Critiques Cinéma

USS ALABAMA (Critique)

USSALABAMA-affiche-cliff-and-coSYNOPSIS: Une bande de nationalistes russes, s’empare d’une base de lancement de missiles nucleaires strategiques et menace le reste du monde. « L’USS Alabama », le sous-marin nucleaire le plus puissant des Etats-Unis, reçoit l’ordre de partir vers les cotes russes. Un premier ordre est envoyé a l’état-major du submersible lui intimant l’ordre de bombarder la Russie, lorsque arrive un second message indéchiffrable.

Tony Scott n’a peut-être pas eu la même reconnaissance que son frère aîné Ridley, mais son travail a néanmoins eu une influence indéniable et indélébile sur le cinéma, sa puissante formule, mélange d’action explosive, de mélodrame exacerbé mais toujours sincère, ont façonné la manière dont les superproductions modernes sont conçues et appréciées par les cinéphiles du monde entier. Si son méga hit de 1986 Top Gun, une création unique de son époque, conjonction de l’émergence d’une superstar montante et de la ferveur chauvine des années Reagan, est son plus grand succès, c’est bien son autre film de guerre navale qui fête ses vingt-cinq ans cette année qu’on peut considérer  comme son œuvre la plus cohérente, la synthèse de son cinéma. USS Alabama (Crimson Tide qui signifie marée rouge mais qui est aussi le nom de la bannière de l’équipe de football de l’université d’Alabama) partage avec Top Gun de nombreux ingrédients : il s’agit  de la quatrième collaboration (après Top Gun, Days of Thunder et Le Flic de Beverly Hills 2) entre Scott et la paire d’uber-producers Jerry BruckheimerDon Simpson (il retrouvera Bruckheimer à deux reprises pour Enemy of the State et Déjà Vu), marque l’association d’un vétéran de l’écran et d’une star montante, joue de la fascination qu’exerce la puissance militaire sur le spectateur. Cependant, USS Alabama démontre une compréhension plus adulte  et complexe de son époque (nous sommes après la chute du mur de Berlin), reflétant les doutes et les insécurités d’une superpuissance nucléaire sans rival et une génération de combattants essayant de comprendre leur place dans une communauté mondiale qui évolue et change rapidement. Le film contrairement à Top Gun ne bénéficiera, pas en raison de son sujet, de la participation de la marine US, obligeant Scott a voler des images par hélicoptère de l’ U.S.S. Alabama en phase d’immersion.

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USS Alabama décrit une mutinerie – en fait une série de mutineries – qui se déroule à l’intérieur d’un sous-marin nucléaire tactique quasiment en temps réel (la dernière heure du film en tout cas) alors que le monde extérieur se précipite vers une guerre nucléaire. Le lieutenant-commandant Hunter est affecté en tant qu’officier en second du sous-marin USS Alabama, au moment où un incident international met la marine américaine en état d’alerte dans une situation inédite depuis la crise des missiles cubains. Il  est confronté aux périls de la guerre sous-marine, l’Alabama est traqué par un sous-marin russe après que le capitaine Ramsey, vétéran endurci au combat, ait reçu l’autorisation  de mener une frappe nucléaire contre l’ennemi. Mais lorsque leurs lignes de communication sont coupées en pleine réception d’un message du commandement alors le compte à rebours de la frappe nucléaire est enclenché, le  « moderne » Hunter et le « dur » Ramsey vont s’affronter. De leur affrontement se joue la survie de l’humanité. Le film s’ouvre sur des séquences à l’atmosphère détendue, une fête de famille qui réunit Hunter et Webb (Viggo Mortensen) chargé du tir des missiles sur le sous-marin, l’entretien entre Hunter et Ramsey relativement courtois où ce dernier lui annonce qu’il le choisit pour remplacer son officier en second, malade ainsi que des discussions amicales entre les différents marins avant d’embarquer. Ces scènes permettent d’établir les caractères des protagonistes et dès ces premières séquences des lignes de faille très claires dans leurs relations sont tracées ainsi que le contexte international qui va faire monter la tension : un nationaliste russe a pris le contrôle de bases de tir de missiles, menaçant le monde d’une guerre nucléaire. Denzel Washington incarne Hunter, il est  déjà un acteur dramatique reconnu et respecté à l’époque (pour ses performances dans Malcom X ou Philadelphia) mais n’a pas encore trouvé malgré quelques tentatives (Virtuosity ou Ricochet) de film de divertissement à succès qui pourrait lui permettre de rejoindre dans l’esprit du grand public les autres stars de sa tranche d’age. Avec ce rôle destiné à l’origine à Tom Cruise ou Brad Pitt il aura enfin accès à ce statut et entamera une collaboration de cinq films avec Tony Scott. Gene Hackman incarne Ramsey, rôle proposé à Al Pacino, Tommy Lee Jones ou Warren Beatty mais écrit pour lui. Hackman est sans doute parmi les  grands acteurs américains de sa génération celui qu’on oublie le plus souvent malgré une carrière et un talent au niveau des plus grands. Sans doute parce qu’il s’est toujours montré discret, avare d’informations sur sa vie privée ou sa conception de l’acteur, peu intéressé par des rôles à transformation. Il a pourtant joué des rôles iconiques dans quelques films parmi les plus grands du cinéma américain contemporain (French Connection, Mississippi Burning) sur trois décennies avec des réalisateurs majeurs (Coppola, Friedkin, Eastwood), gagné deux Oscars. Dans les années 90 il fait le choix intelligent d’accepter des seconds rôles importants dans des gros films auquel il apporte sa respectabilité, face justement aux nouvelles stars montantes. Sens Unique face à Kevin Costner, La firme face à Tom Cruise ou plus tard Will Smith dans Ennemi d’État. Les films de sous-marin ou de mutinerie (comme les deux versions des Révoltés du Bounty que ce soit celle avec Trevor Howard vs Marlon Brando ou Anthony Hopkins vs Mel Gibson) sont propices à ces confrontations d’acteurs, celle de Washington et Hackman compte parmi les plus réussies. Scott entoure son duo majeur comme il le fera tout au long de sa carrière de jeunes acteurs à potentiel ou de solides second-rôles : Viggo Mortensen  en ami tiraillé entre son devoir et son amitié pour Hunter, James Gandolfini futur Tony Soprano, déjà tueur sadique pour Scott dans True Romance en fidèle de Ramsey mais aussi Steve Zahn, Rick Schroeder et George Dzundza (Basic instinct) second rôle emblématique des années 90. Toutes ces gueules de cinéma donnent  texture et  humanité à l’équipage du submersible. 

