Critiques Cinéma

LIGHT OF MY LIFE (Critique)

4 STARS EXCELLENT

SYNOPSIS: Depuis qu’une pandémie a rayé la population féminine de la carte, Tom tache de protéger Rag sa fille unique, miraculeusement épargnée. Dans ce monde brutal dominé par les instincts primaires, la survie passe par une stricte discipline, faite de fuite permanente et de subterfuges. Mais Tom le sait, son plus grand défi est ailleurs : alors que tout s’effondre, comment maintenir l’illusion d’un quotidien insouciant et préserver la complicité fusionnelle avec sa fille ?

Le passage à la mise en scène d’un acteur/actrice dont on a suivi la carrière depuis plusieurs années, dont on a découvert la personnalité et la sensibilité à travers le regard de leurs metteurs en scène est toujours passionnant à suivre et aura produit encore récemment quelques très bonnes surprises s’agissant du cinéma américain dans lequel cette mue semble beaucoup plus naturelle que dans nos frontières. Casey Affleck a beau avoir déjà réalisé un long métrage en 2010, l’excellent mockumentaire I’m Still Here, le dispositif et les intentions étaient tellement particulières que l’on peut considérer que Light Of My Life marque vraiment son passage à la mise en scène, celui qui va révéler comment s’opère chez lui la transition entre l’acteur tel qu’il s’est montré jusqu’alors et le metteur en scène qui nous livre une part plus intime de lui-même. Se plaçant à mi chemin entre le drame et le film post apocalyptique, en explorant au passage les genres du coming of age et du survival, Casey Affleck parvient à jouer une partition originale empreinte de la sensibilité qu’on lui a découvert dans ses rôles bouleversants chez Kenneth Lonergan (Manchester by the sea) et David Lowery (A Ghost Story). C’est déjà un premier accomplissement notable quand le passage à la mise en scène après une longue carrière d’acteur n’offre jamais aucune garantie de succès et que le lâcher prise que l’on peut avoir en tant qu’acteur est bien éloigné des contraintes et stress liés à sa première réalisation.

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Light of My Life est un film dans lequel s’agrègent les influences d’un metteur en scène que l’on sent profondément influencé par ses expériences chez Lowery et Lonergan mais aussi, à nos yeux, par des films comme Paper Moon (Peter Bogdanovich, 1973) ou encore Children Of Men (Alfonso Cuaron, 2006). Pour son premier film, Casey Affleck est résolu à prendre son temps, à tisser lentement la toile d’un récit dans lequel l’émotion prime sur l’action, ce dès la première longue scène qui vaut note d’intention,pour nous faire ressentir ce qui est le cœur du film: la force de la relation et de l’amour entre ce père et sa fille qu’il tente de protéger d’un monde devenu hostile pour elle, comme pour toutes les rares survivantes de l’épidémie qui a ravagé la population féminine mondiale. Ce récit de la relation fusionnelle et exclusive d’un père et d’une fille, coupés d’un monde qui leur est hostile, nous fait aussi évidemment penser au très beau Leave No Trace (Debra Granik, 2018), dont il n’égale toutefois probablement pas la puissance dramatique, pour peu qu’il faille les comparer.

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Aux qualités propres du film s’ajoute un sous-texte lié à l’époque et à l’identité de son metteur en scène. En d’autres époques pas si lointaines où le sujet de la condition des femmes dans nos sociétés était beaucoup moins présent et sensible, mais aussi entre d’autres mains que celles de Casey Affleck, dont il est impossible d’oublier les accusations et révélations sur son comportement avec les femmes, un tel récit n’aurait pas eu le même poids et aurait pu être analysé simplement sous le prisme de la fiction. On ne saurait jurer de sa sincérité mais si l’on ne veut voir le film qu’à travers le contexte entourant Casey Affleck, quelques dialogues sur le comportement des hommes sonnent presque comme une forme d’expiation de ses propres péchés. Le jugement que l’on peut porter sur Light of My life est forcément influencé par tout ce sous texte qui tire le film d’avantage vers le drame que vers le genre et dialogue en permanence avec notre époque et l’histoire personnelle de Casey Affleck, ce qui n’empêche pourtant nullement de rentrer dans cette histoire, tant est bouleversante de simplicité et de justesse, la façon dont est dépeinte la relation entre Rag (Anna Pniowsky) et son père.

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Le film se construit par strates successives, notamment à travers de longs échanges entre père et fille, sans que le dispositif, pour répétitif qu’il soit, paraisse artificiel ou finisse par lasser. Il est manifeste que le film a été pensé et construit autour de ces scènes et que le reste de l’intrigue tient finalement lieu de décor/prétexte à créer un cadre dans lequel l’intensité de la relation père fille serait poussée à son paroxysme. Rag est une jeune fille qui est arrivée à cet âge où l’on commence à vouloir s’affranchir de l’autorité de ses parents, ce qui est rendu impossible par le fait qu’elle vit dans un monde objectivement hostile pour elle et pas simplement dans l’esprit d’un père qui n’arrive pas à la laisser partir.Si ce dispositif fonctionne aussi bien, cela tient notamment à la simplicité assumée des dialogues qui est ici un gage de réalisme et à la mise en scène qui ne s’appuie sur aucun artifice, rappelant notamment très clairement la façon dont David Lowery « captait » les dialogues entre Casey Affleck et Rooney Mara dans A Ghost Story. Il ne s’agit pas de raconter une histoire au spectateur et donc de calquer la durée de ses scènes sur sa supposée capacité d’attention, ni de flécher et soutenir son implication émotionnelle dans le récit, mais de l’inviter au cœur du récit et de le mettre dans une position de témoin.

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Ce parti pris très fort de faire se reposer tout le film sur ces scènes et de laisser à l’arrière plan tout le développement sur le contexte « post apocalyptique/dystopique » est courageux,  témoigne en tout cas de l’intégrité de la démarche de Casey Affleck mais il est probablement poussé un peu trop loin et frustrera les attentes des amateurs de genre, en ce qu’il enferme le film dans un seul registre. Qu’on ne se connecte pas à Rag et son père malgré la qualité de leur interprétation et l’on aura tôt fait de trouver le temps long et le récit un peu mince malgré un dernier acte plus animé qui démontre aussi d’autres qualités de mise en scène. Pour notre part, nous nous sommes donc laissés embarquer dès une première scène qui fera office de repoussoir pour d’autres mais donne parfaitement le ton de ce drame à petit feu qui nous a profondément touchés. Sans être au niveau des influences que son metteur en scène a parfaitement disséqué et digéré, Light of My Life est un très beau petit film qui sème de bien belles promesses pour les prochains films du cadet des Affleck, décidément bien différent de son grand frère.

Titre Original: LIGHT OF MY LIFE

Réalisé par: Casey Affleck

Casting : Casey Affleck, Anna Pniowsky, Elisabeth Moss…

Genre: Drame, Science-Fiction

Sortie le: 12 août 2020

Distribué par: Condor Distribution

EXCELLENT

 

2 réponses »

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