Cinéfils

Cinéfils (Chronique) #3

Au fil des visionnages ou des revisionnages, réflexions sur le cinéma d’hier, d’aujourd’hui ou de demain

Dimanche 21 janvier 2018

Last Flag Flying

last flag flying affiche cliff and co

Chouette complément du Billy Lynn d’Ang Lee, Last Flag Flying, le dernier Linklater, est parcouru d’un souffle antimilitariste bienvenu et d’un propos touchant sur le deuil et les méandres du temps (qui passe). Le casting est parfait et l’écriture raffinée de Linklater fait (toujours) son petit effet. Le film brasse large dans ses thématiques (l’absurdité des morts de certains soldats, l’éternel recommencement (Vietnam/Irak), la futilité de la guerre, le sacrifice pour son pays…) mais le fait bien, avec tact, respect et profondeur. Steve Carell mériterait une nomination à l’Oscar du meilleur acteur, il est une nouvelle fois extraordinaire en veuf endeuillé par la mort de son fils.

Le Bon Gros Géant

Revu Le Bon Gros Géant, sublime film, autant roller-coaster que réflexion introspective de Spielberg, qui célèbre l’imaginaire et la fonction cathartique des rêves. Je ne comprends vraiment pas le backlash. À bas les cyniques ! L’orpheline Sophie mue en héroïne à partir du moment où elle s’entoure d’adultes et se recompose un foyer (BGG le Père, la Reine d’Angleterre la Mère). J’imagine bien Ready Player One poursuivre le travail réflexif et introspectif de Spielberg sur sa propre fonction de conteur d’histoires … ou plutôt de passeur de ces histoires. Ne serait-ce qu’en terme de pure mise en scène, Le Bon Gros Géant est prodigieux : les jeux de lumière, de clair-obscur, de perspectives et d’échelles sont dingues. La scène de l’escapade du début, depuis l’orphelinat jusqu’au repère du géant, est éloquente.

Lundi 22 janvier 2018

Pentagon Papers

pentagon papers affiche cliff and co

Pentagon Papers a dépassé mes plus hautes espérances. Ce n’est pas la force, la modernité, l’humanisme et la richesse du propos qui m’a le plus impressionné mais la facilité avec laquelle Spielberg réalise ce film. Chef-d’œuvre absolu en forme d’appel à la lutte pour la démocratie qui sera à coup sûr enseigné dans les écoles du cinéma d’ici quelques années. Modèle de story-telling et de mise en scène. La scénographie, les positionnements et déplacements de caméra, la cinétique des personnages, le travail sur les champs et le hors champs … Pentagon Papers est une putain de leçon de mise en scène. Dingue comme Spielberg semble se réinventer et s’amuser. C’est le genre de film tellement inspirant et transcendant qu’il m’aurait facilement donné envie de devenir journaliste d’investigation si je l’avais vu au collège/lycée. C’est un de ces films qui donne envie de sautiller partout en sortie de séance, comme un enfant le jour de Noël. C’est à la fois un pur divertissement, hyper efficace, et un thriller politique de haute voltige, intelligent dans ses réflexions politiques et son propos humaniste sur la libération de la parole (de la presse et des femmes). La scène de conversation téléphonique à plusieurs (protagonistes) est d’un dynamisme saisissant et riche de gravitas. Que Spielberg réalise ça comme ça, aussi facilement, c’est un tour de force hallucinant !

Mardi 23 janvier 2018

Highlander, le retour

Vu Highlander II Special Edition (c’est la version “Renegade”, mais avec des effets spéciaux remastérisés) : suite lamentable. La fable d’anticipation, pourquoi pas, mais le retour de Ramirez, c’est un grand NON car incohérent avec les codes mythologiques développés par le premier film. Au-delà des incohérences multiples, je trouve le récit d’anticipation peu palpitant, mal développé et incarné et non articulé autour d’un véritable propos. Et l’excellent Michael Ironside est tellement sous exploité en bad guy, Mulcahy n’aurait jamais dû ajouter John C McGinley en autre méchant (patron de corporation cupide).

