Critiques Cinéma

PINOCCHIO (Critique)

SYNOPSIS: Geppetto, un pauvre menuisier, fabrique dans un morceau de bois un pantin qu’il prénomme Pinocchio. Le pantin va miraculeusement prendre vie et traverser de nombreuses aventures. 

Qu’il y ait déjà eu pléthore d’adaptations n’a pas découragé Matteo Garrone de nous proposer sa vision de notre cher vrai petit garçon (rayer la mention inutile) Pinocchio dans une nouvelle tentative live. Bien que nous soyons fans des films avec des marionnettes et des pantins, Pinocchio nous a toujours laissé assez insensibles, sans doute parce que nous préférons les petits bonhommes de bois lorsqu’ils sont drôles et/ou maléfiques. De plus nous nous sommes demandés ce que pouvait bien apporter à ce stade un nouveau film Pinocchio tant la transposition à l’écran du célèbre conte semble redondante et éculée. Les différentes photos du film nous ont néanmoins suffisamment aguiché pour accepter de tenter l’aventure dans un état d’esprit positif. Pinocchio a souvent été une source d’inspiration pour les écrans de cinéma et les séries télévisées, le petit pantin ayant été adapté et détourné à toutes les sauces : l’adaptation de Disney bien sûr, des adaptations live dans un registre classique mais également de la science-fiction (Pinocchio dans l’espace, ou Pinocchio le robot) ou de l’horreur (La Revanche de Pinocchio). Pour son film Matteo Garrone a décidé de se recentrer sur le conte originel en conservant un Pinocchio assez odieux, et de donner à l’ensemble un côté artisanal qui fait mouche. Ici Geppetto (Roberto Benigni, qui avait d’ailleurs lui-même interprété Pinocchio en 2002) est un homme si pauvre qu’il tente de faire gober à qui veut bien l’entendre que ses services sont indispensables pour rénover table, chaise et porte, histoire de se faire un peu d’argent, quitte à se tourner en ridicule aux yeux de tous.
 
Puis un jour il obtient un morceau de bois vivant qu’il va tailler pour en faire un pantin, ce dernier devenant par défaut son fils. Mais le rejeton de bois est loin d’être un chérubin et il va rapidement quitter le nid pour se retrouver au cœur de moult péripéties qui vont lui inculquer la sagesse ; l’école de la vie. Le début de la trame est connu de tous, le cheminement également car les adaptations reprennent très souvent les événements du conte, seul le ton et quelques angles d’attaque pour amener les événements changent. Ainsi dans l’adaptation de Matteo Garrone, nulle surprise dans le cheminement puisque les obstacles habituels sont repris : l’enlèvement par le montreur de marionnettes, les arnaques du Chat et du Renard qui veulent convaincre le pantin d’enterrer de l’or pour en faire pousser davantage, la transformation en âne, la rencontre avec une baleine…autant de passages vus et revus, que vous allez rerevoir, mais heureusement dans univers différent. Ici la pauvreté est réelle et omniprésente : Geppetto cherche certes le moindre prétexte pour se faire un peu d’argent mais globalement le contexte social se ressent jusque dans les décors, les costumes, ainsi que dans les personnages du Chat et du Renard, véritables épaves sans morale prêtes à tuer pour quelques pièces. Les interactions avec ces deux énergumènes sont d’ailleurs savoureuses, les deux bougres mettant beaucoup de cœur à l’ouvrage afin de manipuler et baratiner le pauvre Pinocchio tandis que leur apparence physique dénote pourtant radicalement avec leurs promesses de richesse facile. Contrairement à l’adaptation guignolesque et assez risible de 1996, ici le Chat et le Renard sont utiles et habilement greffés au récit. Quant à Jiminy Cricket, petite mascotte souvent omniprésente, il se fait ici assez rare et n’a rien du gentil grillon qui crapahute habituellement. Ses interactions avec Pinocchio ne sont guère nombreuses et la première s’avère d’ailleurs être une confrontation visant à dévoiler le côté méchant et violent de Pinocchio qui n’est encore à ce stade qu’un enfant capricieux sans rien dans le crâne. Tout s’enchaîne assez naturellement malgré un léger manque de fluidité et il faut le dire, sans grande subtilité, mais vu le parti pris du récit, le fait que cette dernière manque à l’appel n’a rien de particulièrement étonnant. Si le long métrage souffre d’un manque de dynamisme évident il a le mérite d’assumer son ton jusqu’au bout. Alors que la version de 1996 était assez solaire, laissait le réalisme de côté et préférait se recentrer sur la comédie, ce Pinocchio made in 2020 explore les vices des hommes et y confronte Pinocchio en laissant souvent la légèreté au placard.

Après son excellent Dogman qui était également à sa façon une forme de conte, Matteo Garrone décide donc d’essayer de nous étonner alors que l’effet de surprise est pourtant périmé depuis plusieurs années. Certes l’adaptation est belle, que ce soient par ses décors ou par le côté artisanal des différents personnages qui n’ont pas d’apparence humaine, favorisant souvent les maquillages à une avalanche d’effets numériques. Oui, certaines séquences sont savoureuses comme celle de ce juge singe qui punit les innocents et libère les coupables de larcins, celles de ce maître d’école qui prend un malin plaisir à piéger et punir sadiquement les élèves qu’il juge ignares plutôt que de les tirer vers le haut, ou même celles avec le thon véritable compagnon d’infortune, mais l’impression de revoir une énième fois la même histoire enlève tout plaisir de découverte. L’émotion est par ailleurs aux abonnées absentes, le film n’y laissant aucune place et rendant les agissements de chaque personnage totalement fonctionnels. Le parcours de Pinocchio, qui découvre la vie, ne fait jamais transparaître cette dernière jusque dans les yeux du spectateur. D’ailleurs malgré les péripéties, l’aspect conte et l’angle d’attaque social empêchent de ressentir la moindre notion d’aventure rendant le tout un peu plat. L’école de la vie…sans la vie.

Matteo Garrone nous livre donc une version fidèle à l’œuvre originelle, plus sombre et austère que l’histoire que nous avons habituellement l’occasion de visionner. Si la direction artistique est plutôt jolie et pas dénuée de charme, sans doute cette vision arrive-t-elle un peu tard, ne faisant que s’ajouter à la liste de propositions déjà bien garnie, tout en étant un peu molle. Difficile également d’imaginer des enfants y trouver leur compte étant donné la lenteur de l’ensemble et son manque de féérie. Laissons alors le temps nous permettre de la digérer. Guillermo del Toro et Mark Gustafson travaillant sur un film d’animation, et Disney sur un remake live-action, nul doute que Pinocchio a encore de beaux jours devant lui… La guerre des Pinocchio est déclarée.

Titre Original: PINOCCHIO

Réalisé par: Matteo Garrone

Casting : Roberto Benigni, Federico Ielapi, Gigi Proietti …

Genre: Famille, Fantastique

Sortie le: 04 mai 2020

Distribué par: Amazon Prime Video

BIEN

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