Analyse

C’est l’histoire d’un film : LE GRAND PARDON

SYNOPSIS: Armé de ses jumelles, le commissaire Duché surveille de sa voiture la réception donnée à la villa de Raymond Bettoun. Ce dernier dirige le clan des juifs pieds-noirs, qui règne en maitre dans le milieu du racket. Duché n’a jamais réussi a confondre la famille Bettoun. Mais dans l’ombre, Pascal Villars a juré la perte des Bettoun. Il va réussir à dresser le clan des Arabes contre celui des Juifs. 

Après le succès inattendu de son premier film Le Coup de Sirocco en 1979, Alexandre Arcady a les cartes en main pour faire ce qu’il veut. Son premier désir est de retrouver Roger Hanin avec qui le courant est passé malgré le caractère en acier trempé du comédien. Le déclic de ce nouveau projet se fait à la lecture d’un article dans Le Nouvel Observateur consacré à l’arrestation de William Zemmour, abattu par la police au bar Le Thélème. Le gangster bénéficie d’un enterrement digne d’un Al Capone et tout de suite le réalisateur y voit tous les ingrédients d’un bon polar et souhaite s’atteler à un scénario inspiré de cette saga. Pour raconter l’ascension et la décadence d’une famille unie dont le désir est d’« exister et se faire respecter », Arcady s’adjoint les services de Daniel Saint-Hamont et Alain Le Henry. L’ambition est claire et assumée : Réaliser un Le Parrain à la française quand bien même le réalisateur se verrait taxer de trop grandes similitudes. « On est parti sur 52 personnages et il fallait les gérer à la fois les rôles principaux, les rôles secondaires… faire en sorte que la génération de Berry-Darmon s’affronte… Un gros travail avec des difficultés scénaristiques qu’il fallait résoudre au fur et à mesure parce qu’on était un peu novices et qu’on ne savait pas bien faire les choses. On a fait un peu le tour de Paris pour trouver des co-producteurs, car je ne me sentais pas les épaules assez solides pour le faire seul à l’époque. » Trouver un producteur avec un tel sujet n’est pas chose aisée. Arcady finit par trouver en Ariel Zeitoun et la Gaumont des partenaires sûrs qui le comprennent.

Malgré la pression de la famille Zemmour et un budget serré, Arcady parvient malgré tout à réunir une distribution très prometteuse autour de Roger Hanin. La nouvelle génération  est en force au générique. Richard Berry en fils Bettoun avide de pouvoir qui méprise son cousin Roland (Gérard Darmon, découvert au théâtre), Bernard Giraudeau en braqueur aux motivations troubles, Clio Goldsmith en tentatrice, Richard Bohringer en truand redoutable, Anny Duperey en infirmière dévouée plus quelques autres (Sam Karmann, Jean Benguigui et une grande partie de la famille de cinéma avec laquelle Arcady s’entourera par la suite…) campent les personnages centraux du film. Pour le rôle de Jacky Azoulay, Hanin présente à Arcady et ce malgré ses réticences, un jeune acteur qui immédiatement tape dans l’œil du metteur en scène et qui crèvera l’écran dès sa première scène avec sa faconde et son accent pied-noir : Jean-Pierre Bacri. Manquent à l’appel Richard Anconina qui a décliné le rôle de boxeur poids plume écrit pourtant spécialement pour lui et Patrick Bruel qui a tout fait pour figurer au générique mais à qui Arcady ne parvenait pas à trouver une place à regret. D’autres comédiens à la stature plus affirmée figurent aussi au générique: Jean-Louis Trintignant en commissaire obsédé à faire tomber Bettoun (antisémite de surcroît qui n’hésite pas à lancer au chef du clan « Je ne vous aime pas Bettoun. Vous sentez l’huile et j’ai l’odorat délicat ») ou encore Robert Hossein en truand rival.

Dans Le Grand Pardon, la famille Bettoun est richissime et cette richesse est symbolisée par l’immense demeure ou a lieu le tournage à Evêquemont et qui représente bien la réussite et la puissance de la famille. La première demi-heure du film nous fait découvrir les Bettoun sous leur aspect sympathique lors d’une fête de famille, une circoncision, où un véritable rabbin apparaît à l’écran. La bonhomie des uns, la dureté méditerranéenne des autres, les personnages sont caractérisés par couches successives grâce à une écriture efficace qui va droit au but sans circonvolutions superflues. La réussite du film réside entre autres dans l’attachement que l’on ressent envers eux quels que soient leurs défauts ou l’illégalité de leurs activités. Arcady parvient à faire un véritable spectacle où la violence et l’action et l’humour et l’émotion s’entrecroisent brillamment. « J’ai voulu conserver le cocasse et la drôlerie du Coup de Sirocco, mais y ajouter une véritable description sociologique  d’une famille de Juifs d’Afrique du Nord, tout en faisant un film policier… J’espère avoir réuni tout cela dans Le Grand Pardon, qui commence comme une comédie dramatique et se termine comme une tragédie… judéo-grecque !  » .

D’une efficacité sans pareille Le Grand Pardon avance ses pions avec maestria et maintient le spectateur en haleine jusqu’à une fin sanglante en apothéose. Pourtant lorsqu’il découvre le film pour la première fois, Roger Hanin est circonspect et annonce à Arcady qu’il pense qu’ils ont fait fausse route et que le film ne marchera pas. Et de conclure : « Et puis quelle idée de terminer sur le visage de ton fils ! » Le 27 janvier 1982 le film sort en salles et pour son premier jour, se retrouve largement en tête au box-office devant Espion Lève-toi d’Yves Boisset avec Lino Ventura, Michel Piccoli et Bruno Cremer. Un succès qui coupe court au froid entre Hanin et Arcady.

Le Grand Pardon réunira au final plus de deux millions de spectateurs et confirmera le talent d’Arcady pour réussir un cinéma populaire pas toujours exempt de facilités mais qui parle au public. Dix ans plus tard, Alexandre Arcady retrouvera son trio central Hanin-Berry-Darmon pour Le Grand Pardon 2. Délocalisé aux Etats-Unis, cette suite ne parviendra pas à retrouver la magie du premier film, laissant les Bettoun encapsulés dans le faste des années 80.

Retrouvez notre interview dAlexandre Arcady ici

Bibliographie:

7 Rue du lézard – Alexandre Arcady Editions Grasset

Première 58 Janvier 1982

Bonus DVD Le Grand Pardon StudioCanal – Réalisation Jérôme Wybon

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