Critiques Cinéma

CEUX QUI VEULENT MA MORT (Critique)

SYNOPSIS: Hannah Faber, un pompier chevronné dans le Montana, s’en veut d’avoir failli lors d’une mission de sauvetage. Ses collègues ont beau lui dire qu’elle n’y est pour rien, elle culpabilise. Un jour, elle voit au loin Connor Casserly, un adolescent en difficulté. Il a du sang sur lui. Il finit par avouer à Hannah qu’il a été attaqué par deux individus. Son père n’a pas survécu à l’embuscade. Les meurtriers, qui ne veulent aucun témoin, se lancent à sa poursuite. Hannah décide de tout faire pour protéger Connor. L’étau se resserre un peu plus quand les assassins mettent le feu à la forêt…

Taylor Sheridan ancien comédien (Sons of Anarchy) passé à l’écriture de scénario (Sicario , Comancheria) puis à la réalisation (Wind River) s’est imposé comme une figure majeure à Hollywood à contre courant des modes se forgeant une niche dans le micro-genre du neo-western naviguant dans les zones grises de l’Amérique avec ses héros taiseux pris dans l’engrenage d’une violence inévitable. Il n’a pas réinventé la roue, mais chaque film ou épisode de série télévisée qu’il écrit (son empire s’est étendu à la télévision avec sa série Yellowstone avec Kevin Costner qui se prolonge avec deux autres séries dans le même univers 1883 et Mayor Of Kingstown) est immédiatement reconnaissable comme un projet Sheridan. Son cachet et son style sont uniques dans le paysage actuel s’inscrivant dans les pas d’un Walter Hill. La violence fait  partie intégrante de ses scénarios, elle est brutale et sèche mais jamais au point d’être exploitée ou exagérée. Sur les sept longs métrages sur lesquels Taylor Sheridan a travaillé Ceux qui veulent ma mort n’est que le troisième qu’il a à la fois écrit et réalisé. À certains égards, c’est son travail le plus faible à ce jour, mais c’est aussi son plus convivial,  le mot « faible » ici est très relatif car le film reste un solide divertissement à l’ancienne qui  évoque par son style et son intrigue ces thrillers de studios des années 80/90  (on pense à La Rivière sauvage ou à Le Client) mélangeant éco-thriller, western, film noir et drame. Fidèle à son style, Sheridan prend près de la moitié de la durée de son film minutes pour présenter les deux lignes narratives qui vont finir par se croiser. Celle d’Hannah Faber (Angelina Jolie) une garde forestière du Montana ex-membre d’une unité de pompiers parachutistes hantée par le souvenir d’un sauvetage raté d’enfants dont elle s’accuse encore (comme Sly Stallone dans Cliffhanger). Son traumatisme a mis fin à sa romance avec Ethan Sawyer (Jon Bernthal). Pendant ce  temps en Floride, le beau-frère d’Ethan  Owen (Jake Weber) entend la nouvelle du  meurtre d’un procureur local  à qui il a confié des informations sur des malversations financières,. Sans hésiter, il prend rapidement la route avec son jeune fils Connor (Finn Little). Mais il ne faut pas longtemps aux assassins implacables que les criminels ont lancé à leur trousses, un duo père-fils Jack et Patrick Blackwell (Aiden Gillen et Nicholas Hoult),  pour comprendre où Owen se dirige et arriver à destination avant lui. Dans la grande tradition du témoin traqué protégé par un héros en quête de rédemption Hannah prend Connor sous son aile pour tenter d’échapper ses poursuivants. Ethan et sa femme enceinte (Medina Senghore) vont eux aussi être impliqué.

Unes des forces de Sheridan réside dans sa manière d’injecter dans l’écriture de personnages qui adhèrent aux archétypes les plus stricts choisis dans tout le spectre des genres – le dur à cuire torturé, le shérif méchant, le tueur à gages impitoyable – des faiblesses étrangement humaines, et beaucoup de cœur. Même si il partage ici la rédaction du script avec  Charles Leavitt (Warcraft) et Michael Koryta (adaptant son propre roman) sa sensibilité décalée demeure, conférant au film, un pur « véhicule » de star, un côté légèrement lugubre que même les aspects les plus stupides de l’intrigue ne peuvent pas ternir. Ils privilégient une approche minimaliste dans la description des personnages qui se définissent par leurs actions ou des situations, il en va de même pour les  raisons pour lesquelles Owen et le procureur sont ciblés – le motif n’a pas vraiment d’importance, le personnage incarné par Tyler Perry auquel répondent les deux assassins est d’autant plus inquiétant car nous ne savons pas qui ou quelle entité il représente. Sheridan est économe de dialogues laissant les acteurs communiquer par leur présence la nature profonde des personnages, sans doute une leçon qu’il a tiré de son expérience de comédien. Cette partie du film avec sa narration à l’économie est la plus efficace, la dernière demi-heure en regard souffre de sa dépendance à l’égard des conventions du film d’action et d’aventures qui nous sont trop familières, plaçant le personnage d’Hannah dans une série  de situations précaires qui, en dehors du monde imaginaire hollywoodien, seraient certainement fatales, repoussant les limites de la crédibilité, bien que l’entente entre Jolie et Little soit instantanée et ne fait que se renforcer à mesure que l’histoire s’achemine vers sa conclusion. Les effets numériques employés lors du final dans les séquences d’incendies sortent également le spectateur de l’aspect naturaliste du reste du film. Ceux qui veulent ma mort est plus efficace dans ses petits moments que dans ses grandes scènes spectaculaires.

