Critiques Cinéma

COLD HELL (Critique)

2,5 STARS MOYEN

Cold-Hell-Poster cliff and co

SYNOPSIS: Özge, immigrée turque en Autriche, chauffeur de taxi et adepte de boxe thaïlandaise, assiste à l’assassinat de sa voisine. Le tueur, un fanatique religieux, l’a vue et va tout faire pour l’éliminer coûte que coûte. Mais serait-il tombé sur plus fort que lui ?

Dans le parcours d’un metteur en scène, il est habituel de débuter par le film de genre, par des petites séries B bricolées, d’accéder à un début de notoriété en se retrouvant sélectionné dans des festivals undergrounds puis, d’évoluer vers un cinéma plus mainstream, plus accessible à une large diffusion et peut être un jour de gagner la reconnaissance de prestigieuses académies. Stefan Ruzowitzky, adoubé par les fans d’horreur avec Anatomie 1 et 2, a suivi ce parcours jusqu’à être récompensé d’un oscar du meilleur film étranger pour Les Faussaires (2008).  Depuis, il semble néanmoins vouloir remonter le court du temps, en ayant d’abord réalisé un petit conte familial (Lili la petite sorcière, le conte et le livre magique, 2009) , une série B enneigée soutenue par un casting prestigieux (Cold Blood, 2012) pour, de façon inattendue, revenir aujourd’hui concourir à l’Étrange Festival avec un film ayant pour ambition de mettre l’Autriche sur la carte des amateurs de films de genre.  Cold Hell (en VO Die Holle qui signifie l’enfer, le Cold n’ayant guère de sens ici si ce n’est pour créer un lien artificiel avec le précédent film) surfe sur la vague des films d’action menées par des héroïnes dont les techniques de combat et les compétences avec des armes à feu n’ont rien à envier aux hommes. Pour son premier rôle, Violetta Shurawlow (Özge Dogruol) entre ainsi dans le petit cercle des héroïnes badass parmi lesquelles on compte notamment à Salma Hayek (Everly) Charlize Theron (Atomic Blonde, Mad Max Fury Road) ou encore Gina Carano (Haywire). Ceci étant, ceux qui attendent le même genre de performance et de films dédiés à l’iconisation de leur personnage féminin, en seront pour leurs frais.

cold hell image cliff and co.jpg

Certes, Cold Hell contient son petit lot de scènes permettant à Violetta de démontrer sa maîtrise de la boxe thaïlandaise mais son cœur se situe à notre sens ailleurs, dans le portrait de ce personnage à mille lieues de celles auxquelles on pensait pouvoir le comparer et dans ce qu’il dit du contexte social en Autriche. A l’exact opposé du glamour chicissime d’Atomic Blonde (David Leitch, 2017), Cold Hell nous invite dans une Autriche machiste et raciste, où il ne fait pas bon être une femme, encore moins lorsque l’on est d’origine étrangère. Le coût d’un seul des manteaux de Lorraine suffirait par ailleurs à Özge pour renouveler sa garde robe et payer plusieurs mois du loyer du modeste appartement dans lequel elle vit.  Si elle est devenue une experte en boxe thaïlandaise, on devine que c’est surtout par nécessité, pour apprendre à se défendre. Sa barque est en effet pour le moins chargée: un père abusif, un boulot de chauffeur de taxi dans les chaudes uits viennoises, une vie sentimentale inexistante… Dans son travail, comme dans sa vie, elle est la cible constante de remarques racistes ou misogynes. Apercevoir depuis sa petite fenêtre sur cour la silhouette d’un tueur venant d’achever sa victime fera pour de bon basculer sa vie dans un cauchemar. Que l’héroïne soit d’origine turque, que la police refuse d’abord de lui venir en aide, en raison notamment de ses origines, n’est évidemment pas innocent dans un pays dans lequel l’extrême droite est aussi présente.

cold hell image cliff and co 2.jpg

Dans sa volonté de donner du sens au parcours de son héroïne, d’impliquer le spectateur dans sa lutte pour survivre plutôt que de ne se reposer que sur ses scènes d’action, le film a au moins quelque chose à offrir de différent, d’assez surprenant même, car plutôt éloigné de ce à quoi on s’attendait. Certes le trait est un peu grossier mais quand tant d’autres films ne se donnent même pas la peine de s’intéresser à leur personnage, il faut saluer cette ambition. Ceci étant, les bonnes intentions du film et le charisme de son actrice débutante, ne suffisent pas à masquer les carences du scénario et les limites de son metteur en scène lorsqu’il s’agit d’entrer dans le dur, dans la série B nerveuse qui froisse des tôles et brise des os. Premier problème de taille; le bad guy, pilier sans lequel un tel édifice devient extrêmement bancal, est d’une inconsistance qui donne le vertige et ses répliques d’une lourdeur embarrassante, sauf à ne pas avoir compris sa vision de la femme et souhaiter qu’il nous l’explique. Lorsqu’il s’agit que son chemin croise celui de Özge ou qu’elle retrouve sa trace, le récit avance au prix de facilités scénaristiques qui font sourire. Stefan Ruzowitzky se rappelant qu’il voulait initialement faire un film de genre qui puisse concurrencer les collègues américains et asiatiques, a manifestement l’intention d’en venir directement au but, quitte notamment à mettre les coïncidences de son côté afin que son héroïne et son antagoniste se retrouvent plus rapidement, sans avoir besoin de faire preuve de beaucoup de ruse. Par ailleurs, une fois entré dans le vif du sujet, les courses poursuites et bastons, très peu lisibles et assez cheap, n’ont que peu d’impact, à l’exception notable d’une qui fait prendre des risques insensés à son actrice. Cold Hell est en somme un film qui rêve de ce qu’il n’est pas, qui titube dès lors qu’il sort du drame et de la chronique sociale pour montrer ses gros bras. Il parvient au moins à une chose: révéler et imposer une actrice dont on n’oubliera pas le visage et dont on suivra la carrière avec attention.

Cold-Hell-Poster cliff and co

Titre Original: DIE HOLLE

Réalisé par: Stefan Ruzowitzky

Casting : Violetta Schurawlow, Tobias Moretti, Robert Palfrader

Genre: Thriller, Action 

Date de sortie: Prochainement

Distribué par: –

2,5 STARS MOYEN

MOYEN

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s