HALL OF FAME

HALL OF FAME – Jean-Paul Belmondo (1933-2021) : BELMONDO N’EST PAS MORT !

Et voilà… On a beau savoir que personne n’est immortel, on en oublie pourtant que certains peuvent mourir. Jean-Paul Belmondo était de ceux-là.  » Bébel  » est parti. Depuis l’annonce de son décès, je vois mes réseaux sociaux se couvrir de photos de lui, de messages d’amour, de « merci »… Je touche des yeux ce que je savais déjà : Belmondo a profondément marqué son époque, nous sommes nombreux à avoir grandi avec lui et à l’aimer profondément. Si ce texte est écrit essentiellement à la première personne, c’est que je n’ai pas trouvé de manière plus honnête pour lui rendre hommage que d’en faire un récit personnel. J’ai rencontré Jean-Paul quand j’avais 6 ans. Une rencontre en sens unique puisqu’il s’appelait Joss Beaumont et qu’un écran de télévision nous séparait. J’entendais, ressentais et étais fasciné par tout ce qui défilait devant mes yeux. Lui ne me voyait pas, ne m’entendait pas, et j’avais beau lui gueuler qu’il aille plus vite vers ce putain d’hélicoptère, rien à faire… Mon héros meurt à la fin du film, tu parles d’une rencontre ! Mon amour pour  » Bébel  » a été instantané. Je ne comprenais pas grand-chose à l’histoire mais lui me subjuguait. Et mes parents étaient ravis, ils avaient enfin trouvé une solution pour que je me tienne tranquille : la solution s’appelait Belmondo.

Dès lors, tout ce qui passait à la télé ou existait dans les vidéo-club portant le nom de Jean-Paul Belmondo avait mon intérêt. J’ai appris à connaitre « Bébel« , le comédien populaire enchainant les divertissements de haute tenue qui enchantaient le petit garçon que j’étais alors. Dans les années 80, nous n’avions pas encore les Marvel ou DC pour nous amener au spectacle. Nous avions Star Wars, Indiana Jones et autres grands divertissements américains… et nous avions Belmondo. Il a été notre super-héros, le mec qu’on avait envie d’être, celui qui nous impressionnait par ses cascades et ses bons mots. Il était la réponse à cette fichue question qu’on nous posait sans cesse à l’école.  » – Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? – Je veux être Belmondo « . Je lui dois un énorme merci. Par lui, avec lui, j’ai fait ma culture cinématographique. Les noms associés à Jean-Paul ont suscité ma curiosité. Et quand tu as Belmondo comme fil conducteur, tu t’intéresses alors au cinéma de Lautner, Melville, Verneuil, Lelouch, de Broca, Godard, Deray, Truffaut, Rappeneau, Sautet, Resnais, Oury, De Sica, Zidi, Malle, Chabrol, Labro, Becker, Giovanni… Tu cherches aussi à « écouter » du Michel Audiard. Et puis il y avait les autres comédiens qui partageait ses affiches… Grâce à lui, j’ai vu mes premiers Gabin, Ventura, Delon, Deneuve, Girardot, Bourvil… Un sacré guide, une sacrée carrière !


Il y a justement plusieurs choses qui m’impressionnent dans ce foisonnant parcours que j’ai découvert un peu à l’envers. D’abord, sa richesse. Dès sa reconnaissance dans A bout de souffle en 1960, Belmondo a navigué entre cinéma d’auteur et cinéma populaire avec une aisance incroyable, apportant une modernité de jeu qui en inspirera plus d’un. Ensuite, c’est bien sûr ce lien qu’il a tissé avec les spectateurs au fil des ans. Un lien rare, précieux. A partir du moment où il est devenu  » Bébel  » (après l’échec de Stavisky au milieu des années 70), il a créé un rendez-vous avec ses spectateurs comme peu de comédiens pouvaient en donner. Pour certains, il est tombé dans la facilité et s’est un peu perdu. Pour d’autres (comme moi), il a assumé un statut que rarement les comédiens ont pu et su acquérir. Tel un cadeau de la vie qu’il a honoré avec envie et gratitude, Belmondo est entré dans nos vies. « Bébel » faisait partie de nos proches, tel un pote qu’on allait retrouver une ou deux fois dans l’année en répondant présents en masse aux rendez-vous qu’il nous donnait. Et c’était formidable ! Enfin, il y a le théâtre. Là où il a appris son métier et là où il est revenu quand les spectateurs ont répondu moins présent au cinéma. J’ai eu la chance de le voir deux fois sur scène et je m’en souviens encore. Il rayonnait, retrouvait ce plaisir du contact immédiat avec les spectateurs, enchainant les univers variés (Dumas, Rostand, Feydeau, Schmitt). Belmondo était redevenu un jeune homme, le même qui 30 ans avant sa remontée sur scène se voyait porté en triomphe par ses camarades du Conservatoire tandis qu’il adressait un bras d’honneur aux membres du jury qui ne lui avait décerné qu’un simple accessit. Et le jeune homme savait encore séduire les réalisateurs qui n’étaient pas de sa génération tels Blier, Leconte ou encore Klapisch. Putain d’AVC ! Parce qu’il avait encore à donner. Même diminué, il restait beau, rieur et la caméra l’aimait toujours.

Belmondo, c’était la classe, le charisme, la simplicité, la liberté, le sourire. Un sourire gravé en permanence sur son visage malgré les épreuves et qui m’a fait relativiser beaucoup de choses dans ma vie. Belmondo, ce sont des moments de cinéma formidables. Il y en a beaucoup qui se bousculent dans ma tête : la fin du Professionnel , la nuit de beuverie avec Gabin ou la scène de tauromachie avec les voitures dans Un singe en hiver, les allers-retours entre François Merlin et Bob Saint-Clar dans Le magnifique, le dialogue face caméra au début d’A bout de souffle, les déguisements de L’incorrigible, l’apprentissage du bonjour dans Itinéraire d’un enfant gâté, les duos avec Bourvil dans Le cerveau, Delon dans Borsalino, Ventura dans Cent mille dollars au soleil et les scènes d’action de Peur sur la ville, Le casse, Le professionnel, L’homme de Rio ou Le marginal... Belmondo, on peut bien sûr s’aider des titres de ses films pour lui coller un qualificatif mais tous les mots sont bien en-dessous de ce qu’il représente vraiment à mes yeux, alors il est temps de terminer ce texte pour aller retrouver Jean-Paul là où il est à jamais vivant : sur un écran. Fort, rieur, émouvant, virevoltant, sincère… éternel. Quand je vous dis qu’il est un super-héros.

Jean-Philippe Certa

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