Babylon AD

BABYLON AD CLIFF AND COBABYLON AD CLIFF AND CO

Babylon AD c’est pas bon mais je suis surpris de constater que le produit final ne semble pas tant impacté que ça par le tournage chaotique, ce qui, du coup, me laisse perplexe : si Kassovitz avait bénéficié d’une totale liberté pour réaliser son film, aurait-il quand même été bon ? Disons que Babylon AD ne ressemble ni à un « film malade » (type Le 13ème Guerrier) ni à un « film-frankenstein » rattrapé à la dernière minute en sous mains par le studio. Il fait juste film d’action aseptisé lambda avec Vin Diesel et j’ai du mal à imaginer un grand film derrière, faute à un récit extrêmement basique (le scénario a subi des réécritures imposées mais il est déjà mauvais de base, non?)

St. Elmo’s Fire

Sorti au cinéma la même année que Breakfast Club, St Elmo’s Fire, troisième film de Joel Schumacher, m’a rappelé l’ambiance cotonneuse de Diner (de Barry Levinson). Assez indolent mais ça marche grâce au (super) casting. L’ancêtre de Friends et How I Met Your Mother ! D’un autre côté, je trouve ce St Elmo’s Fire inférieur qualitativement aux œuvres citées précédemment, faute à une écriture moins rigoureuse et des personnages moins attachants que ceux de Hughes ou de Levinson. La parenté avec Breakfast Club est accentuée par la présence d’Ally Sheedy et Emilio Estevez, mais ils jouent des personnages très différents des archétypes qu’ils incarnent dans le film de Hughes.

Mercredi 24 janvier 2018

Le Droit de Tuer ?

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Le Droit de Tuer? de Joel Schumacher étudie le racisme, le fonctionnement de la justice et le droit à la self-vengeance (dans un État du sud des USA) à travers un drame juridique trop long, poussif, excessivement manichéen et assez réactionnaire (pro-vigilantisme/auto-justice). En dépit de son casting 5 étoiles, le résultat est bien puant. C’est dommage parce qu’on devine aisément que ça aurait pu être un très bon film avec un meilleur réalisateur et un meilleur scénario adaptatif entre les mains.

Jeudi 25 janvier 2018

1941

J’aime l’idée de départ de 1941 mais le film manque cruellement de mordant. Je pense que Spielberg n’était pas le bon réalisateur pour ce film, il aurait dû le laisser à un autre. L’ensemble est parcouru de quelques scènes sympathiques (notamment la course-poursuite qui part en baston générale au Crystal Ballroom) et qui surnagent au sein d’un tout mal agencé, mal rythmé, mal foutu. L’humour cartoonesque fonctionne de manière très inégale, mais heureusement le casting incroyable assure le show et Spielberg a l’air de s’amuser comme un fou derrière la caméra. Il essaye d’être irrévérencieux (l’auto-parodie au début, le sort réservé à certains personnages…) et pourquoi pas après tout mais le résultat est vraiment inégal. En fait, 1941 fait plus poilade Zemeckisienne que Spielbergienne. Spielberg aurait dû confier la réalisation de ce film à Robert Zemeckis.

Blockbuster

Ce n’est pas parce qu’il cite ouvertement 2-3 Comics et quelques réal cultes (Kubrick/Gondry) que Blockbuster devient instantanément « pop ». Ce n’est hélas pas le cas, et ce n’est pas bon, tant dans le fond que dans la forme. L’intrigue amoureuse ultra bateau, les personnages insupportables (sauf peut-être la colocataire un peu délurée interprétée par Laura Boujenah, MVP du film), l’écriture maladroite, le dispositif narratif (found-footage) bêtement employé (sans doute pour camoufler le manque de moyens) font que le film frôle l’amateurisme de tous les côtés (dans le sens péjoratif du terme, pas le côté éventuellement attachant). Je ne sais pas ce que Lionel Abelanski et Michel Gondry sont allés faire dans cette galère !!!

