ENTRETIENS

Entretiens avec Patrick Ridremont et Eugénie Derouand, réalisateur et comédienne du film Le Calendrier : « J’aime cette idée d’un personnage ordinaire qui se voit confier un truc extraordinaire. »

Alors que Le Calendrier sort enfin en salles un an après avoir été repoussé à cause de la crise sanitaire, le film de Patrick Ridremont méritait bien quelques réponses sur la manière dont le réalisateur l’a pensé. Interview.

Le Calendrier est votre deuxième réalisation. Comment est née cette idée de faire un film d’horreur ?

Dans mes films, j’aime les Il était une fois. J’aime les mondes réinventés. Le film d’horreur, c’est ça par excellence. L’envie de faire des films de genre, je pense que beaucoup de réalisateurs l’ont, mais qu’ils s’arrêtent souvent au stade du fantasme parce que c’est compliqué de trouver des financements. Moi, j’ai eu la chance de tomber sur des producteurs qui y croyaient et qui voulaient aller dans cette voie. J’ai commencé à réfléchir au film dans la période de Noël, et j’ai remarqué le nombre impressionnant de Calendrier de l’Avent qu’on peut trouver un peu partout. Tous différents, tous uniques… Je me suis dit que je tenais potentiellement quelque chose que j’aime beaucoup dans les films d’horreur, à savoir un objet qui a de la gueule. Le Necronomicon de Evil Dead, le Cube de Hellraiser, le jeu de Jumanji… J’aime cette idée d’un personnage ordinaire qui se voit confier un truc extraordinaire. C’est comme ça qu’est venu le calendrier de l’Avent. Cette année, on remplace le givre sur le sapin par du sang sur des gorges.

On verra les fêtes de Noël différemment après le film.

Mais c’est gore Noël, quand on y pense. Avant l’arrivée du petit Jésus, le Roi Hérode a fait tuer tous les premiers nés des maisons. Ça commençait mal cette histoire. Il est temps de rappeler à tous ceux qui fréquentent les églises plutôt que les cinémas que Noël, ce n’est pas juste drôle. La naissance de Jésus et la mort de Jésus, il y a du sang.

Il y a d’ailleurs un univers religieux très fort dans Le Calendrier. Le thème de la tentation, la protagoniste s’appelle Eva… Comment avez-vous traité ça ?

On l’a traité avec sérieux. Effectivement, ce calendrier de l’Avent est habité par une créature diabolique. Mais la case du 24 Décembre est une case « Miracle de Noël ». Ces petits bonbons Jésus en sucre sont ceux qui font le plus d’effet. Donc, je ne suis pas là pour blasphémer. Je suis là pour m’occuper de l’iconographie religieuse au service d’une histoire barrée. En tant que scénariste, je me dois de dire que dans mon histoire Dieu existe, le Diable existe, et qu’il va y avoir une confrontation entre le Miracle et la Tentation. Mais je rassure les lecteurs : il n’est pas nécessaire d’avoir lu la Bible pour comprendre le film.

D’ordinaire, dans les films d’horreur, les personnages courent beaucoup. Dans votre film, votre protagoniste est dans une chaise roulante.

Je suis très heureux d’avoir cette remarque parce que je vais enfin pouvoir dire quelque chose. C’est agaçant de voir des gens qui disposent de leurs deux jambes fuir face au Diable. Effectivement, en courant face à un psychopathe masqué ou un T-Rex dans Jurassic Park, vous avez peut-être une chance. Mais face au Diable… Si le Diable est à vos trousses, vous pouvez courir mais vous ne lui échapperez pas. Ce personnage paraplégique est pour moi un personnage qui a la bonne réaction face au Malin, à savoir la sidération. Courir ? Mais pour aller où ? On ne peut pas échapper à son destin…

Le Calendrier suit une mécanique bien précise concernant l’ouverture des différentes cases. Vous utiliseriez le mot « mécanique » pour qualifier votre mise en scène ?

Elle aurait totalement pu être mécanique et monotone. Pour ne pas qu’elle le soit, il fallait que les bonbons à l’intérieur du calendrier aient tous des effets différents. C’est pour ça que le film n’est pas qu’un film d’horreur. Il y a aussi du fantastique, de la comédie romantique… C’était une conséquence logique du scénario pour ne pas en faire un pur slasher movie monotone.

Vous jouez beaucoup avec le hors-champ. Comment avez-vous travaillé ça avec votre chef opérateur Danny Elsen ?

Ça vient surtout de cette envie de renouveler la façon dont on montre l’horreur à l’écran. Avec le chef opérateur, on s’est dit qu’on allait faire un maximum d’effets spéciaux sur le plateau. Un de mes effets préférés, c’est lorsque l’ombre de la créature apparaît sur le mur derrière la belle-mère. C’est presque du Fritz Lang. J’aime bien le hors-champ parce que je crois en l’intelligence du public. Lui aussi est un peu acteur du film, il a du travail, il doit se poser des questions. S’enfermer pendant 1h40 dans une salle de cinéma, c’est jouer son rôle de spectateur.

Il y a beaucoup d’inspirations américaines dans le film.

Effectivement. Pour la petite anecdote, j’avais lu un commentaire sous la bande-annonce du film. C’était quelque chose du genre « Le film a l’air génial, mais les voix françaises bof ». C’est-à-dire que dans l’esprit des gens, c’est un film ricain. Je le prends comme un compliment, mais la vérité c’est qu’on n’a pas voulu faire un film américain. On a voulu faire un film de genre français décomplexé. Et je pense que c’est pas mal de faire des films en langue française où on fait ce qu’on veut. Dans le « Il était une fois », on raconte ce qu’on veut dans la langue qu’on veut.