La relation entre Hannah et Connor est le cœur ostensible du film, mais les deux acteurs, et l’approche en retenue de Sheridan, mettent la sentimentalité en sourdine. On apprécie que même si par la convention du drame les deux personnages  partagent peut-être trop vite pour être convaincant des histoires personnelles qui finissent par les lier – ce lien évite celui trop  évident de mère /fils de substitution auquel on pourrait s’attendre. Jolie joue le rôle sans aucune aura « maternelle » , sa relation avec le garçon est protectrice mais jamais condescendante, parfois même teintée d’irritation. Sheridan fait que la stature et la réputation de sa star joue pour le film plutôt que de le desservir. Est-ce que Jolie est crédible en pompier se jetant dans les flammes ? Sans doute pas mais c’est surtout parce qu’il est toujours difficile à des stars de cinéma richissimes d’incarner des rôles de la classe ouvrière de manière convaincante. Malgré tout quelque chose dans la façon dont Sheridan ancre les relations entre ses personnage dans une forme de naturalisme et le charisme de Jolie, permettent de  maintenir la suspension d’incrédulité durant  90 minutes

Un des talents de Sheridan, aidé par la photographie riche, mais jamais envahissante de  Ben Richardson (Les bêtes du Sud sauvage) consiste à prolonger des  scènes plus longtemps que nécessaire d’un point de vue narratif. Comme quand la caméra s’attarde sur Connor jouant avec une sauterelle, une respiration dans le film qui contribue à accroitre la sympathie du spectateur ou quand le tueur à gages incarné par Aidan Gillen décide de mettre le feu à la forêt, alors que les flammes montent, la caméra capture un petit grognement de satisfaction qui explique presque cet acte irrationnel, pour citer The Dark Knight de Christopher Nolan : « Certains hommes veulent juste regarder le monde brûler« .  Sheridan dans toute son œuvre a un don particulier dans l’écriture des méchants, le duo de tueurs à gages, joués avec un style étrange par un Nicolas Hoult à contre-emploi et Gillen dont la dynamique pourrait alimenter un spin-off existentialiste est excellent. Ils sont à la fois particulièrement  impitoyables mais aussi terriblement ordinaires, de simples employés dans un secteur très spécifique qui se plaignent des restrictions de budget (Sheridan injecte toujours dans ses œuvres un commentaire social). La banalité de leur conversation qui contraste avec leur cruauté évoque sans la singer la relation entre Samuel Jackson et John  Travolta dans Pulp Fiction. Un autre aspect satisfaisant de l’approche de Sheridan est qu’il laisse à tous ses personnages secondaires l’occasion de briller. Même si Hannah est la protagoniste et son arche narrative de rédemption constitue le cœur du film, Ethan incarné par un toujours charismatique Jon Bernthal a son moment, tout comme Allison son épouse enceinte. Le personnage incarné avec force par Medina Senghore  n’apparait jamais comme un second choix par rapport au personnage de Jolie et sa relation romantique avec Bernthal est bien développée. Encore plus original c’est son personnage et non pas celui d’Hannah qui bénéficie de l’iconographie la plus ouvertement héroïque. On retrouve devant Ceux qui veulent ma mort  à la fois film d’action, drame sentimental, thriller, film noir, western et film catastrophe, un vrai  plaisir cinématographique à l’ancienne, Taylor Sheridan  mélange les conventions de chaque genre y ajoutant sa touche psychologique.

Titre Original: THOSE WHO WISH ME DEAD

Réalisé par: Taylor Sheridan

Casting:  Angelina Jolie, Jon Bernthal, Finn Little, Nicolas Hoult,

Genre: Drame, Thriller, Policier

Sortie le: 3 décembre 2021 sur Canal+

Distribué par: Warner Bros. France

TRÈS BIEN

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