Critiques Cinéma

LE BGG – LE BON GROS GÉANT (Critique)

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: Le Bon Gros Géant ne ressemble pas du tout aux autres habitants du Pays des Géants. Il mesure plus de 7 mètres de haut et possède de grandes oreilles et un odorat très fin. Il n’est pas très malin mais tout à fait adorable, et assez secret. Les géants comme le Buveur de sang et l’Avaleur de chair fraîche, sont deux fois plus grands que lui et aux moins deux fois plus effrayants, et en plus, ils mangent les humains. Le BGG, lui, préfère les schnockombres et la frambouille. À son arrivée au Pays des Géants, la petite Sophie, une enfant précoce de 10 ans qui habite Londres, a d’abord peur de ce mystérieux géant qui l’a emmenée dans sa grotte, mais elle va vite se rendre compte qu’il est très gentil. Comme elle n’a encore jamais vu de géant, elle a beaucoup de questions à lui poser. Le BGG emmène alors Sophie au Pays des Rêves, où il recueille les rêves et les envoie aux enfants. Il va tout apprendre à Sophie sur la magie et le mystère des rêves… Avant leur rencontre, le BGG et Sophie avaient toujours été livrés à eux-mêmes, chacun dans son monde. C’est pourquoi leur affection l’un pour l’autre ne fait que grandir. Mais la présence de la petite fille au Pays des Géants attire bientôt l’attention des autres géants… Sophie et le BGG quittent bientôt le Pays des Géants pour aller à Londres voir La Reine et l’avertir du danger que représentent les géants. Mais il leur faut d’abord convaincre la souveraine et sa domestique, Mary que les géants existent bel et bien ! Tous ensemble, ils vont mettre au point un plan pour se débarrasser des méchants géants une bonne fois pour toutes… 

Le plus grand cinéaste en activité, Steven Spielberg, n’a jamais été aussi prolifique. C’est peut-être un peu en réaction à sa fameuse « prophétie » sur l’avenir du cinéma d’il y a 2 ans, où lui et son vieux complice George Lucas faisaient part de leur inquiétude en prédisant une «implosion» du système lorsque plusieurs tentpoles seraient amené à faire un bide au box-office. Vision pas franchement rassurante, qui est quelque part assez ironique puisque, après avoir défini le cinéma mainstream tel qu’il est aujourd’hui grâce aux premiers blockbusters Les Dents de la Mer et Star Wars, Spielberg et Lucas prédisent désormais sa fin, en justifiant cela par l’augmentation des coûts de production, du prix des places et enfin par la multiplication des écrans.  Ce qui est sûr, c’est que le célèbre entertainer semble accélérer la cadence : moins d’un an après le très humaniste Pont des Espions et même pas 2 ans avant la sortie du très attendu Ready Player One, transposition ciné du best seller SF d’Ernie Cline, l’immense réalisateur présente aujourd’hui son Bon Gros Géant hors compétition au 69ème Festival de Cannes.

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Adaptation « live » du roman pour enfants de Roald Dahl, Le Bon Gros Géant est, en réalité, un projet dans les cartons de Disney depuis plus de 20 ans – initié à l’origine en 1993 par le couple Kathleen Kennedy et Frank Marshall, avec feu Robin Williams dans le rôle du géant, mais hélas abandonné à cause d’une technologie CGI pas suffisamment avancée à l’époque pour mettre en images l’écrit de Dahl – qui compte aujourd’hui dans ses rangs Mark Rylance, oscarisé, à raison, pour son rôle dans Le Pont des Espions, la novice Ruby Barnhill ainsi que les confirmés Rafe Spall, Jemaine Clement, Penelope Wilton, Rebecca Hall et Bill Hader. Derrière la caméra, on retrouve des habitués de Spielberg (Michael Kahn, Janusz Kaminski, la regrettée Melissa Mathison, décédée en novembre dernier, à la plume du scénario du film, ainsi que le légendaire John Williams à la musique), mais aussi Robert Stromberg, crédité ici chef décorateur et connu pour avoir officié sur le génial Avatar et plusieurs adaptations live de célèbres contes plus ou moins ratées (Alice au pays des merveilles, Le Monde fantastique d’Oz, Maléfique). Enfin, comme avec Les Aventures de Tintin, Spielberg a décidé d’utiliser la technique, encore controversée, de la performance capture pour représenter le personnage et l’univers de Dahl, un choix qui paraît tout à fait justifié quand on voit le résultat.

