Critiques

ENGRENAGES (Critique Saison 6) Tutoyer les sommets…

SYNOPSIS: Le 2ème DPJ est appelé sur une scène de crime exceptionnelle : Un tronc humain retrouvé dans un tas d’encombrants dans le 20ème arrondissement. Une enquête éprouvante et complexe démarre alors que chacun recherche sa place au sein du groupe avec l’arrivée d’un nouveau commissaire. L’enquête les mène dans une banlieue-nord où le commissaire Herville a été muté. Ils vont mettre à jour corruption et achat de paix sociale dans un quartier rongé par la délinquance et la pauvreté. Corruption qu’affrontent également de leur côté Roban et Joséphine alors qu’ils vivent des épreuves intimes inattendues.

Le retour d’Engrenages était très attendu près de trois ans après une saison 5 extrêmement réussie. La série qui alterne avec maestria ses fondamentaux tout en développant la caractérisation de ses personnages principaux, continue d’être en constante évolution quand d’autres ronronnent et ne parviennent pas à se renouveler. La saison 5, tendue comme jamais et à l’intensité continue, avait placé chacun devant des problématiques insolubles et la série avait pris un virage inattendu mais salvateur, en ce qu’il rabattait les cartes et bouleversait les relations entre chacun des protagonistes. Depuis sa création, Engrenages regarde la police et la justice en face, au travers d’enquêtes toujours plus tortueuses, qui sont une plongée au fin fond de l’âme humaine. Noire de geai, la série nous joue sa mélodie chaque saison, toujours un peu la même en apparence, mais opérant suffisamment de micro variations pour passionner et embarquer le public dans des récits toujours plus foisonnants.

Cette saison 6 ne déroge pas à la règle et nous chope immédiatement dans ses filets avec la même habileté que précédemment, par le biais d’une nouvelle enquête, reflet des horreurs d’un monde devenu fou, et où la criminalité la plus abjecte éclabousse de ses turpitudes les dernières illusions de flics à la marge, d’avocats en perdition et de magistrats sans solution miraculeuse. Dans cette saison, c’est une plongée au cœur de la Seine Saint-Denis qui raconte non seulement les relations difficiles entretenues par la police avec la population, mais également la main mise des délinquants sur les quartiers jusqu’à leur manipulation sur les politiques, prêts à acheter la paix sociale en laissant leurs consciences au vestiaire. Comme elle en a pris l’habitude, la série se farde toujours d’un réalisme prégnant et d’une réalisation viscérale (partagée ici par Frédéric Jardin et Frédéric Mermoud) qui vous immerge dans le récit. A nouveau drivée par Anne Landois, qui expliquait ne pas avoir voulu aborder le terrorisme car le but de la série n’est pas de coller forcément à l’actualité mais d’éviter les clichés, la saison 6 d’Engrenages peut se targuer de continuer à regarder la société se débattre face aux vers qui gangrènent le fruit. La série n’a pas son pareil pour montrer le labeur d’un long et minutieux travail d’enquête, les filatures, la collecte d’indices, les perquisitions, autant  de passages obligés qui confortent sa crédibilité constante.

La force d’Engrenages, au-delà d’une écriture au cordeau c’est bien évidemment d’offrir aux comédiens des partitions qu’ils transcendent et cette saison ne fait pas exception à la règle. Les scénarios font la part belle au quintette central bien évidemment mais les personnages secondaires sont toujours aussi chiadés et bénéficient d’une approche qui leur confèrent une densité supplémentaire. Nicolas Briançon notamment, dont le personnage d’Herville s’est humanisé tout en conservant son caractère brûlant, livre une partition toujours aussi brillante. Le commissaire Beckriche, le nouveau taulier de la DPJ inflexible et à cheval sur la procédure, interprété par Valentin Merlet qui met un peu de temps à prendre la mesure de son personnage mais le comédien est très juste et nous convainc au fil des épisodes. Louis-Do De Lencquesaing est lui aussi formidable avec le nuancé Maître Edelman dont on est bien en peine de saisir la réelle personnalité. Difficile d’émettre des réserves sur le plus petit rôle, tant chacun des comédiens apporte véracité et crédibilité et assure l’équilibre de l’ensemble.

Thierry Godard, Fred Bianconi et Philippe Duclos remplissent à nouveau leurs offices avec virtuosité et font que Gilou, Tintin ou Roban, chacun dans son genre, est un morceau brut d’humanité. Les trois acteurs rivalisent d’intensité et d’émotion et donnent encore après six saisons la mesure de ce dont ils sont capables pour porter un texte et des situations d’envergure. Mais l’une des singularités de la série c’est d’avoir des personnages féminins comme Laure Berthaud et Joséphine Karlson qui font qu’ Engrenages est pourvue de figures emblématiques qui la portent vers des ilots dramatiques, qu’elle est l’une des rares en France à aborder de plein fouet. Joséphine, brisée en saison 5 par une perte incommensurable, n’en finit plus de basculer jusqu’à se retrouver dans la plus fâcheuse des positions, permettant à Audrey Fleurot de déployer une palette de jeu encore plus large grâce au flot continu des soubresauts qu’elle traverse et aux multiples  fêlures qui n’en finissent pas de la broyer petit à petit, jusqu’à sa descente aux enfers qui lui donne l’opportunité de composer quelques moments déchirants où l’actrice fait des merveilles. Caroline Proust fait encore des miracles dans la peau de plus en plus écorchée de Laure, dont la solidité apparente s’effrite dès lors qu’elle redécouvre ses atours de femme et qu’elle appréhende dans la douleur sa condition de mère. Caroline Proust continue d’être un volcan en fusion qui irradie avec ce personnage traversé de contradictions, sans repères et perclus de douleurs. Les quelques sourires lumineux qu’elle consent enfin dans cette saison ne sont que des instants volés dans une recherche impossible de normalité et son parcours d’une complexité, d’une profondeur et d’une humanité confondantes permet à la comédienne de tutoyer les sommets.

Engrenages fait bouger les lignes du microcosme qu’elle observe et déplace à nouveau le curseur pour faire en sorte que chacun des personnages principaux se retrouve en fin de saison dans une position différente à celle qu’il occupait au début. Au terme de cette saison 6 la série nous met face à de nouvelles attentes, de nouveaux enjeux et nous donne à espérer une saison 7 où la profondeur dramatique et la dimension humaine se télescoperont encore pour compléter le tableau étourdissant que dresse la série depuis ses débuts.

Crédits : Canal +

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