Critiques Cinéma

PLEASURE (Critique)

SYNOPSIS: Une jeune suédoise de 20 ans arrive à Los Angeles dans le but de faire carrière dans l’industrie du porno. Sa détermination et son ambition la propulsent au sommet d’un monde où le plaisir cède vite la place au risque et à la toxicité.

Le milieu du porno a toujours inspiré de la fascination, des remous, de l’hostilité ; des sentiments très contradictoires pour une industrie particulière. Le cinéma ainsi qu’une poignée de séries se sont risquées à le filmer pour des représentations parfois subjectives, parfois clichées, d’un milieu aux multiples facettes. Tant émancipateur et féministe que parfois exploitant le corps de ses acteurs et actrices, c’est un milieu que la suédoise Ninja Thyberg avait déjà filmé dans le court-métrage Pleasure, et qui devient ici un long-métrage, distribué par The Jokers en France. Premier rôle de la jeune Sofia Kappel dans un personnage incandescent et difficile, Pleasure joue la mélodie de l’ascension au sommet d’une jeune femme, Bella souhaitant percer dans le milieu du porno. Plus ou moins aidée par ses colocataires et les différents collaborateurs qui se pressent sur son passage, Bella va donc tutoyer les sommets mais se confronter à des réalités parfois difficiles et violentes – voire même traumatisantes. Ninja Thyberg déclare en interview qu’elle voulait proposer un » female gaze » en réponse au » male gaze » habituel. Il est vrai que quand l’on retire la merveilleuse The Deuce, produite et réalisée en partie par Maggie Gyllenhaal qui y jouait le rôle d’une réalisatrice pionnière du porno, rares sont les représentations féminines et féministes d’une industrie connue pour son exploitation du corps des femmes, et les mauvais traitements qu’elles subissent sur les plateaux et en-dehors (harcèlement, menaces…). Le résultat sous la caméra de Thyberg semble plus authentique, plus brutal aussi, notamment avec cette séquence éprouvante où Bella se fait violenter devant la caméra, et se fait culpabiliser derrière par le réalisateur. Une scène par ailleurs filmée à la première personne, élaguant de manière bienvenue une partie de la violence de la scène. Cette emprise psychologique implacable guide le film : qu’elle soit débutante ou au sommet, Bella sera constamment sous le contrôle de personnes plus puissantes qu’elles.


En adoptant une structure classique empruntée à celle de « l’American Dream », avec ses allié.e.s, ses rivales et les patrons à impressionner, on peut comprendre que Thyberg voulait raccorder le rêve de Bella à celui de n’importe quelle autre artiste. En tenant de le subvertir pour le plier aux codes du porno, où le ticket pour la gloire consiste non pas à chanter sur scène, mais à tourner une vidéo de double pénétration anale, le film a du mal à s’extirper de sa structure déjà vue où chaque scène se devine très en amont. Le climax du film se révèle à ce titre percutant mais également décevant dans sa manière de filmer chaque interaction féminine pour l’amener à l’échec ; loin de l’affiche française par exemple, qui mettait en avant l’entraide sororale du milieu.


Plus globalement, même si l’on peut comprendre que le porno est un milieu très compétitif, Thylberg ne filme que des interactions négatives entre les femmes, à la notable exception du seul tournage d’un porno féministe dans lequel Bella joue, et qui est labellisé plus « safe » que les autres, comme pour montrer que oui, une éthique existe dans ce milieu, au-delà des multiples clauses signées par les actrices en début de tournages. A force de vouloir montrer les bons comme les mauvais côtés de l’industrie, la réalisatrice suédoise, initialement anti-porno avant de plonger dans ce milieu plus en profondeur pour nuancer ses opinions, se fait rattraper par ses à-priori. On sort du film groggy par ses multiples niveaux de violence, et par la conviction qu’il n’ajoute pas grand-chose aux discussions actuelles. Et pourtant, lorsque Thylberg filme ces discussions racistes qui objectifient honteusement les acteurs et actrices noires, on devine que davantage que les rapports compliqués entre réalisateurs et actrices, les discriminations et inégalités auraient pu être un enjeu encore plus fort de Pleasure. Pour conclure, les intentions étaient bonnes, le casting et la mise en scène également. Mais il manque à Pleasure une substance qui est absente du film à cause de son script trop timide et de son absence de radicalité.

Titre Original: PLEASURE

Réalisé par: Ninja Thyberg

Casting: Sofia Kappel, Revika Reustle, Evelyn Claire…

Genre: Drame

Sortie le:  20 Octobre 2021

Distribué par: The Jokers

MOYEN

 

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