Critiques

UNE ÎLE (Critique Mini-Série Épisodes 1×01 – 1×03) Une proposition audacieuse et singulière…

SYNOPSIS: Une île est frappée par une pénurie de pêche sans précédent et une série de morts suspectes. Ces événements coïncident avec l’arrivée d’une mystérieuse inconnue, Théa, qui va bouleverser la vie de la jeune Chloé. Portée par le duo Noée Abita (Ava) et Laetitia Casta, une série romanesque et fantastique qui revisite le mythe des sirènes.

Tandis que la fin de la décennie aura été marquée par des records de chaleur, des marches sur le climat et de multiples catastrophes écologiques (à l’heure où nous écrivons, l’Australie est toujours ravagée par les flammes), laissant espérer une véritable prise de conscience collective pour sauvegarder la planète, le début de la nouvelle décennie voit arriver Une île, série d’Arte qui semble mettre en son cœur cette préoccupation citoyenne incontournable. Si la série démarre sous un air de fiction policière française assez banale (avec un enrobage néanmoins bien supérieur à la moyenne) elle dérive progressivement vers le fantastique pour notre plus grand bonheur. Verdict sur cette première moitié de saison qui sert d’exposition à ce que nous espérons être par la suite un voyage abouti et approfondi des idées semées, vers une destination qui demeure malgré tout encore nébuleuse.

Dès les premières minutes, Une île met le spectateur en confiance. Le générique est esthétiquement irréprochable et la musique instaure un ton et une atmosphère loin de la banalité appréhendée au départ. Si le thème musical du générique n’est pas forcément notre favori, il faut bien reconnaître que Pierre Gambini, compositeur des musiques de la série, nous livre une partition agréable et inspirée (Mermaids’s Fate / Lost in the Sea, Secrecy Of The Sea, ou même Out A Sea par exemple) qui participe grandement à l’onirisme de la série, notamment durant les scènes aquatiques. Ensuite les magnifiques paysages (tournage sur l’île de beauté oblige) apportent un cadre intéressant à l’intrigue même si l’endroit dépeint dans la série est loin d’être paradisiaque : il n’y a plus rien à pêcher, la plupart des pêcheurs ont d’ailleurs coulé leurs bateaux pour toucher les assurances et aller vivre sur le continent ; les touristes se font rares, les jeunes locaux désertent l’île car ils n’y ont pas d’avenir, et ceux qui restent se débrouillent comme ils peuvent. Nous sommes loin d’une vie de rêve et ce contraste entre le lieu en apparence idéal et sa réalité est ce qui fait en partie le sel de la série. Et pour cause, même si cette dernière a été tournée en Corse, il n’est pas fait mention d’un lieu précis où se déroule l’histoire : comme l’indique le titre, il s’agit d’une île, point barre. Cette absence de localisation géographique précise apporte une dépersonnalisation bienvenue qui va contribuer à créer autour de ladite île un mysticisme et une bizarrerie qui accentuent la sensation d’enfermement des personnages, pris dans un étau socio-économique et fantastique qui se resserre sur eux d’épisode en épisode. La réalisation met l’ensemble parfaitement en valeur et les scènes aquatiques sont de toute beauté : Julien Trousselier et l’équipe technique aux commandes du projet savent ce qu’ils font et cela fait plaisir de voir une telle ambition se matérialiser à l’écran avec talent.

Côté casting nous retrouvons dans les rôles principaux la jeune Noée Abita très convaincante dans la peau de l’étrange et troublante Chloé, Alba Gaia Bellugi (la fameuse Manon de 3 X Manon et Manon 20 ans) qui s’est déjà illustrée avec brio sur Arte par le passé, et Laetitia Casta dans un rôle énigmatique et animal où la parole laisse toute la place à son corps et à sa gestuelle. Les rôles masculins sont quant à eux beaucoup plus en retrait, à l’exception du commissaire joué par Sergi López. Si la fin de décennie a été marquée par les catastrophes écologiques, elle l’a aussi été par les scandales à répétition sur la place des femmes dans l’industrie des films et des séries télévisées. Ici elles sont fortes et au premier plan ; les hommes servent souvent de faire-valoir ou de victimes collatérales. L’écriture de l’ensemble met en exergue une île plongée dans l’irréel, dans un endroit flou qui la rend presque universelle, mais veut néanmoins l’ancrer dans la modernité. La domination apparente des personnages féminins s’explique néanmoins sans doute principalement par l’autre pan sur lequel la série semble bâtie : revisiter le thème des sirènes et par la même occasion s’en servir pour faire une métaphore de la nature qui se venge.

Ces trois premiers épisodes posent donc des fondations solides et soignées, avec quelques moments de fulgurances inspirés (avec en tête comme susmentionnés, les passages aquatiques habillés par la partition de Pierre Gambini). La série déroule tranquillement son mystère et ne dévoile pas encore exactement où elle souhaite en venir. Si l’écriture n’est pas toujours parfaite, elle est suffisamment efficace pour nous donner envie de regarder la suite. Entre l’énigmatique personnage joué par Laetitia Casta, véritable succube presque dénué d’âme, et la quête d’identité du personnage de Chloé, beaucoup de choses restent à découvrir au sein de ces sirènes nouvelle génération sur cette île coupée du monde qui gravite presque hors du temps. Espérons que la seconde partie de saison dévoile ses cartes avec panache et nous emmène là où nous nous y attendons le moins, avec toujours l’instauration de cette ambiance fantastique qui fait d’Une île une proposition audacieuse et singulière à l’allure de fable…et les propositions singulières, surtout si elles sont françaises, il faut les encourager.

Crédits: Arte

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