Critiques

Falcon & le Soldat de l’Hiver (Critique Mini-Série Épisode 1×02) Cap Lives Matter

ATTENTION SPOILERS : 

Cet article révèle certains rebondissements

et nous vous conseillons sa lecture

après le visionnage de l'épisode

Avec ce second épisode la mécanique de Falcon et le soldat de l’hiver se met clairement en place, à chaque épisode une grande scène spectaculaire pour combler les fans d’action et une intrigue d’espionnage qui permet d’introduire autour du duo de têtes d’affiches toute une galerie de personnages  et de mieux  plonger dans leur psychologie et les motivations de chacun , tout en enrichissant le MCU de détails sur les problèmes sociaux qui le traversent et qui font écho évidemment aux débats de la société américaine dans la tradition des comics Marvel dont un des slogans fut longtemps « The World Outside Your Window« ( le monde à votre fenêtre). Et on peut d’ores et déjà dire que c’est un succès. L’épisode s’ouvre sur  John Walker (Wyatt Russell) le nouveau Captain America introduit dans le dernier plan du premier épisode (et qui donne à celui-ci son titre original The Star Spangled Man) en tenue militaire, nerveux dans les vestiaires du stade de foot de son ancien lycée avant d’être présenté au public lors d’une grande cérémonie. Il reçoit la visite de sa petite amie et d’un camarade militaire qui le réconfortent avant son entrée en costume de super-héros sous les vivas de la foule. Son introduction n’est d’ailleurs pas si éloignée de celle de Steve qui a commencé en tant que mascotte publicitaire pour la promotion d’obligations de guerre dans Captain America: The First Avenger et Walker court vers son  interview télévisée sur une reprise de la batterie de Star-Spangled Man  la chanson composée par Alan Menken (Le roi Lion) pour le film de Joe Johnston . Ses débuts reflètent les premiers jours de Rogers comme Captain America mais soulignent une forme d’appropriation culturelle puisqu’il a pris  le bouclier qui avait été donné à Sam. La version du MCU se distingue de son alter-ego de papier, un catcheur un peu rustre. Ce John Walker  est un soldat décoré, athlète accompli et  brillant étudiant du MIT ce qui rend plus crédible sa sélection comme successeur de Steve Rogers. Il est  agréable de voir que  la série apporte au personnage de Walker un peu de nuances, il montre  une personnalité positive, pleine de doutes, pas si éloignée de celle de son prédécesseur. C’est un choix judicieux car par petites touches au long de l’épisode, surtout au contact des deux héros, ce vernis commence à s’effriter laissant entrevoir des aspects plus sombres. Wyatt Russell, l’incarne sur une ligne de crête parfaite entre héroïque et agaçant. 

Cette introduction  est le catalyseur pour les retrouvailles entre Bucky (Sebatian Stan) et Sam, (Anthony Mackie) et dès leur première scène en commun il apparait évident que leur relation est le moteur de la série, leur querelle sur la « trinité » des adversaires classiques des super héros (androïdes, extraterrestres et sorciers) est hilarante et ces chamailleries évoquent les  buddy-movies comme L’Arme Fatale ou 48 heures dont se revendique le showrunner Malcom Spellman (la série Empire). L’arrivée de ce nouveau Captain America est une source de tension entre les deux camarades, Bucky est en colère contre Sam pour avoir abandonné le bouclier et Sam est en colère contre lui-même pour ne pas avoir deviné les plans du gouvernement. Dans une  scène de « psychothérapie de couple » que la psy de Bucky  leur fait subir, ce dernier, dans un moment poignant, avoue qu’en rejetant le bouclier, Sam lui a fait penser que peut-être Steve s’était trompé dans le choix de son successeur et a donc pu se tromper au sujet de sa propre rédemption. Sam invite l’ancien soldat de l’hiver en mission à Munich pour tenter d’arrêter la cabale des Flag-smashers, nous amenant vers la séquence spectaculaire de l’épisode :  une poursuite en camion sur les autobahns allemandes dans le style d’Indiana Jones où notre duo confronte une des dirigeantes du groupe  Karli Morgenthau (Erin Kellyman   vue dans Solo: A Star Wars Story) qui  semble posséder  la super-force de Cap –  bientôt rejoint par le nouveau  Captain America et son partenaire  Lemar Hoskins  aka Battlestar (Clé Bennett vu dans Jigsaw et la série The Man In The High Castle ). L’introduction de ce personnage montre le respect de la série pour le créateur de Walker et Battlestar dans les comics (et de Flag smasher qui dans ses œuvres était un individu et non une organisation) Mark Gruenwald. Cette séquence où Henry Jackman reprend les motifs de sa composition pour  Winter Soldier et Civil War  est aussi exaltante et parfaitement filmée que la poursuite aérienne du premier épisode. Bien que dotée d’un montage surdécoupé, elle est exécutée de manière experte par le réalisatrice  Kari Skogland (déjà  aux manette du premier épisode) avec un mélange de CGI, de fonds verts et d’effets pratiques, brouillant un peu plus la frontière entre les productions télévisuelles et les films de Marvel Studios. Une des forces de la série est de s’assurer que tous les combats surhumains et les  explosions restent ancrés dans des névroses  crédibles –  Sam et Bucky sont autant aux prises avec les problèmes du monde réel qu’avec leurs conflits personnels.

