Analyse

Dans le chronogyre: La Sitcom à travers le temps (Partie 5)

Retrouvez la première partie ici

Retrouvez la seconde partie ici

Retrouvez la troisième partie ici

Retrouvez la quatrième partie ici

Les années 2010

Cette dernière décennie est la nôtre et se pose en théâtre de grands changements pour la télévision. La façon dont les gens consomment leurs divertissements est en train de changer et les séries font naturellement de leur mieux pour s’adapter. Les services de vidéo à la demande se multiplient (Netflix, Amazon, Hulu) et produisent désormais leurs propres projets, pour le plus grand plaisir des téléspectateurs et de la critique. Même You Tube s’y met avec You Tube Red et les nouvelles formes font fureur auprès d’une génération qui n’a jamais connu la vie sans Internet. Les chaînes de moindre envergure misent sur la qualité des scénarios davantage que sur les grands noms, une stratégie qui paye puisqu’elle permet à notamment à AMC d’entrer dans la cour des grands avec Breaking Bad et Mad Men ou à Starz de se refaire une beauté avec l’excellent Outlander ou le très attendu American Gods. Qu’en est-il donc de la sitcom dans ce monde en pleine mutation? Eh bien l’on remarque deux tendances coexistant en toute harmonie : d’un côté, nous avons les sitcoms « traditionnelles » qui suivent les modèles établis par le passé et de l’autre, une genre hybride, nouveau et qui fait énormément parler de lui : celui de la dramédie.

Les sitcoms traditionnelles s’inscrivent dans la lignée de leurs ancêtres. On retrouve l’increvable sitcom familiale qui se décline ces derniers temps avec un peu plus de nuances. On ne se penche plus tellement sur les familles de l’American Dream avec le père, la mère, le fils, la fille et un chien, mais, à l’instar de Gertrude Berg, on s’intéresse aux familles d’immigrants (Fresh Off the Boat), à la famille Afro-Américaine (Black-ish), aux familles recomposées (Modern Family) et aux familles un peu en marge (Speechless, The Real O’Neals). Bref, on fait du nouveau avec de l’ancien et on porte un regard un peu moins utopique sur la vie de l’américain lambda. De la même manière, on retrouve la comédie « de bureau » avec les excellents Park and Recreations (une série très peu connue en France mais qui vaudrait à elle seule que tout le monde s’abonne à Canal Plus Séries), Brooklyn Nine-Nine, The Mindy Project, Silicon Valley, Workaholics… bref, il y en a pour presque tous les goûts. Difficile d’imaginer aujourd’hui, en voyant la myriade de séries axées sur la vie professionnelle qu’il fût un temps où ce genre de projet était complètement inédit. Quant à la sitcom « de potes » elle se porte toujours bien, que ce soit avec The Big Bang Theory qui règne toujours sur les parts d’audience, New Girl et son héroïne plus ou moins abracadabrante, Broad City et son éternelle grivoiserie, ou encore 2 Broke Girls qui suit joyeusement son petit bonhomme de chemin. Pour les puristes de la sitcom, ceux qui s’attachent aux structures traditionnelles et qui veulent du familier, il y a l’embarras du choix. Pour ceux qui veulent de l’innovation, de la nuance et de la comédie composite qui n’hésite pas à tremper dans le pathos, il y la dramédie, LE genre des années 2010.


Que l’on soit attiré par le côté un peu amphibie de ces séries qui mélangent les genres ou que l’on trouve le doux-amer peu digeste, le fait est qu’en ce moment, on aurait bien du mal à les ignorer. La dramédie veut avant tout faire rire, c’est sûr, mais plutôt que de se reposer sur des blagues ou des situations hilarantes, elles évitent l’humour potache et les jeux de mots pour se concentrer davantage sur l’absurdité de la vie de tous les jours. Elles se caractérisent souvent par un ton un peu plus mélancolique, des thèmes parfois carrément philosophiques et une image moins lisse, souvent rehaussée de lumière naturelle. C’est l’occasion pour les stars qui les écrivent de se créer des personnages à part, qui leur collent à la peau et qui font preuve d’un peu plus de profondeur que le personnage de sitcom moyen. Nos protagonistes sont affectés par ce qui les entourent et leurs réactions ont le mérite de nous faire rire mais aussi de nous aider à nous reconnaître. Que ce soit avec Louie, le petit bijou bourru du comédien Louis C.K ou le très délicat Casual sur Hulu, c’est tout un nouvel univers qui s’ouvre pour les artistes et auteurs, qui sont souvent à la fois devant et derrière la caméra, à l’instar d’Aziz Ansari, dont la série Master of None est une petite merveille de subtilité. Un genre un peu plus existentiel, donc, un peu plus « arty », parfois franchement provocateur mais toujours aussi drôle.

La série Girls, notamment, fait beaucoup parler d’elle. Digne rejeton de Sex and the City, un héritage que la créatrice Lena Dunham reconnaît et rejette à la fois, la dramédie de HBO fait couler énormément d’encre à son arrivée sur les ondes en 2012. Les mécontents lui reprochent ses scènes de sexe jugées trop graphiques, estiment le physique de Lena Dunham disgracieux et s’exaspèrent du manque de jugement des quatre héroïnes principales. Mais la série ne tarde pas à rafler nombre de récompenses prestigieuses (deux Emmys, un Bafta et de nombreuses accolades dans la presse spécialisée) et se fait rapidement une place au panthéon des projets qui auront marqué leur temps. On peut ne pas aimer Girls, mais on en a forcément entendu parler et on connaît tous au moins une bonne douzaine de personnes qui ont des opinions très intenses sur le sujet.


Dernière en date sur la liste des dramédies qui créent le buzz, Atlanta de Donald Glover, ancien scénariste de 30 Rock et acteur du cultissime Community s’est vu remettre le Golden Globe de la Meilleure Série Comique le 8 janvier dernier. On ne se relancera pas ici dans une analyse de ce qui fait de la série un tel succès artistique et humoristique, mais l’enthousiasme qu’elle suscite est bien la preuve que les téléspectateurs ne boudent pas leur plaisir quand il s’agit de dramédies. C’est un genre qui représente assez bien les pérégrinations de la génération dites des « millenials » et qui touchent à des thèmes proche du public qui regarde. Et que demander de plus à une série que de refléter la société qui lui a donné le jour, tout en permettant à cette même société de rire d’elle-même ?

La télévision fait aujourd’hui partie intégrale de la vie de tous les jours, au même titre que la messe dominicale au Moyen-Age ou le 5 o’clock tea en Angleterre, et l’évolution de la sitcom, depuis ses débuts dans les années 40 à aujourd’hui, reflète les changements de la société et les nouvelles mentalités qui en émergent. S’il est difficile de prédire le futur en ces temps de troubles politiques et d’innovations techniques qui avancent à une vitesse exponentielle, on pourra tout de même avancer l’idée que la sitcom continuera à faire partie du paysage télévisé pour encore de nombreuses années.

Source images:

Master of None: http://www.theodysseyonline.com
Girls: http://www.theodysseyonline.com
Atlanta: http://www.fxnetworks.com
Fresh Off the Boat: http://www.huffingtonpost.com
Parks and Recreation: http://www.nbc.com

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s