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USS Alabama trouve un équilibre habile entre dramatisation extrême et réalisme militaire, le ton parfait pour cette exploration de l’éthique et de la morale dans la pire des situations. Tony Scott fait de ce  thriller politico-militaire, essentiellement dramatique, un véritable rollercoaster. Bien qu’il n’y ait qu’une poigné de  scènes d’actions (et encore les séquences d’affrontement avec le sous-marin russe ne sont même pas  les plus haletantes  du film) USS Alabama se déroule à un rythme effréné, la tension montant de façon exponentielle alors que la  mutinerie se propage et que la peur de l’holocauste nucléaire étouffe l’équipage. Cette tension  se transmet à tous ses protagonistes enfermés dans cet espace clos comme dans un autocuiseur et finit par capillarité par se  répandre chez le spectateur. C’est cette tension qui met en mouvement le film scène après scène, chacune contenant l’élément déclencheur de la suivante. Tony Scott et son équipe, le monteur Chris Lebenzon (Armageddon, Les ailes de l’enfer, Dumbo) , son directeur de la photographie Darius Wolsky (Dark City, Pirates des Caraïbes, Prometheus) comme pour faire oublier son appartenance à un genre suranné, tournent USS Alabama comme un film d’action ou de science-fiction (le film baigne    dans une ambiance science-fictionnelle avec ces sources de lumières filtrées à travers les grilles des coursives qui évoquent le travail de son frère Ridley sur Alien), la caméra de Wolsky fonce dans les coursives du submersible au milieu du chaos, Lebenzon monte  les scènes avec agressivité se calant sur les pulsations de la partition de Hans Zimmer, une de ses plus abouties, qui se partage entre chœurs épiques de fin du monde et musique industrielle. On trouve dans la mise en scène de  Scott les prémices de l’évolution de son style et des  expérimentations qu’il mènera dans les années 2000. Les inclinaisons du sous-marin (un décor monté sur des verrins hydrauliques) lui servent de prétexte à une série de plans cassés (en anglais Dutch Angle) byzantins, le travail sur les couleurs de Darius Wolsky avec ces teintes fluorescentes donne au film un aspect expressionniste mais remplit également une fonction dramatique. Ainsi le poste de tir de Webb baigne à la fois dans des lumières bleues et rouges, couleurs associées plus tôt dans le film aux tirs d’exercice ou aux tirs réels matérialisant le dilemme du personnage, dilemme qui se lit sur son visage partagé entre les deux couleurs. Scott transmet toujours les éléments les plus techniques de l’intrigue dans l’action ainsi une séquence d’exercice permet de décrire le processus de lancement des missiles nucléaires tout en dévoilant les premières failles dans le duo de commandement.

