Critiques Cinéma

MEKTOUB MY LOVE : INTERMEZZO (Critique)

SYNOPSIS: La fin de l’été approche, Amin et ses amis rencontrent Marie, une jeune étudiante parisienne.

Le Tarantino aura été le film aux attentes démesurées, le Kechiche celui du choc : un tiers de la salle qui sort au compte goutte, réactions enflammées dès la sortie de projection à 1h30, articles de médias sur le phénomène publiés dans la foulée, débats houleux sur le film qui continuent jusqu’au lendemain matin, Mektoub my love : Intermezzo marquera sans nul doute l’histoire du festival. Au-delà de la controverse, qu’en est-il du film ?

intermezzo 1 cliff and co

Le film commence d’une manière presque inattendue : le visage de Charlotte, posant au soleil pour Amin, qui la prend en photo. Nous devinons qu’elle est nue, mais Kechiche ne montre rien et reste sur le visage malgré les coupes. Kechiche aurait-il changé ? Puis un lent travelling descendant vers les fesses du personnage vient rapidement mettre un terme au doute. Quelque part, la meilleure façon d’écrire à propos du film serait de décrire le ressenti chronologique face à ce que nous voyons à l’écran, tant l’ensemble est assimilable à une suite de paliers d’expériences à subir et à vivre (le rythme des départs de spectateurs en témoigne). Ainsi, Intermezzo commence comme le premier film, par une scène à la plage. La scène dure, dure mais semble un quasi-remake de son modèle, un nouveau personnage remplaçant Amin pour draguer à sa place aux côtés de Tony. Les personnages replacent le contexte de leurs relations, et surtout un véritable culte est dressé à Amin, brillant par son absence. Des relations amoureuses lui sont ajoutées, des femmes qui n’y prêtaient aucune attention dans le premier film l’idolâtrent, après s’être dépeint en observateur timide et discret, Kechiche se verrait-il en homme sur-désiré des femmes ? D’ailleurs, on le verra plus tard toujours aussi observateur, préférant « regarder » plutôt que de « vivre » comme lui reprochera un personnage.

intermezzo 3 cliff and co

Lorsque le film, après environ 45 minutes, embraye sur une scène de boîte de nuit, l’idée d’auto-remake vient alors encore plus à l’esprit : les personnages sont un peu différents mais on croirait les dialogues recopiés du script du premier film (la même banalité, en somme). Encore pire, on se dit qu’on pourrait refaire le sketch de Mozinor sur Luc Besson en replaçant « ninja » par « plage » et « Audi » par « boîte de nuit ». Fidèle à Canto Uno, Kechiche filme les fesses de femmes encore et encore, sous tous les angles. Quitte d’ailleurs à s’inspirer de l’architecture parisienne, Picasso et le cubisme selon les dires du réalisateur en conférence de presse (le croira qui voudra). Amin, lui, est toujours absent. La séquence dure depuis 20 minutes, et on se dit que Kechiche pousse quand même le curseur assez loin. La séquence dure encore et on se dit en blaguant que ça ressemble à un film de Gaspar Noé. Mais la séquence ne s’arrête toujours pas (malgré des plans qui se répètent beaucoup) et le spectateur commence à comprendre ce qu’il est en train de voir : à trois scènes près, un film-séquence de boîte de nuit. Soit une idée de cinéma a priori complètement inédite, au-delà des films qui s’en approchent comme Victoria de Sebastian Schipper ou le polar français Nuit Blanche de Frédéric Jardin. Une idée qui a fait fuir beaucoup de spectateurs et énervé bien d’autres, mais qui possède un effet de fascination incroyable. En effet, l’ennui de se fait jamais sentir face à cette longue (et pénible aussi !) transe musicale entre séductions et mouvements de corps mi-vulgaires mi-sensuels. Kechiche ne surprend jamais dans ses cadrages tant son point de vue de « male gaze » est maintenant prévisible, mais l’expérience de cette nuit quasiment vécue en temps réelle possède un charme difficilement descriptible, proche d’un certain fantasme cinéphilique.

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Malheureusement, cet intermède est interrompu par une longue scène de sexe oral aussi vulgaire que rythmiquement handicapante (c’est même le seul moment du film où l’on s’ennuie), très similaire au mauvais goût de celle dans La vie d’Adèle. On pourra toujours se dire qu’un cunnilingus est toujours plus proche du désir féminin qu’une fellation et finalement assez rare au cinéma, mais la longueur de la scène et la vulgarité des plans n’apportent pour le coup aucune expérience de cinéma. D’ailleurs, la question du désir féminin semble légèrement intéresser Kechiche sur ce film, mais uniquement à travers des dialogues si l’on excepte la scène de sexe oral citée précédemment. En effet, d’un côté Céline, la nouvelle jeune fille et quelques autres femmes parlent constamment d’Amin en des termes flatteurs et se précipitent autour de lui plusieurs fois, et de l’autre le personnage d‘Hafsia Herzi passe un certain moment à discuter avec une amie de leurs désirs concernant les hommes et les femmes. Il est évident que le regard de Kechiche se dirige exclusivement vers les femmes, néanmoins on peut se demander si ces dialogues conservent une certaine sincérité ou s’ils ne sont qu’un moyen maladroit pour le réalisateur de tenter un équilibrage pour contrer de futures critiques. Le film traite également de certaines problématiques plus étonnantes, comme la question de l’avortement et le fait pour les femmes de disposer de leur corps comme elles le souhaitent. Ou encore la nostalgie évidente de l’oncle Kamel pour ses jeunes années avec le père d’Ophélie en contemplant la génération qui suit, rare moment sensible au sein de ces 3h30 de débauche. A l’heure actuelle, impossible de dire ce qu’il adviendra du film pour sa potentielle sortie en salles. Le film est détenu par Pathé, mais Kechiche a laissé entendre qu’il souhaiterait rajouter les 30 minutes de dialogues qu’il aurait coupé pour Cannes, et difficile d’imaginer la distribution d’un tel film sans accro. Quoi qu’il en soit, le film aura marqué cette 72e édition du Festival de Cannes bien plus que n’importe quel autre film de la compétition, excepté l’attente du Tarantino qui après coup n’a pourtant pas beaucoup fait parler de lui. Néanmoins ça ne veut pas forcément dire qu’on le retrouvera au palmarès, loin de là. Quelle que soit sa qualité, espérons simplement que ceux qui le souhaitent pourront le découvrir dans sa meilleure version.

Titre Original: MEKTOUB MY LOVE : INTERMEZZO

Réalisé par: Abdellatif Kechiche

Casting : Shaïn Boumedine, Ophélie Bau,  Lou Luttiau,

Alexia Chardard, Salim Kechiouche, Hafsia Herzi, Marie Bernard…

Genre: Comédie dramatique

Sortie le: Prochainement

Distribué par: Pathé

3 STARS BIENBIEN

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