Critiques Cinéma

LE TERRITOIRE DES LOUPS (Critique) *****

En 2002, Joe Carnahan débarquait sur les écrans avec Narc, son second film, un polar noir d’encre, précédé de rumeurs plus que flatteuses. Un film âpre, dur, sans concessions, qui fera date et qui assiéra la réputation naissante du cinéaste. Après deux respirations avec des films plus fun mais qui déménageaient furieusement (Mi$e à prix, L’agence tous risques), le voici de retour avec Le territoire des loups, un survival implacable et acharné avec en tête d’affiche un Liam Neeson qui trouve là l’un de ses tous meilleurs rôles.

John Ottway travaille pour une compagnie pétrolière dans le Grand Nord où il protège les employés des forages des attaques d’animaux sauvages. Ottway est un solitaire, vivant avec le souvenir obsédant d’une femme et qui n’attend plus grand chose de la vie. Lorsque le vol qu’il emprunte en compagnie de ses collègues se crashe dans l’immensité neigeuse, les quelques survivants savent qu’ils ont peu de chance de s’en sortir. D’autant plus que les loups rôdent autour d’eux. Pensant qu’il faut tenter de gagner la forêt pour échapper aux prédateurs, les survivants vont mourir un à un, vaincus par les animaux ou leurs propres faiblesses. Ottway va tout faire pour être parmi les derniers…

Bijou d’angoisse, de pics de tension, d’action et de réflexion, Le territoire des loups est une véritable claque qui sonne le renouveau d’un genre devenu moribond (le survival). Débutant par une scène de crash aérien dantesque, qui vous scotche à votre fauteuil et vous donne la sensation d’être à bord (et sans la 3D, ce qui est d’autant plus méritant), le film ne va plus cesser pendant près de deux heures, de mettre les nerfs à rude épreuve. Opposition entre l’homme et la nature, Le territoire des loups ne se base pas seulement sur ce schéma réducteur et évite tout manichéisme dans la description du rapport à la mort que ces gars cabossés entretiennent. Chaque personnage est bien écrit, avec une vraie profondeur et une humanité essentielles quant au sujet du film. Rien ne nous est épargné, que ce soit la souffrance morale ou physique de ces hommes, qui n’ont plus qu’un filet d’espoir auquel se raccrocher.

 A cette mise en scène brut de décoffrage, s’ajoute une subtilité pour dépeindre des sentiments comme la détresse, la lassitude, la peur, sans appesantir le discours avec une morale humaniste ou religieuse. On suit juste le parcours de désespérance de ces types, le développement de leur instinct de survie, et leur dernier combat. Car si l’on pressent que tout le monde va y passer, l’enjeu est plus de savoir jusqu’à quand ils parviendront à s’en tirer. Liam Neeson réussit une composition mémorable. Les traits tirés, le corps fatigué, il restitue une dimension de douleur incroyable et il est vrai que la résonance avec sa vie personnelle confère un écho particulier à sa prestation (l’acteur a perdu sa femme dans un accident).Parvenant à alterner les moments de réflexion et les scènes d’intensité dramatique avec une maestria implacable (les attaques des loups sont d’une sauvagerie, d’une violence et d’une soudaineté incroyables) , Joe Carnahan réussit un grand film. Malgré une ou deux improbabilités, Le territoire des loups vous laisse exsangue, les griffes plantées dans votre fauteuil.

LE TERRITOIRE DES LOUPS DE JOE CARNAHAN, AVEC LIAM NEESON, DERMOT MULRONEY, DALLAS ROBERTS, FRANCK GRILLO… SORTIE LE 29 FEVRIER 2012

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