Analyse

Dans le chronogyre: La Sitcom à travers le temps (Partie 3)

Retrouvez la première partie ici

Retrouvez la seconde partie ici

Les années 70

Les années 70 sont mouvementées pour tout le monde, mais semblent faire particulièrement mal aux États-Unis. C’est l’époque des hippies peace and love, de la guerre du Vietnam, de la crise énergétique mondiale, de Stephen Hawking et sa théorie sur les trous noirs, la musique disco, la première grande vague du féminisme avec le mouvement ERA (Equal Rights Amendments), l’arrivée de nombreuses femmes à des postes politiques de haut rang et une montée en flèche du taux de divorce, ce qui pose quelques problèmes à l’image de la famille parfaite autour de laquelle la sitcom s’était construite. C’est une période de transition pour la société qui se reflète très vite à la télévision, notamment grâce à l’influence d’un producteur génial du nom de Norman Lear.

Norman Lear a travaillé comme acteur, réalisateur et scénariste sur bon nombre de séries, mais c’est en tant que producteur qu’il atteint des sommets, avec pas moins de neuf séries diffusées sur les ondes en 1977. Il a le goût du risque et ne rechigne pas à mettre son public mal à l’aise : Maude est la première série à parler ouvertement d’avortement, The Jeffersons suit la vie d’une famille d’Afro-Américains et pave le chemin pour une autre sitcom qui fera des vagues dans les années 80, (un petit projet dont vous avez certainement entendu parler : The Cosby Show). Quant au phénomène culte All in The Family, il reprend les codes de la sitcom familiale traditionnelle mais en opposant la nouvelle génération à l’ancienne grâces aux duels verbaux d’Archie Bunker (Carroll O’Connor), vieux grincheux raciste antisémite et misogyne et de Michael (Rob Reiner, fils de Carl), son beau-fils pacifiste, socialiste et progressiste. Bref, les séries de Norman Lear reflètent le vent de changement qui souffle sur les États-Unis. Le public s’y reconnaît et en redemande.

Avec succès de The Dick Van Dyke Show, les chaînes comprennent vite cependant que les sitcoms ne peuvent plus se limiter à la simple vie de famille, quoique la formule soit toujours aussi efficace et lucrative. Les années 70 voient donc également fleurir les comédies « de bureau », centrées sur le métier des personnages et non sur leur vie de famille. Parmi les plus excentriques séries du genre, on peut citer The Flying Nun, l’hilarant M*A*S*H* ou encore le cultissime The Mary Tyler Moore Show. La série, créée par James L. Brooks et Alla Burns pour CBS, va s’étaler sur sept saisons et rafler une quantité de prix incroyables, gagnant l’Emmy Award pour Meilleure Série Comique trois années d’affilée. Encensée par la critique, The Mary Tyler Moore Show suit les aventures de Mary Richards, fraîchement arrivée à Minneapolis et qui, par un heureux quiproquo, se retrouve productrice associée d’un journal télévisé. Jouant sur un équilibre délicat entre humour décapant et tendresse à vous faire fondre le cœur, la série s’impose très vite comme le phénomène de la décennie et connaît un certain regain d’intérêt ces derniers temps depuis la mort de sa star, la malicieuse Mary Tyler Moore, le 25 janvier 2017.

Les années 80

La sitcom vit un second printemps dans les années 80 et bien qu’un certain nombres des séries les plus célèbres ne soient pas diffusées en France durant cette période, aux États-Unis, c’est tout nouveau phénomène culturel qui se met en place. On commence à regarder les séries tous ensemble, on chantonne les chansons du générique, on connaît les répliques par cœur, bref les stars de la comédie commencent, tout comme les rock stars des années 60 et 70, à avoir leurs propres groupies. Saturday Night Live a fait son apparition en 1975 et se révèle être une vraie machine à stars. NBC se frotte les mains et compte ses bénéfices tandis que les autres chaînes envoient des chasseurs de tête dans tous les clubs de comédie miteux de New York et Los Angeles. Le stand-up est en plein essor, et qui peut faire rire une foule de new-yorkais en état d’ébriété peut très vite se retrouver avec un contrat télévisé pour écrire sa propre sitcom. C’est ce qui arrivera d’ailleurs bientôt à un petit comédien de Long Island à la voix fluette du nom de Jerry Seinfeld et à Larry David, son partenaire au crâne dégarni. Le phénomène Seinfeld débute en 1989 mais n’atteindra pas son apothéose avant les années 90.

Côté tendance, les années 80 sont un peu une période de transition. Les succès sont indéniables, entre The Cosby Show qui bat des records d’audience, la bande de potes du bar de Cheers (où un certain Woody Harrelson s’est fait remarquer pour ses beaux yeux bleus et son impeccable sens du timing) qui fait recette pendant onze saisons  et Murphy Brown, qui devient tellement incontournable que même le vice-président des États-Unis y fait référence lors d’un de ses discours officiels, d’un point de vue purement structurel, on joue ne part que sur des bases fiables. Norman Lear avait poussé la décennie précédente à tremper ses doigts de pieds dans les eaux inconnues de l’innovation, les années 80 la jouent bien plus safe. Les sitcoms prennent place au sein d’une famille ou d’un milieu professionnel et les relations sont définies d’avance : le père, la mère, les enfants, ou le patron, la patronne et les employés. Des séries de qualité, certes, mais qui se détachent pas vraiment du lot, à l’exception d’une petite série sans prétention au succès déconcertant : The Golden Girls.

Peu connue en France où elle ne sera diffusée que dans les années 90 sous le titre Les Craquantes, The Golden Girls débusque toutes les idées reçues sur ce qui fait le succès d’une série. Les quatre héroïnes ont entre cinquante et soixante ans et leurs personnages se retrouvent plus ou moins forcées de cohabiter à la suite d’un divorce ou d’un veuvage, rien a priori qui laisse présager de l’immense popularité dont va jouir la série, et dont le secret se trouve sans doute dans la rencontre extraordinaire d’un script et de quatre actrices hors du commun. Créée par Susan Harris, l’écriture de la série bénéficie d’une pléthore de talents : parmi les noms des scénaristes, on retrouve entre autre Marc Cherry, le créateur de Desperate Housewives et Devious Maids, Christopher Loyd à qui l’on doit Modern Family et un certain Tom Whedon, fils de John Whedon, scénariste du Dick Van Dyke Show et père de Joss, Zach et Jed Whedon, que l’on ne présente plus. Mais la qualité des scripts ne suffit pas à elle seule à expliquer l’engouement des téléspectateurs pour les aventures de ces quatre femmes d’âge mûr et une grande partie du succès de la série repose sur sa distribution. Betty White (trésor national des États-Unis qui vient de fêter ses 95 ans), Bea Arthur, Rue McClanahan et Estelle Getty s’entendent comme des larrons en foire sur les plateaux de la série, et leur plaisir évident, allié à un professionnalisme poli par les années se transmet à l’écran. The Golden Girls s’éclatent pendant sept saisons, de 1985 à 1992 et pavent le chemin vers un nouveau genre de sitcom qui va exploser dans les années 90 : la bande de copains qui vivent ensemble.

A suivre…

Sources Images:
The Jeffersons: www.tvguide.com
Norman Lear: www.imdb.com
The Mary Tyler Moore Show: www.womansday.com
The Golden Girls www.tvland.com/
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