Critiques

UNE ÎLE (Critique Mini-Série Épisodes 1×04 – 1×06) Une fable moderne qui boucle son histoire de façon logique…

SYNOPSIS: Une île est frappée par une pénurie de pêche sans précédent et une série de morts suspectes. Ces événements coïncident avec l’arrivée d’une mystérieuse inconnue, Théa, qui va bouleverser la vie de la jeune Chloé. Portée par le duo Noée Abita (Ava) et Laetitia Casta, une série romanesque et fantastique qui revisite le mythe des sirènes.

Retrouvez la critique des 3 premiers épisodes ici

Deux petites soirées et puis s’en va : ce soir sera diffusée la suite et fin d’Une île, nouvelle création d’Arte. La semaine dernière nous vous parlions de cette proposition audacieuse et singulière dans le paysage audiovisuel français où le fantastique régnait (presque) en maître. Nous espérions que la série aille plus loin en révélant ses ramifications mythologiques et en les approfondissant. Cette deuxième fournée d’épisodes confirme-t-elle l’essai ?

Si ces nouveaux épisodes ne sont pas irréprochables en termes d’écriture, le contrat est malgré tout exécuté : cette seconde partie de saison ne délaisse pas son côté mystique et fantastique, bien au contraire : la série assume sa vision. Les sirènes nouvelle génération se voient dotées d’une origine et contrairement aux trois premiers épisodes où elles arpentaient l’histoire comme de potentiels antagonistes (en tout cas vis-à-vis des habitants de l’île) menaçants aux intentions mystérieuses et aux méthodes discutables, ici elles se retrouvent en situation de faiblesse et prennent la place qui semblait leur revenir depuis le départ : celle de contre-pouvoirs aux véritables ennemis de l’île. La dynamique s’inverse, le personnage de Laetitia Casta, que nous décrivions comme un succube sans âme, s’humanise et se fragilise : son combat elle ne pourra pas le gagner seule.

Quelques personnages centraux s’affirment également davantage. Chloé (Noée Abita) apprend à accepter sa nature et se retrouve malgré elle au centre d’une bêtise humaine plus destructrice que jamais ; quant au commissaire Gariga (Sergi López), il choisit son camp mais ses interventions ne suffisent néanmoins pas à nuancer le manichéisme de l’ensemble. Les autres continuent à jouer pour la plupart des rôles fonctions assez artificiels, nous pensons ici particulièrement aux personnages campés par Manuel Severi et Alba Gaïa Bellugi qui manquent cruellement d’envergure malgré les qualités de leurs interprètes. Si la tension est bien présente, principalement durant le dernier épisode, et que les scènes aquatiques sont toujours aussi sublimes (elles tranchent souvent avec l’aspect plus lisse des scènes terrestres ce qui crée un manque d’homogénéité, peut-être voulu, mais qui ne rend pas justice aux passages qui se déroulent en dehors de l’eau et qui représentent quand même la majorité de la série), l’écriture manque de panache. Le cahier des charges est rempli mais nous ne pouvons que déplorer le manque de consistance des différents protagonistes et plus particulièrement celui des « méchants ». Parmi eux nous pouvons mentionner Henri-Noel Tabary, principal destructeur à l’œuvre et meneur d’un petit groupe où nous retrouvons entre autres Alexis Manenti, ici dans un rôle beaucoup plus discret et effacé que dans Les Misérables où il a crevé l’écran cette année. Ces derniers, bêtes et cruels, s’octroyant tous les passe-droits sur cette île isolée où même la police se fait copieusement marcher dessus, sont en totale roue libre pour un rendu final certes non dénué de moments forts, mais qui méritait peut-être davantage de développement pour éviter cette sensation d’affrontement « gentils contre méchants », même si cela s’imbrique de façon cohérente dans l’aspect fable de l’histoire.

Une île a donc assumé sa position de départ sans rétropédalage bien qu’elle aurait sans doute pu aller plus loin au cours de ses six épisodes : les scènes sur la terre ferme demeurent trop classiques et l’identité de la série ne suffit pas toujours à leur donner un cachet, rendant l’ensemble finalement assez linéaire. Si elle n’est pas exempte de défauts et qu’elle peine à insuffler de la vie lors de ces scènes terrestres (bien qu’elle se rattrape un peu dans le dernier épisode), Une île s’affirme jusqu’au bout comme une fable moderne et boucle son histoire de façon logique. Nous espérons que les audiences seront au rendez-vous afin de permettre d’autres propositions de ce genre sur les ondes.

Crédits: Arte

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