Ainsi l’évènement le plus marquant de l’épisode est l’introduction d’Isaiah Bradley (interprété par Carl Lumbly vétéran de séries comme Alias et qui fut un super-héros télévisé dans la série de Sam Raimi  M.A.N.T.I.S).  Quand il apparait que l’organisation des Flag-smashers  compte dans ses rangs  des supersoldats, Bucky  révèle un secret qu’il a même caché à Steve Rogers: l’Amérique avait un autre super-soldat qu’elle a utilisé pendant la guerre de Corée, puis emprisonné. Bradley se souvient avoir affronté le soldat de l’hiver alors assassin de l’Hydra et bien que leurs retrouvailles soient brèves il  n’a manifestement pas pardonné et ne montre aucun intérêt   à aider le gouvernement qui l’a manipulé  et emprisonné. Dans les comics le personnage fut introduit dans une mini-série publiée en 2003 Truth: Red, White & Black écrite par Robert Morales et illustrée par Kyle Baker qui  révèle que Steve Rogers ne fut ni le premier, ni le seul, cobaye du projet Rebirth pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1942 le gouvernement américain expérimenta sur 300 soldats noirs dans une tentative de recréer le sérum de super-soldat révélant au passage qu’il était à l’origine conçu pour stériliser les groupes ethniques les « moins désirables » et les personnes handicapées. Cette idée fut inspirée par l’étude de Tuskegee sur la syphilis, une étude clinique menée à Tuskegee, Alabama par des médecins pour mieux connaître l’évolution de la syphilis lorsqu’elle n’est pas traitée, réalisée sans en informer les sujets, noirs, sous couvert d’une prise en charge médicale par le gouvernement. Dans le comic-book Bradley après la mort de ses coéquipiers survivants aux expériences est devenu l’arme du gouvernement, sans recevoir  la gloire et la reconnaissance dont Steve Rogers a bénéficié. Et lorsque le gouvernement en eut fini avec lui, il fut emprisonné pendant 17 ans pour avoir volé l’uniforme de Captain America, stérilisé,  son sang recueilli pour d’autres expériences, alors qu’aucun traitement ne lui fut administré pour soigner les effets secondaires du sérum, lui laissant les capacités mentales d’un enfant lorsqu’il a finalement été gracié dans les années 70. Truth fut très controversé à sa sortie entre ceux qui pensaient que l’histoire salissait  l’héritage de Steve Rogers et  une frange raciste du fandom irritée par l’image  d’un homme noir vêtu de l’uniforme de Captain America. Si d’autres auteurs ont utilisés l’héritage de Bradley, son petit-fils est membre de l’équipe des Young Avengers (et apparait dans l’épisode),  Falcon et le soldat de l’hiver marque la première mention significative  du personnage dans un produit Marvel depuis une décennie.

La prise de conscience de l’existence d’un Captain America noir met en colère Sam, surtout quand Bucky lui avoue avoir gardé ce secret même pour Steve. Le reproche implicite qu’il fait à son partenaire est d’avoir considéré que réparer les injustices infligées à un homme noir ne viendraient que compliquer la vie de son ami et ne valait pas la peine de le déranger. La colère de Sam conduit à une scène qui fait écho au rejet de prêt bancaire de l’épisode précèdent, Sam étant abordé par un groupe de policiers blancs qui le contrôlent avant de le reconnaitre alors qu’ils ont laissé Bucky tranquille, démontrant que les relations raciales sont aussi tendues dans l’Amérique du MCU que dans le monde réel. Star Spangled Man  s’achève avec Sam et Bucky continuant de fouiller dans leur contacts  à la recherche d’aide pour vaincre les Flag Smashers (en supposant qu’ils soient vraiment les méchants qu’ils prétendent être), nos héros partent interroger Helmut Zemo (Daniel Brühl, reprenant son rôle de Captain America: Civil War) qu’ils ont vu pour la dernière fois arrêté  par Black Panther. Avec les séries Marvel sur Disney + on retrouve  la saveur  des séries régulières dans les comics entre deux  crossovers massifs permettant de développer des personnages secondaires dans les opus filmés. Dans cette optique  Falcon et le soldat de l’hiver tout en étant complètement différent de WandaVision est tout aussi satisfaisant et revigore notre intérêt pour le MCU.

Crédits: Disney +

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