Critique Blu-Ray

BACKTRACK A.K.A CATCHFIRE (Critique)

SYNOPSIS: Anne Benton, une jeune artiste de Los Angeles, est témoin d’un meurtre orchestré par la mafia. Elle tente de trouver protection auprès de la police, mais les hommes de main du parrain ont déjà retrouvé sa trace. Anne parvient malgré tout à s’enfuir sous une nouvelle identité. Un tueur à gages nommé Milo est alors engagé pour débusquer et éliminer la jeune femme. Contre toute attente, cet homme sans pitié va tomber amoureux de sa cible…

Vers la fin de sa carrière, peu de temps avant sa mort, ce grand écorché vif de Dennis Hopper avait fini par admettre en interview qu’il avait raté sa chance d’offrir au cinéma américain une œuvre à la hauteur de ses aspirations. Un aveu qui, au vu de l’ambition artistique qui fut la sienne au moment de la sortie d’Easy Rider en 1969, se veut une justification de la tenue erratique qui caractérisa la suite de sa filmo en tant que réalisateur. Car le bonhomme, artiste total avant d’être un acteur hollywoodien abonné aux rôles de bad guys, s’enfonça plus d’une fois dans l’alcoolisme et les excès de poudre dans le pif, tout en s’en allant plus d’une fois retrouver ses premiers amours, à savoir la peinture et la photographie. On peut ainsi se réjouir de voir Backtrack (alias Catchfire, alias Une trop belle cible en VF) bénéficier d’une sortie Blu-Ray, tant ce film maudit traduit aussi bien le chaos artistique de son créateur que l’influence de l’art contemporain sur son travail. Tourné en 1989 entre le polar Colors et le film noir sulfureux Hot Spot (les deux seules réussites de sa fin de carrière), ce petit polar romantico-arty aura connu un destin pour le moins malheureux, Hopper ayant été dépossédé de son montage d’origine par des producteurs en difficulté financière qui s’empressèrent alors de remonter le film dans son dos. Ce qui valut au film d’être désavoué par son propre auteur puis signé du prête-nom Alan Smithee (dont l’utilisation se passe désormais de commentaires), et de rester encore aujourd’hui le plus mauvais souvenir d’actrice de Jodie Foster (si l’on en croit ces déclarations au magazine Première en avril 2002).



Aujourd’hui visible dans ses deux montages (le remontage des producteurs et le director’s cut voulu par Hopper), que peut-on dire sur Backtrack ? Déjà qu’on a moins affaire à deux montages divergents qu’à deux films différents, explorant le même récit avec un réagencement des scènes qui lui donnent un sens précis dans les deux cas. Sur un thème aussi peu novateur que celui du témoin en fuite traqué par un tueur, Dennis Hopper n’offre de véritable plus-value qu’en offrant aux deux personnages principaux des sensibilités artistiques. L’héroïne, Anne Benton (Jodie Foster), est ainsi une jeune artiste de Los Angeles qui crée des slogans publicitaires à base d’électrodes luminescentes (LED). De son côté, le tueur, Milo (Dennis Hopper), éprouve une fascination totale pour l’art contemporain. La première apparition de ce dernier se fait d’ailleurs dans une galerie d’art où sont exposées les œuvres d’Anne, et certaines de ses scènes sont construites en écho à sa passion : jouer du saxophone sur fond du Jardin des délices de Jérôme Bosch, attaquer à la pioche cette masturbation intellectuelle relative à l’art conceptuel, observer une gigantesque statue de papier brûler lors d’un étrange rituel mexicain, taper la causette avec un artiste (Bob Dylan !) usant de la tronçonneuse sur des sculptures en bois, etc… Sans parler d’une mise en scène stylisée, amplifiée par la très belle photo d’Ed Lachman (Virgin Suicides), qui installe assez souvent un beau système d’éclairages au néon (voir cette salle de théâtre texane où Anne trouve refuge durant sa fuite). La force de Backtrack est très clairement à glaner dans ce goût de Hopper pour l’amplification picturale et plastique, déjà à l’œuvre dans The Last Movie et raccordée ici aux enjeux d’une intrigue de film de gangsters sous forme de slogans cryptiques, intégrés dans tel ou tel élément de décor à des fins narratives.



