ENTRETIENS

LES GRANDES GUEULES DU CINÉMA FRANÇAIS (Entretien avec Philippe Lombard) « C’est une histoire du cinéma français…. »

Philippe Lombard est de retour sur les étals des librairies avec un livre consacré à quatre grandes figures du cinéma français: Jean Gabin, Lino Ventura, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Dans Les Grandes Gueules du cinéma français qui sort chez Hugo Doc, c’est à un voyage fascinant au cœur du cinéma français, des années 1950 à la fin des années 1970, -qui voient la production de films cultes (Ascenseur pour l’échafaud, Le Gorille vous salue bien, Plein soleil, Le Président, Les Tontons flingueurs, Cent mille dollars au soleil, Le Deuxième Souffle, Paris brûle-t-il ?, Les Aventuriers, La Piscine, Le Cerveau, Le Clan des Siciliens, Borsalino, Un Flic, Deux hommes dans la ville, L’Affaire Dominici…) et l’émergence de nouvelles grandes gueules du cinéma français face à un Jean Gabin de retour au premier plan-, auquel nous convie Philippe Lombard. On lui a demandé comment il a travaillé sur ce projet. Entretien.

La première édition de ce livre date de 2012. Comment est née l’idée de cette réédition ?

Il n’était plus commercialisé par L’Express-Roularta et j’avais envie de lui donner une seconde chance. C’est un des livres sur lequel j’ai eu le plus de retours de la part des lecteurs. Des retours enthousiastes, évidemment ! J’en ai parlé à mon éditeur chez Hugo Publishing (avec qui j’avais fait notamment un livre sur Michel Audiard) et il a été séduit par l’idée.

Y’a-t-il eu des ajouts entre les deux éditions ?

Non, pas vraiment. C’est à 95 % le même livre. J’ai ajouté deux ou trois infos mais pas plus. J’ai cité notamment une interview du fils de Jean Gabin parue dans Schnock, où il évoquait ce projet dingue d’Henri Verneuil : il voulait réunir Gabin, Ventura, Delon et Belmondo ! L’histoire tournait autour d’un vieux conflit entre deux familles en Bretagne, ravivé par une femme… Faye Dunaway ! Malheureusement, le « Vieux » est mort.

Les 4 comédiens qui forment l’ossature de ce livre se sont-ils imposés d’emblée ou bien d’autres auraient-ils pu y figurer à leur place ?

Je pense qu’ils forment une sorte de « club » très fermé. Il y a eu d’autres stars en France à leurs différentes époques, mais il me paraît difficile d’y incorporer Yves Montand, Bourvil ou Jean Marais. Ils sont tous les quatre différents mais ils se ressemblent quand même. Ils incarnent une certaine idée de la masculinité, de l’autorité. Ils ont beaucoup œuvré dans les mêmes genres, incarné des flics et des voyous, des aventuriers… Quand Delon dit : « Gabin aurait pu avoir un jeune frère spirituel, c’était Lino Ventura, et puis deux fils, Jean-Paul et moi »,  il n’a pas tout à fait tort.

Qu’est ce qui te touche chez chacun de ces 4 acteurs ?

Leur authenticité. Ce sont des interprètes et ils n’étaient sans doute pas tout à fait dans la vie ce qu’ils étaient à l’écran mais on y croit. Le plan final de Deux hommes dans la ville, quand Gabin regarde Delon qui va être guillotiné, c’est à pleurer tellement c’est beau, c’est vrai. Après, la rigidité morale de Ventura, même quand il fait un truand, est très drôle. La fantaisie alliée à un certain je-m’en-foutisme de Belmondo est irrésistible. L’autorité et l’ironie de Gabin vont de pair. Et le magnétisme et l’ultra-sensibilité de Delon me donnent la chair de poule.

Comment s’est construit le sommaire du livre et notamment les films évoqués ?

Très vite, j’ai voulu raconter l’histoire chronologiquement, c’est vraiment « il était une fois… « . L’idée était de traiter principalement les films qu’ils ont fait les uns avec les autres : Touchez pas au grisbi (Gabin-Ventura), Sois belle et tais-toi (Belmondo-Delon), Classe tous risques (Ventura-Belmondo), Mélodie en sous-sol (Gabin-Delon), etc. Mais aussi d’évoquer d’autres titres, ceux qu’ils ont failli faire, ceux qui les ont fait connaître (comme À bout de souffle pour Belmondo) et ainsi de suite. C’est assez passionnant à écrire, on voit vraiment l’évolution de chacun. Comment Ventura se fait remarquer puis oublie le cinéma avant que Gabin ne le rappelle pour un autre film. Je découvre que Delon et Belmondo « explosent » au même moment, la même semaine, en mars 1960, c’est fou ! Le premier avec Plein soleil, le second avec À bout de souffle. C’est une histoire du cinéma français.