Les Etats-Unis sont friands de ce genre de high-concept. Si on vous propose d’aller y faire un remake, vous accepteriez ?

C’est oui. Il y a du Blumhouse dans Le Calendrier. Potentiellement même une franchise. Ça serait un kiff terrible de réécrire une histoire avec le même calendrier dans d’autres mains. J’aimerais savoir ce qu’il se passe si une institutrice ramène le calendrier d’Allemagne et distribue les bonbons à sa classe. J’adorerais voir ce que ça donnerait sur un bateau en pleine croisière…



Pour son premier rôle au cinéma Eugénie Derouand trouve avec Le Calendrier un genre et un personnage dans lesquels elle exprime beaucoup de potentiel. Entretien.

C’est votre premier Premier rôle au cinéma, et c’est dans un film d’horreur. C’était un choix ?

Ce n’était pas spécifiquement un choix de tourner précisément dans un film d’horreur. J’étais admirative de ce personnage d’Eva, cette femme qui se bat au quotidien contre son handicap. Ça m’a donné envie de l’incarner, et en plus dans un film de genre. Ça n’arrive pas tous les jours, j’étais contente !

Comment vous avez abordé le handicap de votre personnage ?

J’ai eu la chance d’être coachée par Lara qui est paraplégique depuis une dizaine d’années et qui a été très bienveillante avec moi. Elle m’a montré comment utiliser mon corps, les bonnes positions à adopter… Je me suis aussi beaucoup entraînée physiquement en amont, j’ai fait de la musculation pour avoir de la force dans les bras… Le tournage était très physique donc il fallait que je sois préparée.

Un high-concept comme celui du Calendrier, c’est quelque chose de confortable pour une comédienne ?

A vrai dire je ne me suis pas trop posée cette question. J’ai essayé d’incarner Eva avec justesse, ce qui résonnait chez moi. Peu importe le concept, ça n’a pas changé ma façon d’aborder le personnage.

Eva passe par beaucoup d’émotions et de stades psychologiques dans le film. Comment avez-vous construit ça ?

Effectivement, Eva a une trajectoire importante. C’est aussi cette évolution tout au long du film qui m’a plu dans le scénario. Pour une comédienne, c’est génial d’avoir à incarner ce genre de personnage. Au début du film, elle est montrée comme une femme battante, déterminée, qui aime les défis. Et c’est ça qui va la guider durant tous les évènements.

Est-ce que les thématiques religieuses du film ont nourries votre interprétation ?

Dans le film, je deviens complètement obsédé par ce calendrier et par les « surprises » renfermées par chaque case jour après jour – même s’il y en a aussi des relativement agréables. J’ai traité ce dilemme entre la conscience morale d’Eva et la tentation de ressentir.

Le Calendrier mélange beaucoup les genres. Il y a de l’horreur mais aussi des scènes plus touchantes, notamment entre Eva et son père.

J’ai adoré jouer avec l’acteur qui incarne le père d’Eva (ndlr : Jean-François Garreaud), qui est d’ailleurs décédé depuis. Ça a été un moment fort du tournage pour moi. Ça s’est passé tout seul, j’avais juste à le regarder pour que ça marche.

Comment s’est construit cet équilibre entre les émotions ?

Les scènes plus émouvantes avaient une tension différente des scènes d’horreur. Les deux étaient aussi agréables à tourner, je dirais. Après, il y a des scènes encore plus légères, quand le film devient pendant un moment une comédie romantique. Les tourner a fait un peu office de respiration. Et au sein du film également, d’ailleurs.

Comment s’est passé l’échange avec le metteur en scène sur le plateau ?

C’était un tournage très dense parce qu’on avait que 22 jours donc il fallait aller très vite. Je crois que Patrick (ndlr : Patrick Ridremont, le réalisateur) m’a fait confiance et qu’on s’est assez bien compris tout du long. Je me suis jeté à l’eau et ça s’est fait assez naturellement. J’étais un peu dans ma bulle pendant le tournage, et je pense que ça m’a conditionné à incarner ce personnage d’Eva qui est un peu seul. On a tourné à Bruxelles, le matin je me levais et j’allais directement tourner, et le soir je refaisais de la route pour aller me coucher. J’étais raide (rires). Mais l’atmosphère sur le plateau avec Patrick et son caractère, c’était très agréable.

Vous êtes amatrice d’horreur ?

Amatrice, non. J’ai peur (rires). Mais oui il y a beaucoup de films du genre qui m’ont plu. Récemment j’ai découvert Morse. Et aussi Mister Babadook de Jennifer Kent que j’ai adoré. La comédienne et la mise en scène étaient remarquables. Mais j’ai aussi des grands classiques. Suspiria, Carrie au Bal du Diable… Je pense aussi qu’inconsciemment, il y a des héroïnes qui te reste en tête, comme Ellen Ripley dans Alien.

La fin du film est très ouverte. Sans spoiler, comment vous l’interpréteriez ?

Je dirais que pour la première fois, Eva a le choix. C’est ça qui est horrible. Elle se retrouve confrontée à ce qu’elle désirait le plus.

Qu’est-ce que vous retenez de ce tournage ?

J’ai relativisé sur certaines choses qui m’ont permises de m’améliorer en tant que comédienne. J’en retiens à quel point le quotidien des personnages en fauteuil roulant est difficile.

Propos recueillis par William François.

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