Analyse

Dans le chronogyre: La Sitcom à travers le temps (Partie 1)

Les sitcoms, abréviation de situation comedy sont un passage obligé de la comédie télévisée américaine. La formule a beau être vieille de 70 ans, son succès continu est indiscutable et elle se décline sur tous les tons, de la comédie familiale qui se réincarne annuellement, à la bande de potes qui avance cahin-caha sur le chemin mal éclairé de la vie. Débutant en fanfare à la radio dans les années 30 avant d’être transposé au petit écran à la fin des années 40, la sitcom commence alors sa longue évolution depuis les coiffures peroxydées de ces dames en tablier à carreaux aux dernières innovations des années 2010 où la dramédie fait fureur. Bref, à l’instar des théories de Darwin sur l’évolution des espèces, la sitcom américaine s’est adaptée à son temps et c’est sa remarquable souplesse, surprenante au vu de la rigidité du format qui lui confère cette capacité à se réinventer sans cesse, pour le plus grand plaisir des téléspectateurs.

La structure de base est simple : un script en trois actes, agrémenté d’un cold open (ces deux minutes d’introduction juste avant le générique) au début et parfois d’un teaser (souvent un gag qui n’avait pas forcément sa place dans l’intrigue centrale) à la fin. La sitcom est généralement construite pour un ensemble de personnages, réunis autour du protagoniste, souvent la plus grande star ou créateur de la série dont on suivra les progrès avec intérêt. Avec l’invention de la télévision (merci John Baird, que serions-nous sans toi) dont la première émission est diffusée en 1939 aux États-Unis et en 1950 en France (la pièce Le Jeu de l’Amour et du Hasard de Marivaux, retransmise en direct depuis la Comédie Française), la demande augmente et les chaînes qui commencent à peine à s’organiser comprennent vite qu’il va leur falloir de nouveaux programmes. Ruée donc sur les artistes des planches, les danseurs, les musiciens, les acrobates, mais surtout sur les comédiens et auteurs à qui l’on fait miroiter des contrats d’exclusivité et une place au firmament.

source image : www.substancenews.net

Cet article n’a pas l’intention d’être un historique exhaustif de la sitcom américaine, un sujet qui a fait l’objet de nombreuses thèses universitaires nettement plus approfondies et mieux documentées que cet écrit, mais il a davantage pour objectif de se remémorer quelques-unes des séries qui ont marqué l’histoire de la télévision et captivé les esprits. La télévision est un médium riche, en mouvement constant, et s’il fallait faire la liste complète de toutes les sitcoms ayant atterri sur nos écrans, cet article prendrait des airs de roman proustien, mais sans le talent littéraire de Marcel. De plus, s’il est vrai que l’appareil télévisé a vu le jour au début du XXème siècle, il n’a pas vraiment fait son entrée dans les foyers américains avant les années 50, et on se concentrera donc seulement sur les sept dernières décennies.

Les années 40

Après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les programmes ayant le plus de succès sont les spectacles de variétés, fils prodigues des productions nomades du vaudeville américain, ancêtre commun du burlesque, de la comédie musicale et du stand-up. Il ne s’agit pas d’histoire à proprement parler, avec un début, un milieu et une fin, mais plutôt d’une longue file de sketches et de gags, entrecoupés d’intermèdes musicaux ou acrobatiques. C’est dans ce genre de programmes que quelques-uns des scénaristes les plus célèbres se font les dents : Mel Brooks (Sacré Robin des Bois) et Carl Reiner (The Dick Van Dyke Show) écrivent pour Your Show of Show, véhicule pour Sid Caesar, qui débute en 1950 et Gore Vidal (Paris Brûle-t-il ?) aiguise sa plume avec Texaco Star Theatre mené par comique Milton Berle.

source image : http://www.youtube.com

Pourtant, malgré la compétition, les sitcoms sont déjà sur les ondes, souvent après avoir été transférées de la radio aux plateaux de télévision. C’est le cas notamment du George Burns and Gracie Allen Show, qui après un début remarqué en 1937 sur le programme de radio de NBC et un succès qui ne se dément pas une seconde au cours des dix prochaines années, se transplante tout naturellement sur CBS lorsque leur ami Jack Benny, un comique respecté, les convie à le suivre.

source image : http://www.tvguide.com

George Burns et Gracie Allen se sont rencontrés sur les planches et leur indéniable alchimie ne tarde pas à attirer l’attention du public. Allen est hilarante, sa folie douce contrastant rigoureusement avec le ton moqueur et l’allure pince-sans-rire de son partenaire. Leur sitcom s’étale sur huit saisons durant lesquelles, continuant l’histoire qu’ils avaient établie dans leur programme de radio, Burns et Allen jouant à l’écran une version plus drolatique des époux qu’ils sont à la ville où Allen est adorablement illogique, ce qui rend son mari fou et ses voisins anxieux.

Mais LA sitcom des années 40 reste toujours The Goldbergs, série de la pionnière Gertrude Berg sur la vie d’une famille juive à New York. Très représentative du rêve américain, symbole phare s’il en est, la série met en scène une famille d’immigrants parlant avec un fort accent qui tente tant bien que mal d’élever sa nouvelle génération, née sur le sol américain, à grand renfort d’humour Yiddish, de visites à la synagogue et de simagrées de l’oncle David, un favori du public. The Goldbergs était au départ, tout comme The George Burns and Gracie Allen Show, un programme de radio au succès phénoménal, et la transition sur CBS en 1949 ne s’est pas faite sans heurts.

source image :www.nytimes.com

Gertrude Berg n’a peur de rien ni de personne et n’hésite pas à confronter l’antisémitisme des années 30,  avec un sens de l’observation et une verve qui sont restés dans les annales. Car si Berg est la voix de sa série, elle en est également l’âme et le cœur. Elle écrit, produit, joue le personnage principal (elle est d’ailleurs la première actrice à recevoir un Emmy pour une comédie) et c’est elle qui, au vu du succès du programme de radio, décide d’abord de transformer The Goldbergs en pièce de théâtre puis convainc CBS de tenter l’aventure télévision.

L’histoire est naturellement centrée sur son personnage, Molly Goldberg, femme au foyer mère de trois enfants qui ne peut s’empêcher de mettre son nez partout et de se mêler de ce qui ne la regarde pas, avec plus ou moins de succès. La force de la série ne tient pas vraiment à son intrigue, plutôt protocolaire, mais aux relations chaleureuses et pleine d’amour des personnages ainsi qu’à la personnalité de sa créatrice. Parce que, si pour le public d’aujourd’hui, la performance de Berg et sa quasi-légendaire tendance à pleurnicher peuvent sembler irritantes, pour le public des années 40, elle est le portrait réaliste de la domesticité. C’est une vraie vie de famille que celle des Goldberg, avec ses variations bien sûr, dans ses dialogues et ses traditions, mais au final pas si différente de la vie de famille de tout un chacun. Le public ne tarde pas à tomber éperdument amoureux de Molly et de sa petite famille et la série continuera à produire des épisodes hebdomadaires d’une quinzaine de minutes jusqu’au clap de fin en 1957.

Cependant, si les débuts de la sitcom à la télévision sont un peu laborieux, la phase difficile ne sera que de très courte durée car les années cinquante vont voir l’arrivée d’une tornade rousse dont l’Amérique va tomber folle amoureuse.

A suivre…

 

 

 

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