Critiques Cinéma

9 JOURS A RAQQA (Critique)

SYNOPSIS:  Leila Mustapha, 30 ans, ingénieure en génie civil, trois fois major de sa promotion, est la jeune maire de Raqqa, l’ancienne capitale autoproclamée de l’état islamique en Syrie. Plongée dans un monde d’hommes, elle a pour mission de reconstruire sa ville en ruines après la guerre, de réconcilier et d’y instaurer la démocratie. Une mission hors normes. Une écrivaine française traverse l’Irak et la Syrie pour venir à sa rencontre. Dans cette ville encore dangereuse, elle a 9 jours pour vivre avec Leila et découvrir son histoire.

Peu de villes portent de façon contemporaine des vestiges de luttes idéologiques et terriblement sanglantes comme Raqqa. Alors que l’Occident se remet de ses traumatismes causés par le terrorisme de l’État Islamique en proposant d’autant plus d’idées pour éradiquer le Mal avec un grand M à coup de bombardement sur des zones habitées, Raqqa accuse le coup, parvenant à se libérer de son statut de  » capitale de l’Etat Islamique  » en 2017 à la fin d’une laborieuse et violente bataille. Mais Raqqa est devenu une ville désolée, un gigantesque champ de ruines inhumain et aux immeubles criblés de balles quand ils ne sont pas éparpillés sur les routes. Le nouveau long-métrage documentaire de Xavier de Lauzanne met Raqqa au centre de son exploration de cette gigantesque guerre aux conséquences humaines et matérielles désastreuses, mais prend le parti de se focaliser sur l’Après. Comment une ville (et en parallèle, un peuple tout entier) peut elle se relever d’une telle destruction ? Comment survivre aux stigmates laissés par les exécutions publiques de Daesh sur les principaux ronds-points de la ville, aux privations complètes de liberté des Femmes et à la perte totale d’humanité ? 9 Jours à Raqqa, au-delà d’être un rappel important de la violence terrible dont ont été victimes les syriens, capte cette lueur d’espoir qui renaît des cendres d’une ville fantôme.



Le documentaire suit de façon linéaire le parcours de l’écrivaine française Marine de Tilly voyageant jusque Raqqa dans l’optique d’y rencontrer Leïla Mustapha pendant 9 jours pour recueillir suffisamment de témoignages afin de rédiger une biographie. Mustapha est une figure majeure de la politique actuelle de la reconstruction de la Syrie puisqu’elle est la Maire de Raqqa, co-présidente kurde du conseil civil de la ville dont elle partage la présidence avec Mouchloub Al-Darwic, un homme arabe, dans la volonté de rassembler les différentes ethnies qui composent le peuple syrien sous un même objectif : reconstruire. Dans cette plongée endeuillée et pesante au sein d’une ville catatonique après les immenses traumatismes de sa guerre, on suit le parcours d’une auteure occidentale et de son équipe à travers les fantômes de la mort qui habitent chaque coin de rue et que Leïla Mustapha cherche à effacer sans jamais les oublier. Des ouvriers se mettent à la tâche dans de grands chantiers, des électriciens raccordent les lampadaires, les œuvres d’art urbaines sont nettoyées de toute trace du passage de Daesh.

Mais la Maire met un point d’honneur à placer des éléments marquants des évènements tragiques ayant eu lieu dans la ville en guise de souvenirs de cette époque sombre. Leïla Mustapha, en étant élue Maire de la ville dès la retraite des troupes de l’État Islamique, se retrouve avec la responsabilité de blessures à panser, de martyrs à honorer et d’une ville toute entière à faire se relever. Le documentaire de Xavier de Lauzanne se montre ainsi particulièrement prenant et inspirant dans la place centrale qu’il laisse à cette figure d’héroïne moderne, à la modestie et à l’application impressionnante qui donne à son travail sans compter les heures de sommeil qu’elle perd, et qui même en proie à la maladie ne manque pas une seule réunion. Et si elle est aussi intéressante à suivre, c’est surtout car elle nourrit la Raqqa d’après-guerre d’une véritable modernité. En laissant encore plus de place aux femmes, aux gens du peuple, à toutes les ethnies et à toutes les religions au sein du conseil civil et des présidences et institutions de la ville, Raqqa renaît dans la lumière face à l’âge sombre de la déshumanisation, de la bestialité et de la représentation armée d’un ancien monde. De par cette idée, 9 Jours à Raqqa présente la ville éponyme comme un lieu à l’ouverture exemplaire et à la volonté de fer pour contrer les messages ignobles de ceux qui ont détruit ses rues et ses paysages via Leïla Mustapha et sa bienveillante humanité.



En montrant l’histoire de la ville par ses aspects les plus violents et les plus cruels avec l’aide d’images d’archives, de journaux télévisés et d’interventions politiques occidentales, 9 Jours à Raqqa met en images la renaissance de la modernité face à la sauvagerie primaire dont elle a été victime. A travers la figure d’une Femme forte et profondément inspirante qui fournit au film un aspect infiniment humaniste et féministe, Xavier de Lauzanne signe un documentaire saisissant et impactant sous la musique originale d’Ibrahim Maalouf. Par le destin extraordinaire de cette ingénieure trois fois majeure de sa promo devenue Maire d’une ville symbole de la volonté d’une humanité décidée à retrouver ses principes et son calme en unissant ses peuples en un unique peuple syrien, ces 9 Jours à Raqqa en forme d’ode à la liberté paraissent bien exténuants, placardant son silence assourdissant et ses stigmates horribles d’un passé tragique sur les murs dévastés de ses immeubles détruits, mais finissent par laisser in extenso la place à l’espoir.

 

 

Titre Original: 9 JOURS A RAQQA

Réalisé par: Xavier de Lauzanne

Casting : Leila Mustapha

Genre: Documentaire

Sortie le: 08 septembre 2021

Distribué par: L’Atelier Distribution

TRÈS  BIEN

 

 

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