A.I Intelligence Artificielle

Marrant comme les films de Spielberg se répondent. La dernière phrase prononcée par le narrateur dans A.I (« Et pour la première fois de sa vie, il alla dans ce lieu où naissent les rêves ») fait penser à la féerie du Bon Gros Géant. Au-delà de ses images qui impriment la rétine au premier coup d’œil (Rouge City, la foire à la chair, Manhattan engloutie par les eaux, le logo de l’entreprise de William Hurt...), A.I séduit par son ambiance paisible et lancinante, et sa relecture bouleversante de Pinocchio. La foi absolue que Spielberg accorde à son petit robot (et à son univers) est poignante. Haley Joel Osment est parfait, de même que Jude Law en Gigolo Joe, Robin Williams en Dr Know et Meryl Streep en Fée Bleue. C’est l’un de mes Spielberg préférés parce que j’ai l’impression que c’est l’un de ses films le plus personnel, celui où il se met le plus à nu, dévoilant son intimité autour de ses thèmes de prédilection. Mélancolie d’un conte de fée futuriste sur la poursuite des rêves et le questionnement de la nature humaine, A.I Intelligence Artificielle représente, à mes yeux, la connexion idéale entre Kubrick et Spielberg. Spielberg majeur et sans doute le plus incompris ! C’est d’une tendresse déchirante, brassant des thèmes variés et traités intelligemment, avec nuances et profondeur. Rarement vu relation mère-fils aussi bien traitée au cinéma. Et la lumière de ce film est sublime. Et certaines répliques traumatisantes: « i’m sorry i didn’t tell you about the world ».

Vendredi 26 janvier 2018

Il faut sauver le Soldat Ryan

Avec Il Faut Sauver Le Soldat Ryan, Spielberg filme la Seconde Guerre Mondiale avec douleur, horreur, effroi, violence, réalisme … et surtout beaucoup d’humanisme. Monument de mise en scène, casting all-stars impeccable, récit poignant… Chef-d’œuvre ! Truc tout bête mais absolument génial dans Il Faut Sauver Le Soldat Ryan : la transition des visages entre le jeune soldat Ryan (Matt Damon) et le Ryan vieillissant (Harrison Young) vers la fin, juste au moment où arrive l’épilogue.

Qui veut la peau de Roger Rabbit ?

Toujours un immense plaisir de revoir Qui Veut La Peau de Roger Rabbit?, mixage improbable mais franchement réussi entre film noir et l’univers des toons, dans une combinaison révolutionnaire de prises de vues réelles et d’animation. Le film est rempli de scènes cultes (la trempette, gros traumatisme de jeunesse), et possède un méchant iconique, un personnage central mémorable (projection de Zemeckis sur grand écran dans le rapport à la boisson) et une technicité à la pointe (encore aujourd’hui). Ce qui est cool aussi, c’est l’accord passé entre Disney, Warner et Tex Avery pour autoriser l’apparition de leurs perso-phares, ce qui donne lieu à quelques bons gags. Le récit s’inscrit dans la plus pure tradition Zemeckisienne (une intrigue contre-la-montre où il faut trouver le coupable avant l’éventuelle disparition de ToonsVille) avec ce désir permanent d’ancrer l’histoire dans le réel (d’où les codes du film noir). La manière dont les toons et les acteurs en chair et en os interagissent et cohabitent au sein du même cadre, de la même réalité relève d’une vraie prouesse technique, Qui Veut La Peau de Roger Rabbit? est une date importante dans l’histoire des effets spéciaux (et du Cinéma) ! Pour l’anecdote, le tunnel qui mène à Toonville est le même que celui emprunté par Biff dans Retour vers le futur 2.

Grand Piano

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Revu Grand Piano, sympathique thriller-concept (sorte de Phone Game avec un pianiste pendant un concert à la place de Farrell dans une cabine téléphonique) en forme d’hommage (semi)réussi à Hitchcock, avec un scénario carré écrit par Damien Chazelle et un Elijah Wood impliqué. Dommage que le troisième acte tombe dans des travers aussi grossiers; dès lors que John Cusack apparaît, le film devient en effet beaucoup plus convenu et perd complètement sa mise en scène jusqu’alors distinguée. On retrouve dans le scénario de Grand Piano une thématique chère à Damien Chazelle : l’accomplissement et le dépassement de soi d’un artiste par le biais d’une situation de stress important (pour ne pas dire souffrance psychique et physique). Et l’entrave possible à cette transcendance par une relation sentimentale trop envahissante, en l’occurrence une femme accusée par l’antagoniste de voler la vedette au musicien-personnage central qui cherche à s’accomplir à travers son art. Le film possède vraiment quelques germes de l’œuvre de Chazelle (au moins de Whiplash  et La La Land en tout cas) et ce dernier interroge le spectateur sur l’effort créatif et la manière pour un musicien de concevoir son instrument et son art. Et on retrouve aussi l’idée de l’élève qui interrompt son chef d’orchestre pour jouer le morceau qu’il a envie de jouer, et non celui qu’il devait jouer. On retrouve aussi l’élève-musicien en conflit ouvert avec son (bourreau de) maître : En fait, Grand Piano est le brouillon de Whiplash. Chazelle évoque son souhait d’avoir voulu illustrer, de manière littérale, la peur d’un musicien de jouer devant un public hostile : « s’il se plante, il perd la vie ». Dans le making-of du film, Damien Chazelle évoque l’intensité des enjeux (romance/drame/thriller) qu’il a cherché à développer.

