ENTRETIENS

Entretien avec Diane Kurys : « Il y a un fil conducteur entre tous mes films… »

Pandémie oblige, c’est au téléphone que nous avons rendez-vous avec Diane Kurys à l’occasion de la sortie de plusieurs de ses films en Blu-Ray chez ESC Editions. D’une grande générosité, la réalisatrice de La Baule Les Pins et d’Après l’amour revient sur la parution de ces titres mais également sur une partie de sa riche carrière. Entretien.

Cette collection de titres qui sortent pour la première fois en Blu-ray chez Esc Editions qui en est à l’initiative ?

On voulait Alexandre (Arcady) et moi, faire des coffrets pour nos films, ça fait un petit moment qu’on y pense. Puis on a rencontré Eric Saquet qui nous a proposé de commencer par quelques titres. On espère toujours que ces coffrets verront le jour. Moi j’ai fait 14 films, Arcady 17 je crois, ça prendra un petit peu de temps, mais j’espère qu’un jour on aura la somme de notre travail.

Quelle a été votre implication dans ces éditions ? sur les suppléments ?

Elle a été très importante. D’abord souvent ils font des coffrets des gens qui sont morts. Heureusement on a encore un peu de matériel, on a fait des interviews avec des protagonistes, en l’occurrence pour moi c’était Isabelle Huppert, Nathalie Baye et Anne Parillaud. Je ne sais pas si elles auraient fait les interviews si on ne leur avait pas demandé nous. C’est compliqué. Elles ont toujours des activités multiples, des actualités etc… donc c’était vraiment une chance qu’elles acceptent dans mon cas… J’avais cette fameuse lettre de Roda-Gil que j’ai gardé dans mon bureau et que personne n’arrivait à lire. Il a fallu que je la traduise. Esthétiquement c’est joli, c’est un tableau quasiment.  Et quand je l’ai relue, j’ai trouvé ça très émouvant parce que je l’avais un peu oubliée. Donc il y a des choses comme ça, des photos, des choses qu’on n’a pas perdues. Je n’ai pas beaucoup retrouvé d’interviews, d’anciennes interviews, mais il y en a quand même parce qu’il y a déjà eu des sorties en DVD… Pour ceux qui aiment le film et qui veulent aller plus loin, il y a de quoi les contenter.

D’autres titres sont-ils amenés à rejoindre cette collection?

J’espère bien, je les ais tous proposés. Idéalement, je suppose qu’ils attendent de voir comment vont se vendre les films  mais idéalement, oui, le projet, c’est de sortir tous les autres y compris ceux qui ne sont plus à nous, qui sont notamment à StudioCanal, comme Coup de Foudre. J’ai fait un film que je n’ai pas produit qui s’appelle Je reste, je pense qu’il appartient à TF1, j’espère que Diabolo Menthe qui sorti en blu-ray chez TF1 pourra sortir dans cette collection si il y a un coffret par exemple. J’espère qu’on ressortira tout.

Débuter cette collection par La Baule les Pins, qui est l’un des films miroir de votre enfance. on peut le dire comme ça. est ce que c’est voulu ou bien c’est vraiment un pur hasard?

C’est un choix d’ESC, c’est un choix qu’ils ont fait, je n’ai pas d’impact là dessus. Moi, j’aurais pu les sortir dans l’ordre où ils ont été tournés mais peu importe…

Diriez vous qu’il y a un fil conducteur entre ces trois films, La Baule-Les Pins, Après l’amour et A la folie ?

Il y a un fil conducteur entre tous mes films, même ceux que je n’ai pas écrit, y compris Sagan, y compris Arrête ton cinéma, je suis quand même toujours un peu dans les films… Il y en a qui sont très très directement autobiographiques et il y en a 4 qui racontent quasiment la même histoire, Diabolo Menthe, Coup de Foudre, La Baule-Les Pins, Pour une femme, qui racontent l’histoire de la famille, mes parents, mon enfance, le divorce et ils se répondent parce que ce sont les mêmes personnages mais c’est intéressant car ce ne sont pas les mêmes acteurs évidemment et ce ne sont pas les mêmes périodes et c’est intéressant de voir comment les histoires se répondent et forment comme une saga. A part ça les autres comme Après l’amour, A la folie ou Un homme amoureux sont aussi très autobiographiques qui racontent des moments de ma vie très romancés ou adaptés. Par exemple dans Après l’amour j’ai fait du personnage d’Isabelle Huppert une romancière parce que je n’osais pas en faire encore une cinéaste. Dans Pour une femme, je me suis dit après tout elle fait du cinéma et je me suis de plus en plus lâchée sur le côté autobiographique. A l’époque je considérais que c’était un peu trop impudique, il y avait une réticence à dire que c’était autobiographique pendant quelques années mais avec le temps on finit par accepter d’assumer. Je pense que tous les auteurs parlent d’eux, après c’est des écrans qu’on met entre soi et le monde mais je ne connais pas beaucoup d’auteurs ou de cinéastes qui ne se mettent pas dans les films d’une façon ou d’une autre.