C’est pourtant sur le plan du scénario que les choses se gâtent. Quand bien même les outils choisis par Milo pour traquer et retrouver Anne sont assez originaux (là encore, les indices résident dans l’art), la suite du récit, orientée sur une love-story pour le moins incongrue, mettent en branle les fondations stimulantes du film. Toujours plus incohérent et invraisemblable à mesure que la jeune traquée se met soudain à s’enticher de celui qui était sensé la tuer, Backtrack filme une amourette dont aucun des choix de montage ne vient appuyer un quelconque souci de logique ou d’évolution psychologique. A-t-on affaire à la peinture d’un syndrome de Stockholm ou à une tactique sournoise qui révélerait in fine son double fond ? Hopper laisse hélas ces deux hypothèses s’évanouir au fil d’une fuite amoureuse tout à fait banale, épicée de sous-intrigues sans intérêt à base de gâteaux roses et d’agneau blessé (?!?), et épice certaines scènes très codifiées par des ajouts totalement injustifiés. Exemple : en pleine poursuite héliportée dans les Rocheuses, Milo se met soudain à faire un cours à Anne sur la formation des reliefs il y a plusieurs siècles ! Cette intrigue plus ou moins absurde s’achèvera non pas sur une impasse mais sur une fausse confrontation explosive dans une raffinerie qui, en plus d’offrir l’une des pires incrustations 3D jamais vues sur un écran, ressemble à une porte de sortie expéditive pour un scénario déjà bancal à la base. La director’s cut aura beau ajouter à ce climax une scène supplémentaire qui ressemble déjà beaucoup plus à un vrai happy end, on sent bien que les défauts d’écriture avaient déjà pris racine avant le charcutage imposé par les producteurs. Certaines scènes vont d’ailleurs dans ce sens : par exemple, que ce soit dans une version ou dans l’autre, l’arrivée de deux tueurs mafieux (dont John Turturro) chez Anne donne envie de rire, ne serait-ce qu’en raison d’un cadrage absurde qui devrait rendre la jeune héroïne visible aux yeux des tueurs, et d’un petit chat ridicule qui finit par la sauver en surgissant pile au bon moment.



Les acteurs ne sont pas non plus gâtés dans l’affaire. Si Hopper s’en tire très bien en investissant le seul rôle creusé de l’affaire, ce n’est pas le cas de Jodie Foster, qui traverse tout le film en singeant le faire-valoir sexy dont la garde-robe et les perruques changent plus souvent que les variations de son jeu d’actrice. Limitée à des poses coquines pour utilités qui s’assument (une sortie de douche à poil, une contre-plongée sur sa silhouette qui monte un escalier en nuisette, un enfilage de porte-jarretelle devant Hopper), l’actrice du Silence des Agneaux a pourtant bien plus à défendre que le reste du casting. Joe Pesci joue un gangster boule de nerfs (comme c’est original !), Dean Stockwell parle avec un accent italien à se pendre, Vincent Price se la joue parrain en restant assis sur une chaise, Fred Ward fait la gueule pour rendre justice à sa célèbre mono-expression, et Charlie Sheen réconforte sa copine en lui demandant si elle a envie d’une pizza surgelée ! On se réconfortera en restant focalisé sur la director’s cut, qui inverse et réagence la plupart des scènes, qui biffe ainsi bon nombre de gaffes issues du montage cinéma (le fait de ne plus voir le cadavre de Charlie Sheen dans son lit nous prive ainsi de le voir respirer alors qu’il est pourtant sensé être mort !), qui clarifie un minimum les enjeux du récit (un générique différent qui explicite en off le travail d’Anne, un magnétophone qui sert de journal intime…) et qui rallonge certaines scènes – dont celle de la salle de bain – en misant davantage sur les silences et les non-dits. Plus linéaire et moins compressé, ce montage rallongé d’un quart d’heure n’ôte pas à Backtrack son aura de film maudit et mutilé, mais permet au moins d’accorder le bénéfice du doute à un Dennis Hopper décidément très erratique sur sa fin de carrière.

Test Blu-Ray : Présenté dans ses deux montages, Backtrack s’offre une petite cure de jouvence sur format Blu-Ray. Si le grain d’origine n’a pas complètement disparu, les images font preuve d’une belle netteté par rapport au précédent pressage sur DVD. Côté son, seul le montage cinéma s’offre une VF, et on n’en tiendra pas compte, tant le film se regarde en VO et de (grande) préférence dans sa version director’s cut. Les bonus, en revanche, sont assez frustrants : outre un petit aperçu du tournage (sans intervention ni interview) et une visite guidée de la collection d’art de Hopper, il faudra se contenter d’une discussion entre deux fidèles collaborateurs du défunt cinéaste, qui tente de replacer ce film singulier dans sa carrière et de mettre en avant sa passion de l’art contemporain. Très intéressant en soi, mais sur à peine dix-sept minutes, les anecdotes ne sont pas très nombreuses.

 

Titre Original: BACKTRACK

Réalisé par: Dennis Hopper

Casting : Jodie Foster, Dennis Hopper, Dean Stockwell…

Genre: Thriller, Action, Comédie, Judiciaire

Sortie le: 07 juillet 2021

Distribué par: Carlotta Films

MOYEN 

 

 

 

 

 

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