Critique Blu-Ray

FREAKS (Critique)

3 STARS BIEN

SYNOPSIS: Chloé a 7 ans et n’a jamais vu la lumière du jour. Son père la maintient à l’écart du monde extérieur, ne cessant de lui répéter qu’elle est différente, et que tout ce qui se trouve de l’autre côté de la porte d’entrée représente une menace. C’est en bravant tous les interdits que Chloé va pouvoir découvrir la vérité sur sa condition.

Le cinéma fantastique dans sa capacité à transcender le réel, à se saisir de thématiques en prise avec notre époque, reste un genre capable de produire de belles surprises chaque année qui justifie que nous soyons particulièrement attentif à son actualité, bien que la qualité soit de moins en moins au rendez-vous et que la prudence soit ainsi souvent de mise au moment de découvrir un film qui, sur le papier, aurait pourtant tout pour nous plaire. L’overdose guette par ailleurs pour ce genre préempté par un cinéma commercial qui n’ambitionne rien d’autre que de divertir son public, intention qu’il ne s’agit pas de condamner ici mais qui éteint quelque peu ses ambitions artistiques ce qui désole la vieille personne qui écrit ses lignes qui y a puise dans son enfance une source constante d’émerveillement, d’inspiration et de réflexion. Alors que les déceptions se sont accumulées en 2019, arrive enfin ce qui était la plus belle promesse du genre depuis sa présentation au TIFF 2018 et les excellents échos qui nous sont remontés depuis, à chacun de ses passages en festival (PIFF 2018, Gerardmer 2019 …).

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Freaks s’aventure sur un terrain passionnant où le genre ne s’impose pas au spectateur et vient enrichir un récit qui joue également des codes du drame et du thriller pour ne pas se reposer pas uniquement sur ses éléments fantastiques. Ce dispositif a donné deux des meilleurs films de la décennie écoulée, 12 Cloverfield Lane (Dan Trachtenberg, 2016) et Midnight Special (Jeff Nichols, 2016) dans lesquels il était également question d’une menace extérieure d’abord indéterminée, d’un monde hostile connu seulement d’un personnage dont la paranoïa contamine le récit et conditionne le quotidien de celui/celle qu’il prétend protéger. Freaks ne fait malheureusement, pour l’essentiel, que semer des promesses, cultiver habilement son mystère dans un premier temps, entrouvrir les portes d’un univers et d’une histoire qui vont se révéler au final assez décevants, notamment par une incapacité criante à trouver le juste équilibre entre l’intime et le spectaculaire, le ton propre à un certain cinéma indépendant américain dans lequel il s’inscrit et la petite série B fantastique/SF.

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Le lien avec cette famille de « freaks » vivant recluse dans sa maison ne fait ainsi malheureusement que se distendre à mesure que nous en apprenons plus sur leur histoire et que se dévoile ce qui sera le véritable enjeu de ce récit beaucoup moins intéressant et pertinent que pouvait laisser paraître le premier tiers du film. Perdant de son mystère, Freaks perd de son attrait et le soufflet de retomber singulièrement alors qu’on attend de ce genre de récit que chaque révélation, chaque nouvelle couche ajoutée vienne nous accrocher encore plus au destin de ses personnages.  Cela n’enlève pas toutes les qualités et l’intérêt du premier long métrage de Zach Lipovsky et Adam B. Stein mais l’affadit et le banalise suffisamment pour qu’il ne survive pas au-delà d’une séance d’abord intrigante et stimulante puis simplement divertissante, loin de nos attentes et des expériences totalement immersives proposées par les meilleurs représentants du genre.

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Le point de vue adopté est celui d’une jeune fille vivant recluse dans la maison de son père. Comme elle, nous ignorons tout de la réalité de la menace tant redoutée par son père dont on ne sait pas s’il est réellement protecteur ou totalement paranoïaque. Le film se construit et va ainsi se reposer sur leur relation et son inévitable évolution quand Chloe (Lexy Kolker) arrive à un âge ou le récit du père (Emile Hirsch) ne peut tenir lieu de seule vérité, le temps étant venu pour elle de se confronter elle même au monde extérieur pour comprendre qui elle est. Cette approche du genre par l’intime est aussi stimulante que pertinente en ce qu’elle permet une réelle identification aux personnages et à leur sort, quand trop de films fantastiques/ de science fiction souffrent précisément de n’avoir aucun point d’ancrage émotionnel, de rester en surface. Zach Lipovsky et Adam B. Stein tournent certes un peu vite les pages de cette partie du film mais la façon dont ils intègrent par petite touche des éléments fantastiques, comme des indices sur les révélations qui suivront est plutôt fine et habile et donc stimulante en ce qu’elle nous emmène à nous interroger sur ce que nous voyons, à se demander quand basculera le récit tout en étant impliqués dans ce qu’il propose alors et les thématiques qu’il embrasse.

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Emile Hirsch est un excellent acteur lorsqu’il est bien dirigé, de même qu’il n’y a pas de malédiction à ce que les enfants acteurs soient mono expressifs. La relation entre ce père et sa fille « anormale » qu’il veut protéger du monde extérieur mais aussi d’elle-même est convaincante, touchante et échappe aux caricatures. Lexy Kolker est même assez épatante, son intensité et la palette de son jeu permet à son personnage de rester loin du cliché de la gentille petite fille qui se sent différente et va enfin pouvoir découvrir sa véritable nature. Freaks opte certes pour un traitement à hauteur d’enfant (qui se traduit également de façon littérale dans sa mise en scène) mais celui-ci n’a rien d’un petit ange fragile et la cruauté du monde extérieur n’est pas filtrée par son regard. Si le film perd quelque peu le lien avec ses personnages à mesure qu’il intègre l’enjeu essentiel du récit, il a au moins le mérite de ne pas les trahir et de proposer plusieurs scènes dont la violence surprend et vient rappeler la noirceur entrevue qui s’est diluée en route, du fait de l’apparition de personnages sous écrits et caricaturaux (Monsieur Snowcone pourtant interprété avec conviction par Bruce Dern, l‘Agent Ray …) et d’une trame soudainement sur des rails et beaucoup trop prévisible.

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Zach Lipovsky et Adam B. Stein ont manifestement des ambitions qui dépassent le cadre de cette histoire et l’intérêt sincère qu’ils  portent pourtant à ces deux très beaux personnages qui donnaient à leur film sa couleur et son originalité. Cela se traduit dans des scènes qui s’articulent mal les unes avec les autres, quand elles ne semblent pas aller dans une direction puis dans une autre. Si c’est à dessein pour jouer des attentes du spectateur, cela n’aura pas fonctionné sur nous. Si c’est, comme nous l’avons ressenti, la traduction d’aspirations qui dépassent le cadre du film, donnant le sentiment d’être une sorte de lettre de motivation déguisée à l’attention des gros studios, c’est beaucoup plus désolant et rageant et confirme le mouvement opéré par une partie du cinéma indépendant américain au cours de cette décennie. Si la note avait été tenue jusqu’au bout, Freaks aurait pu être une grande réussite tant sont réelles et grandes les qualités qu’il montre dans son exposition puis au détour de quelques scènes.

DÉTAIL DES SUPPLÉMENTS:

Commentaire audio des réalisateurs
Making of (20 min.)

Titre Original: FREAKS

Réalisé par: Zach Lipovsky, Adam B. Stein

Casting : Emile Hirsch, Lexy Kolker, Bruce Dern …

Genre: Fantastique, Thriller

Sortie En Blu-ray, DVD et VOD le: 08 Janvier 2020

Édité par:  Lonesome Bear

3 STARS BIENBIEN

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