Analyse

Dans le chronogyre: La Sitcom à travers le temps (Partie 4 )

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Les années 90

Si The Golden Girls a largement contribué à poser les fondations pour la comédie « de potes », c’est dans les années 90 que ce type d’histoire explose vraiment. Naturellement, la sitcom familiale a la peau dure. Suivant la tradition, les dernières années du millénaire voient fleurir leur lot de familles dysfonctionnelles, dont un certain nombre sont construites autour de comédiens de stand-up. C’est la tendance du moment : les comiques se trouvent sur scène et ceux qui survivent au laborieux circuit des clubs se voient offrir des contrats à la télévision pour plusieurs millions de dollars. Pour les accros au direct, le rêve est de se faire recruter par Saturday Night Live, l’émission de variété produite par Lorne Michaels qui se révèle très vite comme une usine à talents : Chevy Chase, Gilda Radner, Bill Murray, Eddie Murphy, Billy Crytsal, Robert Downey Jr, Tina Fey, Amy Poehler, Kate McKinnon, Kirsten Wiig et bien d’autres encore se font les armes et un nom entre les murs du studio 8H. Mais les autres comédiens ne sont pas en reste : Louie Anderson décroche sa sitcom sur CBS, Ellen Degeneres fait des vagues sur ABC (sa star fait la couverture de Time Magazine lorsqu’elle annonce son homosexualité en 1997 et devient presque dans la foulée la première protagoniste gay de l’histoire de la télévision) et Roseanne Barr, qui se voit confier les rênes de sa série éponyme en 1988 fait chavirer le cœur des américains (et offre leur premier job de scénariste à deux jeunes qui feront parler d’eux: Amy Sherman-Palladino et Joss Whedon). Cependant, malgré le succès incontesté de Roseanne et l’impact important d’Ellen, les années 90 seront toujours dominées dans la mémoire collective par deux séries en particulier : Seinfeld et Friends.


Seinfeld, c’est la série éponyme de Jerry Seinfeld, de faible notoriété en France mais qui a influencé certains de nos plus célèbres comiques : Jamel Debbouze, Gad Elmaleh ou Tomer Sisley pour ne citer qu’eux. Seinfeld, ne jure pas, ne boit pas, fait des blagues clean et ne se mêle pas de politique. Il passe par le circuit des Late Light Show, voit sa popularité grimper et propose bientôt à NBC une sitcom « sur rien » en collaboration avec Larry David, un ancien auteur de sketches pour Saturday Night Live. Les deux hommes commencent donc à travailler sur The Seinfeld Chronicles (bientôt rebaptisé Seinfeld), l’histoire de Jerry Seinfled (incarné naturellement par Jerry Seinfeld), comédien à New York qui passe sa vie entre les clubs de Greenwich Village, son ex Elaine (Julia Louis-Dreyfus), son ami d’enfance névrosé (Jason Alexander, qui incarne une version fictive de Larry David) et son voisin Kramer (Michael Richards), un grand malade rocambolesque. Le cahier des charges de la série est clair : No hugging. No learning (pas de câlins, pas d’apprentissage). Les personnages n’évoluent pas, coincés comme ils le sont dans leur dynamique pas forcément saine et leur folie douce à mourir de rire. Durant ses neuf saisons sur les ondes, Seinfeld ne se départit jamais de son succès et se révèle être une véritable poule aux œufs d’or pour NBC qui vend les espaces de commerciaux au milieu des épisodes au prix exorbitant d’un million de dollars par minute de pub. La série se termine en apothéose question ratings et reste gravée dans les annales de la télévision comme le nouveau record à battre.


En parlant de record, justement, l’autre mastodonte des années 90 s’appelle Friends. Si vous étiez en vie entre 1994 et 2004 (ou même après), la série de Marta Kauffman, David Crane et de leur partenaire le producteur Kevin Bright, n’a pas pu vous échapper. Pourtant, la vie des six amis new-yorkais Ross (David Schwimmer), Monica (Courtney Cox), Chandler (Matthew Perry), Phoebe (Lisa Kudrow), Joey (Matt LeBlanc) et Rachel (Jennifer Aniston) aura eu bien du mal à trouver sa place sur les ondes. Le concept d’une bande d’amis qui naviguent l’amour, les galères, la vie professionnelle et tout ce qui fait le quotidien de l’âge adulte est encore assez récent et ça rend ces messieurs de la Warner Bros Television plutôt anxieux, d’autant qu’aucune star n’est attachée au projet. La critique aussi voit cette nouvelle série d’un œil méfiant et les critiques sont plutôt mitigées. Pourtant au fur et à mesure des saisons, la qualité des scripts et l’alchimie indéniable de la distribution commencent faire des merveilles, un phénomène au départ assez similaire à celui de Golden Girls mais qui va se transformer en raz-de-marée international et laisser les producteurs complètement pantois. En effet, s’il faut attendre le dernier épisode de Seinfeld pour que Friends réalise enfin son potentiel au niveau des parts d’audience, le phénoménal impact culturel de la série est immédiat. On ne fait pas que copier la coupe de cheveux de Jennifer Aniston, non, les tics et les manières des personnages passe dans la vie courante, les répliques se déclinent sur tous les tons et même les intonations de Chandler font figure de références culturelles. Depuis la fin de la série le 6 mai 2004 (rassemblant 52, 5 millions de spectateurs aux US), nombreux sont ceux qui ont tenté de reproduire la formule, avec plus ou moins de succès.

