Critiques Cinéma

UN MAUVAIS FILS (Critique)

SYNOPSIS: Bruno Calgani revient en France après avoir purgé cinq ans de prison dans un pénitencier américain pour trafic et usage de stupéfiants. A Roissy, la police l’informe des contrôles qu’il devra subir. Sans logement, Bruno se rend chez son père, René, ouvrier dans le bâtiment. Les retrouvailles ne sont pas chaleureuses. La mère du jeune homme est morte pendant sa détention et René en rend son fils responsable…

En 1980, Claude Sautet se lance dans son nouveau projet, Un Mauvais Fils (après avoir pressenti les titres Après la nuit et Retour en Hiver), né d’un court récit écrit par Daniel Biasani, mari de Romy Schneider et confié par cette dernière au réalisateur avant le tournage d’Une Histoire Simple qui sera leur dernier film en commun. Dans ce premier traitement, le personnage de Catherine (qui finira par échoir à Brigitte Fossey) prenait le pas sur la relation conflictuelle entre un père et son fils, sujet qui avait éveillé l’intérêt du metteur en scène. Démarré par Biasani et Claude Néron alors que Sautet tourne Une Histoire Simple, le scénario est aux yeux du réalisateur empreint d’une ambiance mortifère qui lui déplait. Il fait alors appel à un nouveau partenaire d’écriture, Jean-Paul Török, qui apporte notamment beaucoup sur la librairie ainsi qu’au personnage du libraire interprété par Jacques Dufilho, personnage déjà présent dans le premier traitement de Biasani. Avec ce film, Sautet s’intéresse à une nouvelle génération et à un nouveau milieu social et  par voie de conséquence il change de ton, intéressé par l’idée de la dérive d’un homme de 28 ans qui sort de prison et qui retrouve un père de 55 ans, fermé et arcbouté sur de vieux principes et nourissant de vieilles rancœurs à l’encontre de sa progéniture.

Sautet pense d’abord à Gérard Depardieu pour jouer Bruno mais trouvant qu’il manque de la vulnérabilité nécessaire au personnage, il se rabat sur Patrick Dewaere qui vient à leur premier rendez-vous après s’être rasé sa moustache si caractéristique, ayant appris que le réalisateur le voulait sans cet attribut. S’ensuivront une complicité et un respect mutuel qui ne démentira pas pendant tout le tournage, quand bien même les scènes sont difficiles nerveusement. Dewaere l’exprimera dans les colonnes de Première « Sur le plateau la star c’est Sautet. Alors forcément toi tu te sens moins star! Tu as moins envie de faire un numéro, tu as envie de le surprendre, de lui donner ce qu’il veut« . Le film s’ouvre sur le retour en France de Bruno qui, dès sa descente d’avion subit un interrogatoire par la police, une scène avec laquelle Sautet (dont pour la première fois, le personnage principal est un homme beaucoup plus jeune que lui) regrettait d’avoir manqué de subtilité. Elle met pourtant d’emblée dans le bain de ce récit qui prend une profondeur et une dimension humaine et tragique dès que le fils retrouve son père (Yves Robert) et que ni l’un ni l’autre ne trouvent les mots. Un Mauvais Fils est à ce titre un très grand film sur l’incommunicabilité et la culpabilité, cristallisé par plusieurs séquences dont celle dans laquelle Bruno veut offrir un verre à un client au comptoir qui l’envoie balader, tranchant ainsi avec l’ambiance souvent chaleureuse des bistroits dans les films de Sautet, ainsi que par cette scène où, au restaurant avec son père, il veut l’entrainer dans une soirée de débauche avec deux jeunes femmes. Cette scène extrêmement puissante se déploie ensuite dans une litanie de reproches faites par son père à Bruno, qui va jusqu’à l’accuser d’être à l’origine de la mort de sa mère. La tension dramatique est à son comble alors que la mise en scène de Sautet est plus sobre que jamais, ce dernier essayant de « dépouiller au maximum« . Dewaere lui, n’a jamais été « plus émouvant, plus fragile, plus sobre aussi » et c’est avec « des gestes, des silences, des regards » qu’il doit exprimer ce que Sautet lui demande et il le fait avec une grâce bouleversante. Dewaere et Robert se hissent à la hauteur de la puissance dramatique de ces scènes intenses, fortes et terribles à la fois.

Autour de ces deux stradivarius, Sautet réunit donc Brigitte Fossey et Jacques Dufilho (césarisé pour sa performance), ce dernier bénéficiant d’une tirade proprement exceptionnelle, un monologue rédigé pour l’occasion par Jean-Loup Dabadie. Le couple Catherine-Bruno est également à l’origine de magnifiques scènes notamment la déclaration d’amour de ce dernier, belle et minimaliste, que l’économie de dialogues rend proprement bouleversante. Cette relation entre les deux amants toxicomanes est aussi l’occasion pour Sautet de filmer un couple qui fait l’amour ce qui sera très rare dans sa filmographie. Un mauvais fils est le portrait d’une France ouvrière et populaire et si l’arrière plan social est primordial ce sont les déchirements intérieurs de ses personnages qui continuent d’intéresser Sautet, se faisant ainsi le reflet de nos peurs et de nos angoisses. « J’espère que le film est oppressant mais tonique » disait Sautet et nul doute que la noirceur et la densité dramatique du récit poussent le spectateur jusqu’à une profonde anxiété alors que Dewaere résumait ainsi le scénario: « C’est un problème de mentalités. On a besoin les uns des autres, mais en même temps, on est tellement différent qu’on a du mal à vivre ensemble. Et puis ceux qui tiennent les rênes en France sont plutôt les vieux ; on ne fait pas tellement confiance aux jeunes« . Avec ce film étouffant et « à fort quotient d’émotions« , Sautet signe une tragédie moderne dont l’écho 40 ans après sa sortie résonne avec une acuité folle aux oreilles et aux cœurs de ses spectateurs. Si vous ne l’avez pas encore vu, on vous envie la claque magistrale que Claude Sautet va vous administrer et qui va vous emporter haut, là où les plus grandes œuvres font leur nid et où elles laissent en vous des traces indélébiles.

BIBLIOGRAPHIE

In Conversations avec Claude Sautet Édition définitive – Michel Boujut – Éditions Institut Lumière Actes Sud (2014)

In Sautet par Sautet – N.T. Binh et Dominique Rabourdin – Éditions de La Martinière (2005).

In Première 38 mars 1980

In Première 43 Octobre 1980

Titre Original: UN MAUVAIS FILS

Réalisé par: Claude Sautet

Casting : Patrick Dewaere, Yves Robert, Brigitte Fossey

Genre: Drame

Sortie le: 15 octobre 1980

Distribué par: –

CHEF-D’ŒUVRE

 

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