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Cette confrontation semble classique en apparence : le vétéran endurci avec des années d’expérience face au jeune loup aux références académiques impressionnantes mais sans expérience de terrain. Mais dans le cadre de cette ancienne structure, USS Alabama offre des protagonistes complexes et fascinants. Le Capitaine Ramsey est une merveilleuse création – un homme intelligent , souriant mais avec toujours un soupçon  de malice … et de menace dans le regard. Ramsey écoute, évalue la situation mais fait volontairement monter la tension persuadé qu’elle est nécessaire à ses hommes pour être efficaces. Pourtant en dépit de cette position de facto d’antagoniste le spectateur ne cesse jamais de le percevoir  comme un homme honorable. Son conflit avec Hunter ne se conforme pas au cliché de l’affrontement  entre anciens et modernes, en partie car Washington a déjà 41 ans au moment du tournage. La dynamique du film  aurait été sans doute très différente avec un Brad Pitt ou un Tom Cruise dans le rôle. La tension entre les deux antagonistes commence au niveau philosophique – puis se transforme en un conflit total lorsque chacun essaie d’appliquer sa philosophie à une situation de crise. Le choix de Washington donne même au film un sous-texte inédit de tension raciale entre les deux hommes qui devient explicite dans leur dernier face à face avec cet  échange autour des étalons Lipizzan. Si ce dialogue comme l’ensemble de ceux du film, de véritables « punchlines » aussi efficaces que les balles et les coups de poings, est brillant, il laisse apparaître des motivations racistes chez Ramsey en contradiction avec l’honorabilité dont il  fait preuve tout au long du film. On l’a vu l’intrigue d’USS Alabama se déroule avec fluidité comme si elle était l’œuvre d’une unique plume. Mais si Michael Schiffer (Colors …et les jeux Call of Duty) est seul crédité, USS Alabama est célèbre pour être le fruit de la collaboration de fait, de plusieurs scénaristes parmi les plus prestigieux d’Hollywood qui en ont retouché le script. Parmi eux Steve Zaillian  (La Liste de Schindler , Millenium) bien sur Quentin Tarantino , proche de Scott qui avait mis en images son True Romance à qui on doit la séquence où les membres d’équipages s’interrogent sur les meilleurs films de sous-marin ou la meilleure interprétation graphique du Surfer d’Argent entre celles de Moebius et Jack Kirby.  Quentin Tarantino et Denzel Washington se brouilleront à cette occasion quand, visitant le plateau de tournage, Tarantino fut confronté devant toute l’équipe par Washington au sujet de son utilisation  du mot « nigger » dans ses scripts, un reproche qui lui fut fait également par Spike Lee. Cette brouille durera jusqu’en 2012 où la fille de Washington sera assistante de production sur Django Unchained. Autre contribution sans doute la plus essentielle, celle de Robert Towne le légendaire scénariste de Chinatown (mais aussi de Days of Thunder pour le duo Scott / Bruckheimer) appelé en urgence (au point que Towne dictera  en pleine nuit au téléphone sa réécriture à Bruckheimer) pour écrire  la superbe scène du début du film au cours de laquelle Hackman et Washington échangent sur la nature de la guerre. Une discussion abstraite en apparence mais il devient vite évident que Ramsey et Hunter révèlent leur nature profonde mettant en place leur conflit potentiel  pour le reste du film. En conclusion, USS Alabama marque un sommet de la carrière de Tony Scott. On pourrait soutenir qu’il s’agit là de son meilleur film puisque il le trouve au sommet de son art entouré de collaborateurs à tous les postes techniques et créatifs qui livrent, chacun dans leurs domaines, une masterclass. C’est en tout cas un modèle de thriller quasi-parfait, haletant et enthousiasmant, qu’aucune avancée technologique n’aurait pu améliorer et qui figurerait sans peine dans la liste des cinq meilleurs films de chacune des 25 années depuis sa sortie.

USSALABAMA-affiche-cliff-and-coTitre Original: CRIMSON TIDE

Réalisé par: Tony Scott

Casting:  Gene Hackman, Denzel Washington, Viggo Mortensen

Genre: Action, Drame, Thriller

Sortie le: 6 Septembre 1995

Distribué par: Buena Vista international

4,5 STARS TOP NIVEAUTOP NIVEAU

2 réponses »

  1. Bien d’accord sur les qualités de ce film que je place en haut de la filmo de tony scott avec true romance (ce dernier a ma preference). Le reste des films du frère de l’autre est loin de ce niveau malheureuent, trop americain, trop clip, manquant de subtilité.

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