Critiques Cinéma

AUCUN HOMME NI DIEU (Critique)

3 STARS BIEN

aucun homme ni dieu affiche cliff and co

SYNOPSIS: Au fin fond d’un Alaska sauvage et hostile, un spécialiste des loups à la retraite reprend du service pour enquêter sur la disparition d’un enfant.

En l’espace de deux films (Blue Ruin, Green Room), Jeremy Saulnier a gagné un crédit considérable auprès d’une bonne partie de la critique ciné, saluant l’intensité de ces thrillers dont les personnages sont pris dans une spirale de violence que rien ne semble pouvoir arrêter, qu’ils en soient tour à tour le témoin, la victime ou l’instigateur. Si Saulnier est assurément un très bon « faiseur » qui sait jouer de ses effets pour renforcer l’impact de ses scènes, on pouvait aussi avoir, comme l’auteur de ces lignes, de solides réserves sur des films dans lesquels les situations, comme le jeu des acteurs, sont plus au service de la forme que du fond, de l’ambition et de la vision de départ du metteur en scène que de l’histoire. Avec son 4ème long métrage, Jérémy Saulnier met pour la première fois en scène une histoire dont il n’a pas imaginé tous les contours, Aucun Homme, ni Dieu étant l’adaptation du roman éponyme de William Giraldi. Si l’annonce de ce projet pouvait faire naître quelque frustration chez ses admirateurs ou ceux qui espéraient simplement une suite au déjanté Green Room, elle a au contraire fait naître chez nous un espoir: celui que la forme rencontre enfin le fond et que l’incontestable talent de Saulnier produise enfin un grand film.

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Le cadre de Aucun Homme, ni Dieu est connu et très « cinégénique », le récit se déroulant dans les étendues sans fin de l’Alaska qui convoquent immédiatement le souvenir d’autres films tels que Wind River, The Grey, Runaway Train ou encore Insomnia. Dans ce décor qui suffit à lui seul à créer un climat particulier, propice au drame, les regards sont noirs, les démarches lourdes, les mots murmurés et pesés. Le programme de Aucun Homme ni Dieu apparaît ainsi clairement des les premières minutes. Jérémy Saulnier a construit un thriller à combustion lente, de ceux qui annoncent le drame avant même qu’il ne se fasse jour, qui privilégient l’atmosphère au scénario, le trouble à la résolution et reposent entièrement sur un parti pris de départ dont il n’entendent pas dévier. Un thriller dans lequel les personnages sont à nouveau livrés à eux-mêmes car, dans ce petit coin reculé de l’Alaska, encore plus que dans les autres lieux où se déroulaient les précédents films de Jérémy Saulnier: personne ne les entendra crier et rien ne semble pouvoir arrêter l’escalade de violence dans laquelle ils se trouvent engagés.

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Le moins que l’on puisse dire c’est que Jérémy Saulnier ne fait à nouveau pas dans la légèreté, pour ne pas dire la finesse et, selon que l’on se laissera ou non prendre au jeu, on pourra trouver qu’il a chaussé des semelles de plomb qui désamorcent ce qu’il aurait souhaité créer comme trouble ou se laisser embarquer dans la (très) lente exploration du mal que propose son récit. La musique, le rythme de la narration, la longueur des plans, la direction d’acteur tout concourt à une seule et même chose: appuyer le drame et épaissir le mystère de ce récit qui débute par la disparition d’un enfant, probable nouvelle victime des meutes de loups qui rodent autour de ces habitations isolées. Le début du film baigne dans une atmosphère pesante mais proche du conte avec cette mère (Medora Slone interprétée par Riley Keough) faisant appel à un spécialiste des loups (Russell Core interprété par Jeffrey Wright) dont elle a lu le livre pour le charger de ramener non pas son enfant, dont la mort ne fait guère de doute, mais le loup qui l’a emporté. Le style de Saulnier trouve ici une justification, même s’il est à nouveau très appuyé, quand il nous paraissait beaucoup plus vain dans ses précédents films.

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Aucun Homme, Ni Dieu explore le mal mais aussi la nature de ses personnages, leurs faiblesses, leurs zones d’ombres, en particulier s’agissant de leur rapport à la paternité/ maternité. Russell, le témoin du mal de ce récit, a ainsi son propre arc, une évolution et il apporte au récit une profondeur et une distance bienvenues. Si l’on voit les ficelles, il faut s’efforcer de ne pas les compter sous peine de ne jamais entrer dans ce thriller épais comme la nuit sans fin dans laquelle il est plongé. A mesure qu’il dévoile sa véritable intrigue et sa nature, l’ambiance installée et les partis pris de direction d’acteur apparaissent davantage justifiés. Quelques scènes n’ont certes d’autres utilités que de mettre un coup de stabilo sur la thématique du film mais d’autres sont étonnamment réussies, notamment celles avec le toujours excellent James Badge Dale dans le rôle d’un policier intègre et volontaire mais bien impuissant à arrêter le mal. De même que Blue Ruin devait beaucoup à son interprète Macon Blair (qui a ici un petit rôle et est crédité de l’adaptation du roman de Giraldi), Aucun Homme Ni Dieu doit beaucoup à Alexander Skarsgard, Jeffrey Wright et à un degré moindre à Riley Keough. Sans eux, l’édifice déjà fragile aurait du mal à tenir debout et ne serait pas, à nos yeux, le meilleur film de Jérémy Saulnier.

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Titre Original: HOLD THE DARK

Réalisé par: Jeremy Saulnier

Casting : Jeffrey Wright, Riley Keough, Alexander Skarsgård…

Genre: Thriller

Sortie le: 28 septembre 2018

Distribué par: NETFLIX

3 STARS BIEN

BIEN

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1 réponse »

  1. (evilashymetrie) J’ai eu beaucoup de mal à tenir jusqu’au bout de ce film dont les zones d’ombre et les thématiques tordues ont fini par atteindre ma patience. A trop vouloir faire de Jeffrey Wright un témoin, ça m’a littéralement sorti du film. Je n’ai donc pas du tout aimé ce pensum de Saulnier, je lui préfère largement ses précédentes réalisations. Trois fois Hélas… 😦

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