L’histoire du Bon Gros Géant raconte la rencontre entre Sophie, une fillette de 10 ans, et un gentil géant, qui va lui faire découvrir les merveilles et les dangers du Pays des Géants. Mais quand des méchants géants mangeurs d’hommes sèment la terreur, Sophie, épaulée par le Bon Gros Géant et la reine d’Angleterre se lancent dans une aventure épique pour les stopper. A l’issue de la projection, le constat est frappant : Le Bon Gros Géant est une adaptation respectueuse du roman de Roald Dahl, qui communie parfaitement avec l’humanisme et la générosité de Spielberg. Les festivités sont lancées à vitesse grand V : en quelques scènes à peine, on réalise à quel point le personnage de Sophie s’apparente parfaitement aux chimères et au discours du réalisateur américain, avec l’impression de revivre, au plan près, l’excellente ouverture de Hook : la fillette intrépide, élevée dans un orphelinat londonien, puis enlevée par une créature fantastique venant la chercher à travers une fenêtre ouverte pour la transporter dans les rues de la City jusqu’au bout du monde, dans un univers merveilleux. La découverte d’une galaxie féérique, l’extraordinaire amitié entre un géant et une fillette, la magie des rêves révélée…tout cela rappelle le plus mal aimé des Spielberg (avec Indiana Jones 4), mais ici, la mayonnaise prend davantage. Comme si Spielberg avait appris de cet «échec» (échec entre guillemets, au sens où Hook est tout de même dotée de qualités) pour livrer un meilleur produit.

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Il faut dire que cette introduction hors normes est surtout l’occasion de constater que Spielberg aurait certainement fait un excellent metteur en scène pour la saga Harry Potter. Peut-être était-ce son envie d’exorciser le fait d’avoir décliné, à contre cœur, la proposition de la Warner de réaliser le premier opus de la franchise (Spielberg voulait engager le comédien américain Haley Joel Osment pour le rôle du sorcier mais sa nationalité non anglaise ne convenait ni à la production ni à J.K. Rowling), toujours est-il qu’on devine aisément que cela lui collait à la peau depuis longtemps. Spielberg prend ainsi son temps pour développer l’ouverture en exposant des personnages attachants, avec des enjeux simples et clairs, le tout en faisant preuve d’un savoir-faire formel totalement intact (jeux hallucinants de perspectives, d’échelles, de reflets et de lumières), au point que la suite immédiate paraît un chouia moins élevée en terme qualitatif, quoique le passage de la rencontre entre Sophie et le BGG mérite à lui seul la venue en salles. Ce morceau très plaisant rappelle d’ailleurs, à certains égards, une autre collision bouleversante du cinéma, celle entre le timide Elliott et le gentil extraterrestre dans le chef-d’œuvre E.T. (pas étonnant d’ailleurs, quand on sait que Melissa Mathison était également la scénariste de ce petit bijou). Le réalisateur s’éclate ensuite comme un enfant, enchaînant plusieurs séquences réjouissantes avec panache et émotions. On retient, entre autres, celle de la découverte de la source d’où naissent les rêves. Les yeux écarquillés et larmoyants, la bouche grande ouverte, le corps tétanisé … même réaction qu’à la découverte des dinosaures du cultissime Jurassic Park, ou que lors des scènes-clés d’un autre grand film projeté hors compétition l’an dernier à Cannes, le fantastique Vice Versa. Nous citons volontairement la pépite Pixar, car on s’imagine facilement, en voyant cette scène, combien Spielberg a adoré le film d’animation de Pete Docter et Ronnie Del Carmen et combien celui-ci a pu jouer un rôle déterminant dans l’inspiration du Bon Gros Géant.