A notre sens, Après l’amour avait des échos des films de Claude Sautet. Est-ce que c’est un cinéma qui vous touchait, qui vous parlait ?

Ah oui oui beaucoup, d’ailleurs j’ai travaillé avec Claude Sautet, c’était au moment de Coup de Foudre. Il a participé au film, il a fait une consultation de trois semaines sur le film à un moment. C’est un souvenir très intéressant. Il y avait toute une partie du scénario que je trouvais perfectible et on a engagé Claude Sautet et il a dit oui ce qui m’a beaucoup étonné, pour je ne sais pas quel montant mais il a accepté de venir travailler… Il a apporté énormément d’émotions, il avait bien compris le sujet, il connaissait bien l’époque aussi car il était plus âgé que nous. Il a apporté les lettres,  c’est lui qui nous a donné le ton des lettres dans les échanges de la fin de Coup de Foudre. Il était au bord des larmes… Il a participé surtout à la dernière partie du film.

Et vous êtes d’accord quand on dit qu’Après l’amour a un peu de l’écho de ses films?

Oui sans doute… Après l’amour c’est mon premier film contemporain, ça a été extrêmement angoissant pour moi de faire ça, j’avais vraiment la trouille. J’étais sans doute influencée un peu par les films que je voyais de lui et le film reflète un peu son temps et c’est la caractéristique du cinéma de Sautet, il reflétait un peu l’esprit des femmes et des hommes de son époque et les thèmes traités, le couple, l’amour, est-ce qu’on peut aimer plusieurs personnes en même temps, tout ça ce sont des thèmes très Sautet, les hommes, les femmes et l’amour. Quand on est inspiré on ne regarde pas les films pour dire « tiens je vais tourner comme ça » ou « je vais diriger les acteurs comme ça », on est juste imprégnés. C’est vrai que ça ressemble plus à Sautet qu’à Truffaut.

Pour parler un peu de la musique qui a une grande importance dans vos films, vous avez justement travaillé avec Philippe Sarde qui était  le compositeur attitré de Claude Sautet pour La Baule-les-Pins. Comment s’est passée votre relation de travail avec lui?

Oh très bien, c’est un tel cinéphile Sarde que ça ne peut pas se passer mal, il est juste dans son monde. Il travaille beaucoup la nuit… . C’était intéressant parce qu’il connaît le cinéma par cœur, il a travaillé avec beaucoup, beaucoup de metteurs en scène, il a travaillé souvent avec les mêmes, Sautet, Tavernier ou d’autres et il est un vrai lecteur d’images. Il connaît très très bien son métier…. J’avais un peu peur parce que c’est un vrai musicien de film. J’avais beaucoup travaillé avec Yves Simon, qui n’est pas un musicien de  film, mais qui aime le cinéma et qui voulait faire du cinéma. Ça s’est passé évidemment merveilleusement. Je crois qu’on a enregistré à Londres, toujours à Abbey Road un truc comme ça. Il y avait juste une musique que je n’aimais pas et je n’osais pas lui dire je la trouvais trop ampoulée, trop pleine de fioritures et c’était cette petite musique qui accompagne les enfants quand ils vont se perdre en forêt mais maintenant avec le recul je la trouve vraiment belle comme quoi je n’étais pas très objective…  Ce n’est pas anodin la musique d’un film…

Notamment celle de Diabolo Menthe qui a quand même été très marquante…

Oui la musique de Diabolo Menthe surtout la chanson que Yves ne voulait absolument pas faire… Pour en revenir à Sarde sur ce film là c’était une belle rencontre. A part Yves, je n’ai pas retravaillé deux fois avec les mêmes musiciens et je ne saurais même pas expliqué pourquoi….

