wan avec une caméra virevoltante qui traverse les décors, un travail sur les cadres assez soigné avec une mise en scène des séquences effrayantes qui place souvent une figure seule dans le cadre, des apparitions quasi subliminales de figures démoniaques, des contorsions des corps devant la caméra jusqu’à un crescendo dans le dernier acte où les séquences de terreur s’accélèrent dans un rythme proche des séquences d’action d’un thriller. L’exorcisme d’ouverture, une confrontation des Warren dans une morgue avec un spectre obèse sont efficaces même si on sent le travail de l’élève appliqué plutôt que la virtuosité naturelle de James Wan. Si Conjuring Sous l’emprise du Diable  ne bouleverse pas la formule, il se permet quelques innovations qui apportent un peu de nouveauté. L’aspect judiciaire mis en avant sur l’affiche n’est pas très prononcé en dehors d’une scène assez drôle avec une avocate, ce troisième volet prend plutôt la forme d’une enquête policière que mènent les Warren pour parvenir à sauver le jeune Arne de la chambre à gaz. De fait, pour la première fois notre couple de chasseurs de démons fait face à un antagoniste humain et pas seulement à des manifestations démoniaques ou des spectres. Là où le premier film rappelait les films de maison hantée comme The Haunting  et le second évoquait l’horreur britannique, Conjuring Sous l’emprise du Diable évoque la vague des films d’horreur de série B des années 80 exploitant  la peur des  actions des sectes satanistes aux Etats-Unis.

Le premier Conjuring était une leçon sur la manière d’intégrer le suspense à un scénario très simple en s’appuyant sur l’anticipation de l’effroi plus que sur l’horreur elle-même et sur l’alchimie immédiate entre Vera Farmiga et Patrick Wilson. Conjuring Sous l’emprise du Diable a la chance de pouvoir encore compter sur les deux comédiens, toujours impeccables et axe le récit sur une narration simple en reprenant la figure de la famille attaquée par une entité démoniaque, pourtant quelque chose semble manquer. A notre sens le film commet deux erreurs. Le scénario de Johnson-McGoldrick se concentre trop sur l’intrigue et l’enchainement des scènes d’effroi mais oublie de  faire vivre ses personnages en dehors des attaques démoniaques. Dans les précédents volets nous passions beaucoup de temps auprès des familles affectées pour développer la personnalité de leurs membres , ce qui nous les rendait immédiatement sympathiques. On  ressentait alors avec d’autant plus de force les manifestations qui les frappaient. Ici nous ne côtoyons Arne, David ou Debbie que dans des moments de crises ce qui limite l’identification. Les précédents films utilisaient également mieux leur durée pour bâtir la tension d’incidents en incidents, tension qui se libérait  lors d’un climax d’autant plus efficace que le script avait pris  son temps pour installer ses séquences de terreur. Conjuring Sous l’emprise du Diable saute ici de moments d’effroi en séquence de terreur de façon épisodique ce qui prive son climax de beaucoup de son intensité. Les Warren sont des personnages assez étranges pour en faire des héros de cinéma, leur foi au premier degré, leur amour idéal leur confèrent un aspect un peu naïf qui, pour fonctionner, requiert un équilibre délicat qui  se fait moins naturellement ici. D’une part parce que Conjuring Sous l’emprise du Diable sépare un peu trop Farmiga et Wilson se privant de la dynamique que les comédiens développent quand ils sont ensembles. D’autre part il montre le couple uniquement sous l’angle des chasseurs de démons professionnels et à aucun  moment comme des gens sympathiques. Dans le premier film, nous les voyons aider la famille Perron, en marge des attaques démoniaques dans leur vie quotidienne, Lorraine y faisait la lessive de la famille pour que la mère puisse se reposer et Ed retapait leur voiture. Dans le second, ils achetaient un tourne-disque à la famille, Ed réparait leur plomberie ou tenter de  réconforter les enfants Hodgson en jouant à la guitare un morceau d’Elvis Presley. Ces moments aidaient le public à se connecter à eux et  leur donnaient encore plus envie de les aimer et de les voir réussir. Sans doute manque t-il aussi pour entourer Wilson et Farmiga d’ interprètes aussi forts que Lili Taylor dans le premier film ou  Frances O’connor dans Conjuring 2  le cas Enfield  qui apportaient une sensibilité qui ancrait le fantastique dans une réalité émotionnelle. Les deux comédiens ne sont pas en cause , ils sont toujours aussi  investis dans leurs personnages mais ils sont seuls ici à conduire le récit même si John Noble (Fringe, Le seigneur des Anneaux) fait une apparition plaisante mais qui reste secondaire. Enfin les précédents volets ont toujours introduits des figures maléfiques secondaires visuellement marquantes comme le Crooked man, la Nonne et bien-sur la poupée démoniaque Annabelle et ici aucune des apparitions maléfiques ne semble assez originale pour soutenir de futurs spin-off. En conclusion, si on prend toujours un grand plaisir à retrouver le couple incarné par Patrick Wilson et Vera Farmiga et si Conjuring Sous l’emprise du Diable reste divertissant et vaut la peine d’être vu,  nous attendons beaucoup plus de cette série constituée de certains des meilleurs films d’horreur modernes à ce jour.

Titre Original: THE CONJURING  : THE DEVIL MADE ME DO IT

Réalisé par: Michal Chaves

Casting : Vera Farmiga, Patrick Wilson, John Noble

Genre: Epouvante-Horreur

Sortie le: 9 juin 2021

Distribué par: Warner Bros. France

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