Comme un poisson dans l’eau, Spielberg joue avec les notions de réalité et de rêves pour confiner au merveilleux. Il continue de dépeindre son univers, riche de détails, avec un sens toujours aussi affûté du story-telling et une capacité à transcender chaque plan grâce à une mise en scène incroyable, menée tambour battant, qui scotche au siège et rappelle régulièrement la virtuosité technique de Tintin. Il n’y a qu’à voir LE morceau de bravoure du film pour s’en convaincre, un plan-séquence phénoménal qui fait évidemment écho à l’incroyable course-poursuite de Baghar (qui était elle-même une relecture en plan-séquence de la poursuite en side-car d’Indiana Jones et la dernière croisade), et qui montre Sophie tentant d’échapper aux ogres géants dans la taverne du BGG. La caméra est virevoltante, le spectateur est embarqué dans un mélange savoureux d’aventures et d’euphorie. Le procédé choisi (perf cap) pour porter à l’écran les personnages des géants et l’univers de Dahl prend alors tout son sens. L’autre séquence à citer est celle du petit déjeuner du géant, au cours duquel celui-ci engloutit des dizaines de petits toasts. Une scène de repas incroyable, qui innove dans la manière de jouer, là encore, avec les échelles et les perspectives. Profitons d’ailleurs de cet instant gastronomique pour évoquer la lecture végétarienne du film, avec le lien étroit que l’on peut créer entre les régimes de chacun des personnages et leur caractérisation en bons ou en antagonistes. Après tout, le BGG ne rappelle-t-il pas sans cesse à ses compatriotes qu’il ne faut surtout pas dévorer les humains/animaux ?

D’aucuns reprocheront l’arrivée tardive de l’intrigue propre au film – il est vrai que la chasse des méchants géants survient tard dans le récit – mais le cœur du film (et du roman) bat ailleurs. Le bouquin de Dahl correspond, en effet, parfaitement à l’univers du cinéaste, de part sa capacité à mêler le fantastique au terrifiant, à faire de l’enfant Sophie une aventureuse et des géants des méchants, mais avant tout, à raconter l’histoire entre deux âmes solitaires qui, en se rencontrant, trouvent leur place dans le monde – un thème récurrent dans l’œuvre de Spielberg. Outre les notions d’amitié, de loyauté et de bienveillance d’un être envers un autre, c’est l’humanisme qui transpire du personnage du géant qui frappe, valeur qui est superbement retranscrite par la performance très humble et nuancée du génial Mark Rylance. La petite Ruby Barnhill n’est pas en reste, et se débrouille comme une rookie. On lui doit les meilleures tirades, mais aussi et surtout, la comédienne s’approprie complètement la manière dont le récit traite la question de la famille, motif Spielbergien par excellence : Sophie mue en héroïne à partir du moment où elle s’entoure d’adultes et se recompose un foyer (BGG le père, la Reine d’Angleterre la mère), et ça, Barnhill le joue à la perfection. Deux minuscules réserves cependant : l’humour, assez faiblard car un peu potache, mais on imputerait davantage ce défaut à Roald Dahl qu’à Melissa Mathison (car c’était déjà le cas de Charlie et la chocolaterie de Burton), ainsi qu’un dernier acte rapidement expédié, même s’il bénéficie, là encore, d’une scène absolument divine, faisant cette fois écho au Monde perdu (chasse organisée par les humains avec des filets pour capturer les géants/dinosaures, hélicoptères transportant les ogres), et nourrissant une nouvelle fois la dimension méta textuelle du film. Pour les petits, les grands, les géants, les vieux, les hommes, les femmes, Le Bon Gros Géant est un conte touchant et drôle, une œuvre d’une densité formelle et narrative éblouissante, réalisée par un story-teller hors pair qui n’a plus rien à prouver depuis longtemps, mais qui continue de se renouveler perpétuellement.

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Titre Original: THE BFG

Réalisé par: Steven Spielberg

Casting :  Mark Rylance, Ruby Barnhill, Rafe Spall,

Rebecca Hall, Penelope Wilton, Jermaine Clement…

Genre: Famille, Aventure, Fantastique

Sortie le: 20 juillet 2016

Distribué par: Metropolitan FilmExport

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

 

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