Les années 2000

Il faut bien le dire, les années 2000 sont l’âge d’or de la comédie « amicale » dont les intrigues sont centrées sur un groupe d’amis, rassemblés par diverses circonstances et qui font front ensemble face aux petites contrariétés de la vie. Naturellement, nous avons toujours nos exemples de sitcoms familiale (Arrested Development, Malcolm in the Middle, Le Prince de Bel-Air) et de sitcom professionnelle (30 Rock, Party Down) mais le fait est que le début du XXIème siècle nous gâte : la qualité d’écriture à la télévision surpasse de beaucoup ce à quoi les téléspectateurs étaient habitués et l’on voit apparaître un véritable appétit pour tout ce que le petit écran produit. C’est le début d’une phase étincelante pour la télévision qui produit de plus en plus de projets d’excellent calibre, voire qui confèrent au génie et le public se rend très vite compte que s’il veut se voir représenté, c’est à la télévision que ça se passe. Le septième art se heurte à moult problèmes et pour qui se sent fatigué du sexisme, racisme et manque de prise de risques de Hollywood, la petite lucarne offre un havre de divertissement haut de gamme. Les PDG des grands studios maintiennent que les femmes et les hommes non-Blancs ne font pas recette au box-office, mais à la télé, on sait depuis I Love Lucy que la réalité est plus nuancée. Sans se lancer dans une longue analyse des courants culturels qui nous entourent aujourd’hui, parlons plutôt de ce phénomène de la sitcom des années 2000, celui qui fait que le public s’identifie davantage à ces groupes d’amis qui vivent ensemble (ou du moins, proches les uns des autres) qu’aux séries d’antan où la famille était le centre de tout. Les sitcoms familiales ne disparaissent pas, non, loin de là, et elles fonctionnent d’ailleurs toujours très bien, mais leur impact est bien moindre que les séries « de potes ». Sex and the City, How I Met Your Mother, The Big Bang Theory, Community, Will and Grace… C’est toute une nouvelle génération de scénaristes qui prend les commandes et impose des inconnus dans des rôles qui les catapultent au rang de superstars. Le nouvel âge d’or de la télévision est arrivé et bienheureux sommes-nous qui en profitons si amplement.


Le premier épisode de Sex and the City est diffusé le 6 juin 1998 et qu’on adore ou qu’on déteste, on en peut nier que la série retentit comme un coup de tonnerre dans le paysage de l’époque. Ce n’est pas la première fois que quatre femmes sont au centre d’une sitcom, mais c’est bien la première fois qu’on voit des femmes parler de sexe de façon aussi décomplexée et avec une vulgarité voulue et assumée. Vous vous souvenez de Lucille Ball qui avait fait scandale en annonçant sa grossesse à la télé ? Sex and the City va beaucoup, beaucoup plus loin, et si on ne peut pas dire qu’elle explose tous les tabous, la série a au moins le mérite de bousculer le status quo, tout en trimballant nos héroïnes dans tous les coins huppés de New York à coup de cocktails cosmopolitan et de séances shopping à plusieurs centaines de dollars. Un projet qui a ses défauts, c’est sûr, mais qui va influencer toute une nouvelle génération d’hommes et de femmes et dont l’impact culturel se ressent encore aujourd’hui, pus de dix dans après le clap de fin.

How I Met Your Mother est un autre énorme succès de la décennie qui surfe plus ou moins sur la vague de Friends. La prémisse est assez simple : Ted Mosby (Josh Radnor), architecte de son état, veut deux choses dans la vie : participer au design d’un gratte-ciel new-yorkais et trouver l’amour. Il est entouré par ses amis de toujours Lily (Alyson Hannigan) et Marshall (Jason Segel), auxquels se rajoutent la nouvelle venue Robyn (Cobbie Smulders) et le pote légèrement détraqué Barney Stinson (Neil Patrick Harris dans un rôle qui le propulse au rang d’icône). La nouveauté ne se trouve pas dans l’intrigue, mais plutôt dans la structure du script qui fait appel à un montage beaucoup plus dynamique, présentant plusieurs perspectives à la suite des unes des autres et jonglant allègrement avec les deux grands arcs de narration (puisque la série est censée être racontée par le Ted du futur à ses enfants mais prend également place dans le présent). Bref, l’originalité se trouve dans le rythme qui colle un sacré coup de fouet au format trente minutes de la sitcom habituelle. Tout comme Friends, How I Met Your Mother a un peu de mal à convaincre la critique, mais le public répond présent pendant presque dix ans, et ce malgré un épisode final plutôt décevant. CBS tente bien de se lancer dans un spinoff mais abandonne rapidement l’idée, d’autant plus qu’avec l’arrivée des années 2010, un nouveau genre commence à pointer le bout de son nez.

A suivre…

Sources Images:
Seinfeld: http://www.sonypictures.com
Friends: http://www.tv.com
30 Rock: http://www.nbc.com
Sex and the City: http://www.babble.com
How I Met Your Mother: http://www.howimetyourmother.fr

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