Pour avoir une couleur différente peut-être à chaque fois?

Je ne sais pas. Yves il a fait les deux premiers et je suis revenu vers lui pour Après l’amour. J’ai eu la chance de rencontrer Delerue pour Un homme amoureux donc c’est normal qu’on hésite pas dans un cas comme ça…

Pour A la folie vous avez travaillé avec Anne Parillaud et Béatrice Dalle qu’on n’imaginait pas forcément dans votre univers de prime abord. Comment vous avez pensé à elles et comment s’est passé votre travail avec ces deux grandes comédiennes?

J’écrivais ce film sur deux sœurs… Je connaissais Anne que j’ai rencontré par l’intermédiaire de Luc Besson avec lequel j’étais très amie. Quelque part je l’ai regardée et je me suis engagée avec elle et je lui ai dit « je voudrais que tu sois une des sœurs » mais je ne savais pas encore laquelle… Après j’ai cherché l’autre sœur et je crois que c’est Dominique Besnehard qui m’a proposé Béatrice mais j’avais très peur car elle avait cette réputation très compliquée. A la sortie du film j’étais un peu exsangue parce que c’était un film difficile à tourner, mais quand je le revois je me dis que je la trouve vraiment exceptionnelle Béatrice. Elle est tout ce que je voulais avoir du personnage. Elle est fascinante, elle est folle, elle est paumée, cruelle. Je voulais ce jeu-là ambigu entre les deux sœurs et elle l’a donné mais elle était très fragile…

Et Alain Chabat, c’est une rencontre qui vous a marqué, qui vous a plu?

Oui oui, Alain Chabat c’était son premier film. Je le connaissais, je lui ai proposé. Il a dit oui tout de suite. C’était un tout petit rôle. Je trouvais qu’il serait drôle dans sa timidité car il a une timidité naturelle. J’ai été dans cette direction là et on s’est bien amusés. Il était très crédible…

Nous avons relu une rencontre que vous aviez faite avec Alexandre Arcady pour Studio Magazine dans laquelle  vous disiez qu’Arcady avait voulu faire la rencontre à Cannes, sur la plage entre Paulo Narboni (Patrick Bruel) du Coup de Sirocco et  Anne Weber (Eleonore Klarwein), de Diabolo Menthe et la rencontre de leur famille et que vous vous n’aviez pas voulu. Avec le recul, vous ne trouvez pas qu’il y avait eu une merveilleuse idée de cinéma?

Il y avait une merveilleuse idée de cinéma et je ne l’ai pas écouté parce que je savais qu’il avait beaucoup d’ascendant sur moi et qu’il aurait pris le dessus et qu’il aurait fait son film. C’est très difficile de tourner à deux et c’est encore plus difficile quand on a des univers à la fois proches mais quand même très différents… Ça aurait été une guerre vraiment compliquée que j’aurais perdue. Et je trouvais d’autre part que c’était très opportuniste et j’étais à l’époque très pure et dure. Je ne voulais pas me compromettre à aucun moment dans mes choix et j’avais l’impression que c’était un compromis commercial. Il ne m’a l’a pas bien vendu quoi (Rires)… Il est très très autoritaire sur un plateau Alexandre, moi c’est plus doux donc c’est compliqué. C’est pour ça quand il venait sur mes plateaux, au bout de deux jours je lui disais « Je t’en supplie, vas-t’en »….

Aujourd’hui, quels sont vos rêves de cinéma et vos projets?

Je n’ai pas tellement de rêves de cinéma à vrai dire. J’ai peut-être encore deux ou trois films à faire, mais c’est moins une nécessité absolue ou une passion dévorante. J’ai l’impression d’en avoir fait pas mal, j’ai un peu tout dit, ce que je n’ai pas traité vraiment, il y a quand même tout un pan de ma vie ou de la vie de ma génération que je n’ai pas vraiment traité mais je ne sais pas si j’aurais le temps et le courage. A part ça, j’ai un peu tout raconté même si il y a encore deux ou trois choses que j’ai envie de faire. Si on me laisse encore un peu de temps et d’énergie, je peux encore en faire quelques uns…

Propos recueillis par téléphone par Fred Teper

Merci à François Vila

 

 

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