Critiques

EUPHORIA (Critique Épisode Spécial : RUE) Idéal pour se replonger dans cet univers si beau et désespéré…

SYNOPSIS: Après avoir été abandonnée en pleine rechute sur le quai de la gare par Jules à la fin de la première saison, nous retrouverons Rue pendant les fêtes de Noël.

Retrouvez la critique de la saison 1 ici

Débarquée en 2018, la première expérience sérielle pour Sam Levisnon, Euphoria avait été un électrochoc critique et public. Avec son ton cru, sa violence physique et psychologique frontales, et son héroïne bien trop jeune pour la vie qu’elle a menée, la série avait choqué, ému, envoûté. Au point d’en faire repartir Zendaya avec l’Emmy Award de la meilleure actrice il y a quelques semaines. COVID oblige, le tournage de la saison 2 n’a pas pu s’effectuer au printemps dernier, comme prévu. Mais pour faire patienter les fans, à la fin de cette longue année, HBO nous offre deux « Christmas Specials », réalisés par Sam Levinson, après que celui-ci ait réalisé son nouveau film Malcolm and Marie pendant la pandémie en quelques jours avec Zendaya et John David Washington. Le premier, arrivé quelques jours en avance par rapport à l’annonce initiale, nous replonge peu de temps après les évènements du final de la saison 1. Jules, l’adolescente ayant noué des liens intenses avec Rue, est partie en train, pour une destination loin de sa ville, son lycée, et sa famille. En abandonnant donc Rue, qui pensait s’être sevrée de ses drogues et médicaments en tombant amoureuse d’elle.

Après une scène d’introduction fantasmant la vie de couple de Rue et Jules, l’épisode prend le parti de s’étirer sur un long dialogue de près d’une heure entre Rue, qui a replongé dans la drogue, et son parrain des AA, un homme nommé Ali. D’un canevas plutôt simple et, disons-le, très triste, Sam Levison arrive à extraire de son duo d’acteurs (Zendaya, donc, mais aussi Colman Domingo) des performances simples mais qui vont à l’essentiel. Quelles sont les raisons qui nous poussent à rester en vie ? Pour quoi, et pour qui le serait-on ? En cette période de Noël pas comme les autres, l’heure n’est pas à l’allégresse ; juste à l’espoir de se raccrocher à quelques branches, qu’il s’agisse de sa famille, ou même d’une envie de se battre face aux addictions.

Et si la forme se révèle simple comme on l’a dit, c’est pour mieux dénuder émotionnellement ses personnages ; si l’on savait déjà toute la fragilité de Rue, qui revient hélas à son état d’addict comme au début de la série, c’est surtout le passé d’Ali qui passionne. Et qui montre à quel point la paix intérieure, au-delà de ne pas s’obtenir en un jour, se garde aussi difficilement, créant parfois des regrets, une envie de ne pas perdre le contact avec les siens. La scène du parking, à mi-chemin de l’épisode, est à ce titre déchirante, partagés que nous sommes entre le passé trouble d’Ali et sa volonté d’aller de l’avant sans être renié.

Grâce à un autre personnage d’ancienne toxicomane sevrée, qui vient apporter une lueur d’espoir à Rue, en lui faisant comprendre que sa vie d’addict n’est pas une fatalité, et qu’elle doit se battre pour sa vie, le constat de l’épisode se veut peut-être moins sombre et pessimiste que d’habitude. Rue semble avoir dépassé les bornes, à en croire ce qu’elle nous raconte, mais le scénario de Levinson laisse deviner en elle une pulsion de vie qu’elle-même semble ignorer, anéantie par un chagrin d’amour semblable à celui de n’importe quelle adolescente. Alors, peut-être que Noël ne sera pas aussi familial que d’habitude pour Rue, mais cette partie du double-épisode d’Euphoria est un beau cadeau, certes déprimant, mais idéal pour se replonger à petite dose dans cet univers si beau mais désespéré. Pour citer Ali, il incite à une chose : « Croire en la poésie », même quand elle consiste au ballet d’une paire d’essuie-glaces sur le pare-choc d’une voiture.

Crédits: HBO / OCS

1 réponse »

  1. Bonjour, je n’ai vu cette série que récemment, je l’ai trouvé très déplaisante au début. Ayant 50 ans, étant père de jeunes adultes, j’en ai eu un regard forcément orienté, j’en suis conscient.
    Au départ je l’ai trouvé presque « méprisante » envers les jeunes.
    Mais après quelques jours de réflexion j’en ai eu une interprétation très différente… je ne sais pas pour autant si cette interprétation est juste ou pas, donc je vous la soumet, et suis preneur d’ais extérieur.

    Avec le recul, je me dis que le réalisateur a voulu faire passer était que la « perdition » des ados d’aujourd’hui n’étaient que les conséquences des failles/faiblesses de leurs parents.
    Si c’est ça, on va dire que je suis passé « à côté », d’abord parce que forcément cette mise en cause étant désagréable j’ai du l’occulter inconsciement… et d’autre part parce que mon ressenti a été brouillé par le côté « simili film porno » de la série, cette succession de scènes de sexe qui, je continue de le penser, est plus racoleuse que servant l’histoire.

    Bref, en y repensant, j’ai l’impression que la série est construite plus ou moins sur le principe de montrer à chaque épisode les différentes perditions de chaque ado, puis un flash-back sur l’enfance de l’ado, expliquant les racines de cette névrose.

