Critiques Cinéma

L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU (Critique)

SYNOPSIS: Sur une île perdue du Pacifique, le docteur Moreau créé des hybrides d’animaux et d’humains.

Les années 30 furent une période dorée pour le cinéma d’horreur sous l’impulsion notamment du studio Universal dont plusieurs films (Dracula, Frankenstein, Docteur Jekyl et Mister Hyde, La momie, L’homme invisible,…) sont encore aujourd’hui des classiques indémodables du genre, adulés par des générations de cinéphiles. Le distributeur Elephant Films ressort dans des versions restaurées inédites, 4 autres grands films de cette décennie, qui ont eux aussi contribué à donner au genre ses lettres de noblesse. Deux productions Universal : Double Assassinat dans la rue Morgue (Robert Florey, 1932) et La maison de la mort (James Whale, 1932) ; Le Fantôme vivant (T. Hayes Hunter, 1933) qui est le premier film d’horreur britannique de l’ère du cinéma parlant et ce qui demeure la meilleure adaptation du Roman de H.G Wells, L’île du Docteur Moreau (Erle C. Kenton, 1932). Produit par la Paramount, il réunit deux des plus grands acteurs de l’époque: Charles Laughton dans le rôle de ce docteur qui se prend pour dieu et fait régner la terreur sur son île et Bela Lugosi dans le rôle de l’une des créatures de Moreau chargé de rappeler les « tables de la loi » à ses malheureux congénères.

Le film de Erle C. Kenton éclipse totalement les autres adaptations du roman, réalisées en 1977 par Don Taylor (qui réalisa entre autre Damien: Omen 2 et Les évadés de la planète des singes) et en 1996 par John Frankenheimer, cette dernière ayant même franchement basculé dans le ridicule avec notamment un Marlon Brando en roue libre et un Val Kilmer en mission sabotage. Charles Laughton confère au docteur Moreau une « humanité » inquiétante, dès les premiers instants où Edward Parker (Richard Arlen) se trouve contraint d’embarquer sur son bateau transportant des caisses d’animaux vers son île. Il compose un personnage en apparence accueillant, affable et impeccable dans son costume trois pièces d’un blanc immaculé. Il en laisse paraître progressivement la véritable nature et excelle à en transmettre la folie mégalomaniaque et l’absence de toute morale qui le conduisent à se comporter comme le maître et le créateur des pauvres créatures peuplant son île, vivant dans la terreur de retourner dans ce qu’ils appellent « The House of Pain ». La découverte de cette île et des horreurs qu’elle cache se fait par l’intermédiaire d’Edward Parker qui comprend progressivement qu’en embarquant avec le Docteur Moreau, il a pris un aller sans retour. Karl Strauss, le mythique directeur de la photographie (L’aurore de Murnau pour lequel il remporta un oscar, Le dictateur et Les feux de la rampe de Chaplin, La Mouche noire de Kurt Neumann, Docteur Jekyll et Mr Hyde, … ) a composé un noir et blanc magnifique, très contrasté qui met en valeur le travail sur les maquillages des créatures qui pour l’époque est totalement bluffant. On s’attendrait à ce qu’un film de 1932, qui plus est dans une version restaurée, puisse paraître son âge s’agissant des effets spéciaux et il n’en est rien. Le récit ne perd ainsi rien de sa force, du malaise et de la sensation d’enfermement qu’il parvient à créer. On est aussi saisi et terrifié que Parker en découvrant cette scène où, Bela Lugosi méconnaissable récite une à une les lois (édictées par Moreau) à ses malheureux semblables auxquels il demande de répéter « Are We Not Men? ». Cette scène et ses dialogues n’ont rien perdu de leur force et ont d’ailleurs été repris plusieurs décennies plus tard par des groupes de rock ou de new wave dont « Oingo Boingo », le groupe de Danny Elfman.

L’île du Docteur Moreau démontre que sans horreur explicite, sans effets gores, il est possible de susciter l’effroi par le travail sur la photographie, la bande son (les hurlements de douleurs des créatures torturées hors champ) et les cadres. L’environnement hostile et anxiogène, l’interprétation versatile de Charles Laughton font monter l’angoisse bien plus efficacement que dans les autres versions du roman de H.G Wells. Sa durée ,très courte (1h10), mais dans les standards de l’époque, permet au récit de ne connaître aucun temps mort sans pour autant survoler les personnages et notamment la relation naissante et émouvante entre la femme panthère (Kathleen Burke) et Parker. C’est là aussi l’une des grandes leçons du film et plus généralement du cinéma d’horreur de cette époque: le récit et les personnages priment sur le spectaculaire. La peur naît des situations, de l’identification aux personnages, du « climat » installé par la mise en scène et non d’un artifice spectaculaire. Redécouvrir une telle œuvre, dans une édition restaurée est un privilège et influencera forcément notre jugement sur les futurs films d’horreur/fantastique que nous découvrirons cette année.

Titre Original: ISLAND OF LOST SOULS

Réalisé par: Erle C. Kenton

Casting :  Charles Laughton, Bela Lugosi, Richard Arlen…

Genre: Fantastique

Sortie le: 25 janvier 2017 en DVD et Blu-Ray

Distribué par: Elephant Films

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