Le livre est émaillé de nombreuses anecdotes. Comment as-tu collecté et recoupé toutes ces petites et grandes histoires ?

Je lis beaucoup de livres de cinéma. Les mémoires de José Giovanni, Jacques Deray, Gilles Grangier ou Georges Lautner sont passionnants. J’ai aussi fait des recherches aux archives de la Cinémathèque où j’ai consulté des scénarios. Celui de Touchez pas au grisbi est intéressant car on découvre que dans la scène où Lino apparaît, il était censé embrasser passionnément Jeanne Moreau. Or, ce n’est pas le cas à l’écran. Ça prouve que, déjà, sur son premier film, il est ferme, il sait ce qu’il veut ou ne veut pas, il refuse d’embrasser sa partenaire comme il le fera tout au long de sa carrière. Le devis du film (dans un dossier de demande de crédit) permet aussi de voir ce que gagnent les acteurs et ce que parvient à obtenir Ventura, qui est alors un total inconnu. J’ai rencontré aussi Claude Pinoteau, assistant sur Un singe en hiver, Mélodie en sous-sol et 100 000 dollars au soleil, c’était très intéressant. Il est mort la semaine où sortait le livre…

Quand on écrit un récit de cet acabit, comment faire la part entre les citations, la rédaction qui laisse la part libre à une certaine interprétation et la liaison entre les différentes périodes qui se croisent. En bref, quelle a été ta recette ?

La « recette », si « recette » il y a, c’est de ne pas ennuyer le lecteur, d’être le plus fluide et le plus intéressant possible. Il faut trouver un équilibre.

Comment as-tu déterminé la période sur laquelle allait s’étendre le récit ?

Le début de cette histoire, pour moi, c’est Touchez pas au grisbi, qui marque le retour en grâce de Jean Gabin et les débuts de Lino Ventura. À l’origine, je voulais terminer mon récit à l’époque où je l’écrivais et je me suis rendu compte, en cours de route, qu’après la mort de Gabin en 1976, il n’y avait plus grand-chose à raconter. Ils ne font plus de films ensemble (si ce n’est Une chance sur deux avec Belmondo et Delon en 1998) et puis, ce n’est plus la même époque. Avec la disparition de Gabin, c’est la fin d’une ère et c’était bien de s’arrêter là.

Quels sont tes films préférés dans ceux que tu évoques et pour quelles raisons ?

Je dirais Un singe en hiver pour l’ambiance et le duo Gabin-Belmondo et Le Clan des Siciliens dont je ne me lasserai jamais, je crois !

Est-ce que le cinéma que tu évoques dans tes livres existe encore ?

Non, évidemment. C’était un cinéma français très fort, très implanté. Quand on pense que Le Marginal a battu Le Retour du Jedi en 1983, c’est inimaginable aujourd’hui. Le cinéma a changé, le star-system a évolué, ce n’est plus tout à fait la même chose. Il ne faut pas forcément le regretter. Les « valeurs » de virilité et d’héroïsme véhiculées par Belmondo and co fonctionneraient sans doute moins bien aujourd’hui, de toute façon.

Aujourd’hui qui sont les grandes gueules du cinéma français ?

Il y en quelques unes : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Guillaume Canet, Pierre Niney, Romain Duris… Après, il ne faut pas faire de comparaisons, qui me semblent un peu stériles. Quand ils sont devenu des vedettes, Belmondo et Delon ont tous les deux été qualifié de « Nouveau James Dean« . Donc, c’est un peu vain…

Quels sont tes projets à court et moyen terme ?

Je sors en novembre Ça s’est tourné près de chez vous chez La Tengo, une histoire des faits divers adaptés par le cinéma français, et je prépare un autre livre dans la même collection qui sortira dans un an. J’ai aussi un livre consacré à un grand acteur français chez Hugo. Un indice : il fait partie des quatre Grandes Gueules du cinéma français… Et j’ai aussi terminé un récit personnel consacré aux liens que j’ai entretenus avec Belmondo tout au long de ma vie en tant que spectateur. C’est un livre auquel je tiens particulièrement et que j’espère publier.

Propos recueillis par Fred Teper

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