    Je n’ai plus vraiment tous les épisodes en tête, donc il y a peut-être des erreurs ci-dessous, mais je me souviens qu’on a d’abord Jules, qu’on voit se perdre dans des rencontres sexuelle avec des hommes, qui la dominent, la viole, etc.
    Elle fait ça pour éprouver sa féminité, elle qui est dans un parcours de transition homme/femme, elle qui n’a plus sa mère et vit avec un père très effacé, tolérant mais un peu trop « neutre », à l’antipode des autres hommes adultes de la série, très machos…
    Le « message » serait en gros que l’absence de la mère et le père effacé ont produit chez leur enfant un manque de détermination de genre ?

    Jules est donc violée par le père de Nate au début. Nate est lui même l’archétype du jeune mâle alpha, macho, etc. Mais on voit son enfance, d’un petit garçon « classique » qui découvre que son père, homme respecté et influent, est un pervers obsédé. A partir de ce moment il se met à la gonflette et à s’hyper-masculiniser, à n’avoir plus aucun scrupules, pour plaire à son père alors qu’il le méprise intérieurement, mais ainsi il s’en fait aimer, contrairement à son frère. Tout en se révélant au fil du temps un penchant homosexuel qu’il refuse de s’avouer.
    Le message serait en gros que Nate reproduit en fait le schéma paternel de « fausse respectabilité », entretenue d’ailleurs par son père, et qu’il est dans un combat interne, comme son père…

    Cassie, elle, est montrée au départ comme la « fille facile »… mais on voit dans son enfance que tout a changé à partir du moment ou elle a commencé à avoir des formes, notamment les scènes ou des vieux males de sa famille la serrent dans leurs bras, de manière libidineuse, ce qui la dégoute, elle se considérant encore comme une petite fille… D’une certaine manière ce sont ces « vieux mâles » qui la font entrer dans l’hyper-sexualisation. Elle se révait en championne de patinage, encouragée par son père mais qui n’a plus eu les moyens de lui payer les cours et a donc brisé son rêve… puis est parti.
    Son personnage oscille entre la « bombe sexuelle qui aguiche les garçons » et la petite fille qui a perdu ses rêves à cause de son père…

    La jeune brune, copine de Nate (je crois que son prénom est Madi ?), elle, était l’enfant avide de popularité, aimait monter sur scène, etc. poussée par ses parents, mais si je me souviens bien elle arrête parce que ses parents entendent parler d’un entraîneur qui abuse des enfants… et à cause de ce rêve brisé elle tombe dans l’oisiveté et devient la caricature de la « bimbo », mais encore une fois à l’origine il y a le rêve brisé à cause d’un adulte prédateur.

    Kate, elle, vivait un amour pur avec un petit garçon, mais suite à la négligence de ses parents pendant des vacances, a grossi, et du coup son petit copain la largue, et elle lutte ensuite avec ce corps trop gros, qu’elle fini par assumer mais en tombant dans la prostitution en vidéo et du sexe sans plaisir… Bref, là aussi il y a encore à la source une responsabilité parentale. Mais c’est un des seuls personnages qui au final semble se diriger vers un chemin plus heureux, suite à sa rencontre le « jeune puceau » (je me souviens plus de son prénom), qui semble lui aussi être un des seuls personnages pas névrosé. Entre lui et elle on voit d’ailleurs le seul acte sexuel de la série qui ne soit pas un rapport de domination et dans l’objectif du plaisir féminin… Et c’est, sauf erreur, le seul personnage pour lequel on n’a pas de flashback de son enfance… ce qui pourrait sous-entendre qu’il n’a pas eu de névrose parentale à porter.

    Rue, enfin, est le seule personnage féminin à ne pas sombrer dans une sexualité déviante, à chercher l’amour pur… enfance heureuse et harmonieuse, jusqu’en décès de son père, ou elle tombe dans la drogue et l’auto-destruction. Dans son cas c’est le manque paternel qui la fragilise, mais qui en même temps lui donne une sorte de « clairvoyance » vu que c’est elle qui raconte les histoires de tous les personnages, qui en détaille les failles et leurs origines.

    Et l’épisode final, le long dialogue avec Ali, l’adulte ancien drogué et père de substitution, qui lui-même est conscient d’avoir été un mauvais mari et père, et qui a trouvé son salut dans la religion, d’abord catholique puis musulmane.
    Ali et elle ont dialogue ou il la pousse dans ses retranchements, lui dit qu’elle est à la fois clairvoyante mais aussi immature…
    Elle avoue avoir des envies suicidaires, il tente de la raisonner, lui parle de religion, et on finit par la longue scène silencieuse sur Rue, sur l’Ave Maria…
    Je ne me souvenais plus de la signification de cet air, mais c’est plus qu’explicite :
    « Oh écoutez la prière d’une vierge
    Car vous pouvez l’entendre dans le désert
    c’est vous qui pouvez sauver du désespoir
    Nous dormons en sécurité jusqu’au matin
    Bien que par des hommes nous soyons expulsées injuriées
    Oh Vierge voyez la peine d’une vierge
    Oh Mère écoutez une enfant suppliante »

    Donc le « message », ce serait que les jeunes d’aujourd’hui sont « perdus », et que les origines de ces failles sont à chercher dans les failles parentales, qui sont soit faibles, soit hypocrites, contradictoires ou absents… et leurs enfants tombent dans diverses névroses, ou dans une clairvoyance et hypersensibilité tellement difficile à vivre qu’ils n’ont d’autres salut que la drogue ou la religion.

    Suis-je totalement à côté de la plaque ?

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