Samedi 27 janvier 2018

The Greatest Showman

Frustrant The Greatest Showman, les numéros musicaux super entraînants et parfaitement orchestrés ont du mal à dissimuler l’hagiographie (un portrait reluisant de P.T. Barnum, qui élude complètement les zones d’ombre du bonhomme). Dans son désir de divertir, de créer une espèce d’euphorie collective autour du spectacle, P.T. Barnum m’a fait penser à… Michael Bay. La quête de reconnaissance de P.T. Barnum fait aussi penser à la recherche du prestige absolu d’Angier dans Le Prestige.

Paddington 2

Avec son lot de références, citées (The Grand Budapest Hotel) ou digérées (Les Aventures De Tintin, Amélie Poulain), son charme british, ses comédiens amusants, sa bonté permanente et son inventivité folle, Paddington 2 est une petite pépite qui émerveille à chaque instant. Il lui manque peut-être un propos construit, mais sinon cette suite surpasse presque en tout point le premier volet. C’est un bijou qui aurait mérité de sortir plus tôt dans l’année pour obtenir une meilleure exposition. La mise en scène de Paul King est vraiment bluffante, virevoltante/trépidante dans l’action et suffisamment pertinente et élégante dans les scènes plus calmes. Si Paddington 2 était sorti plus tôt dans l’année (2017), il serait peut-être apparu dans plusieurs tops ciné, à commencer par le mien.

Verónica

Carré, propre et solidement exécuté, Verónica est une réussite du cinéma de genre ibérique, avec, en arrière-plan du film d’exorcisme, un drame humain particulièrement altruiste (mettre les siens à l’abri importe plus que se protéger soi-même). Mignon le raccord Spielbergien au début du film, celui faisant allusion au raccord cri de la gamine/bâillement de Ian Malcolm dans le métro au début du Monde Perdu.

To the bone

Vision édulcorée et peu réaliste des TCA (plus particulièrement de l’anorexie mentale et de sa prise en charge), To The Bone maltraite son sujet (original) et est à peine sauvé par les extraordinaires performances, tout en sobriété, de Lily Collins et Keanu Reeves. Les TCA chez une adolescente est un sujet controversé et casse-gueule c’est certain, mais je m’attendais à un traitement plus psychopathologique et plus incarné venant de la part de Marti Noxon, une des têtes pensantes de la série Buffy Contre Les Vampires.

Cheap Thrills

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Cheap Thrills étudie à travers un cap/pas cap morbide où est-ce que les laissés pour compte (de la crise économique) sont prêts à aller pour obtenir de l’argent et qu’est-ce que les riches privilégiés sont prêts à faire pour dépenser le leur. Redoutable d’efficacité ! Le couple de privilégiés interprétés par David Koechner et Sara Paxton me fait penser aux riches illuminés blancs de The Purge (les voisins dans le premier volet, les organisateurs du « cache-cache » dans le second opus).

Dimanche 28 janvier 2018

Risk

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Avec Risk, Laura Poitras a du mal à aller au-delà du personnage médiatique pour percer le mystère et l’ambiguïté de Julian Assange. Déception après le très réussi Citizen Four. Laura Poitras parvient aisément à nous plonger dans l’affaire Wikileaks mais j’en attendais plus, j’espérais une espèce de transcendance du sujet.

Cinéfils #2 à lire ici

 

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