Critiques Cinéma

RAMBO (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

first blood affiche cliff and co

SYNOPSIS: John Rambo est un héros de la Guerre du Vietnam errant de ville en ville à la recherche de ses anciens compagnons d’armes.
Alors qu’il s’apprête à traverser une petite ville pour s’y restaurer, le Shérif Will Teasle l’arrête pour vagabondage. Emprisonné et maltraité par des policiers abusifs, Rambo devient fou furieux et s’enfuit dans les bois après avoir blessé de nombreux agents.
Traqué comme une bête, l’ex-soldat est contraint de tuer un policier en légitime défense. Dès lors, la police locale et la garde nationale déploient des moyens considérables pour retrouver le fugitif. Le Colonel Trautman, son mentor, intervient et essaie de dissuader les deux camps de s’entre-tuer pendant que Rambo, acculé et blessé, rentre en guerre contre les autorités. 

La thématique de l’impossible retour de l’enfer du Vietnam, d’années passées sur le front à n’être que l’instrument d’une guerre dont les enjeux dépassent ceux qui ont laissé leur famille, leur jeunesse et leur innocence pour combattre au nom des valeurs et intérêts de leur pays, a produit deux des meilleurs films américains des années 70 (Coming Home de Hal Ashby / The Deer Hunter de Michael Cimino) mais aussi deux autres films qu’il faut absolument redécouvrir (The Visitors d’Elia Kazan / Le Mort Vivant de Bob Clark). A travers ces films se dessinait une prise de conscience des conséquences de cette guerre sans fin dans laquelle ne cessait de s’enliser les États-Unis. Pour autant, ces films ont en commun de plus s’interroger sur les séquelles psychologiques des acteurs de cette guerre, sur la façon dont cela affectera également leur entourage que sur la réelle perception de cette guerre dans la société américaine et la façon dont ces soldats ont été méprisés par l’administration et une partie de la population. First Blood n’est pas à proprement parler un film politique, ni même militant, qui cherche à débattre des causes  de la guerre du Vietnam et en déplorer les conséquences directes sur les soldats. Ce qu’il montre et dénonce est probablement encore plus dérangeant quand cela ne relève pas uniquement des décisions prises par tel ou tel gouvernement mais de comportements collectifs et individuels, de la double peine de ces soldats rejetés à leur retour par une Amérique divisée entre ceux jugeant cette guerre illégitime et ceux ne digérant pas la défaite. Dans les deux cas et contrairement à ce qui s’est passé notamment pour les deux guerres mondiales, les soldats américains n’ont pas été accueilli en héros et du moins pas traités comme tels, abandonnés pour beaucoup, laissés sans emploi avec des séquelles physiques (liées au combat ou aux agents chimiques utilisées par l’armée) mais surtout psychologiques pour la grande majorité qui leur rendent quasi impossible le retour à la vie normale. Sorti en 1982, First Blood met en scène l’un de ces hommes au destin fracturé, John Rambo, reconnu par ses pairs comme étant un soldat exceptionnel mais qui ne trouve pas sa place dans la vie civile et va se retrouver traité comme un vagabond, une menace à l’occasion de son passage dans la paisible ville d’Hope.

FIRSTBLOOD SLIDE CLIFF AND CO

First Blood est adapté du roman éponyme de 1972 écrit par David Morell, dont c’est le premier ouvrage et qui raconta avoir été inspiré par les récits de ses étudiants alors qu’il était professeur d’anglais. Lorsqu’il est enfin porté à l’écran en 1982, après un long développement qui a vu se multiplier les versions du scénario, les réalisateurs pressentis, comme les candidats au rôle titre, Sylvester Stallone, l’outsider longtemps rejeté et moqué, est devenu une incarnation du rêve américain grâce aux deux premiers volets de la saga du loser le plus magnifique et populaire de l’histoire du cinéma américain: Rocky Balboa. Le voir incarner Rambo, la figure du soldat abandonné, d’un laissé pour compte du rêve américain, n’est pas neutre et donne nécessairement encore plus d’épaisseur à ce personnage et de sens au propos du film, en même temps qu’il lui permet d’embrasser pleinement sa seconde nature de film d’action dont le héros bodybuildé est une véritable machine de guerre que rien ne paraît pouvoir arrêter. Stallone comme Rambo a pu souffrir des préjugés sur son apparence, du sentiment de ne pas pouvoir trouver sa place dans la société d’être rejeté avant même d’avoir eu la chance de se faire accepter. Dans ce rôle, comme dans celui de Rocky, il a en quelque sorte trouvé un alter ego et s’est investi avec la même énergie, au point d’écrire le  scénario et même une fois le film réalisé, d’obtenir que celui-ci soit remonté, la version lui ayant été projetée étant jugée comme un désastre tel qu’il envisagea de racheter les droits du film pour s’assurer qu’il ne sorte jamais. Encore plus que Rocky, First Blood et son héros John Rambo pâtissent en partie de l’image d’une saga qui, dans ses autres volets, a opté pour une veine plus commerciale, pour une surenchère propre aux années 80. Ce First Blood a déjà ce qu’il faut de muscle et de tripes pour offrir un spectacle que n’ont pas renié les amateurs de film d’action venant voir un « Stallone » en mode guerre totale mais a surtout un cœur, une justesse et un propos qui en font à nos yeux un très grand film aussi amer et déchirant que violent et spectaculaire.

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Le cadre est magnifiquement posé dès les premières minutes et c’est ainsi, malgré ce que l’on pourrait pointer comme invraisemblances et outrances, que First Blood délivre bien plus qu’une décharge d’adrénaline, que ce qui suit est la tragédie d’un homme victime d’un syndrome post-traumatique, poussé à bout, et non un spectacle décérébré d’un soldat devenu fou. Ce qui se passe dans cette petite ville de Hope, entre Portland et Seattle, est symbolique de ce qu’a dû vivre John Rambo depuis son retour du Vietnam, à l’instar de tous ses soldats rentrés au pays entre indifférence et hostilité. Le scénario délivre ce qu’il faut d’information dans les premières minutes pour que l’on comprenne parfaitement d’où vient Rambo, ce qu’il a subi, son état d’esprit et son obstination, à priori absurde, à revenir dans une ville dans laquelle on lui a très clairement signifié qu’il n’était pas le bienvenu, le traitant de vagabond et lui signifiant par ailleurs que sa seule présence et le port de sa veste militaire frappée du drapeau américain étaient un facteur de trouble. Cet « incident » qui va dégénérer en guerre met en lumière et symbolise à lui seul ce contre quoi il doit se battre depuis son retour du Vietnam. Le cadre bucolique de son arrivée dans les magnifiques paysages vallonnées de la Colombie Britannique pour rendre visite à son ancien camarade du Vietnam contraste de façon saisissante avec la suite du récit qui prendra des allures de cauchemar Kafkaïen se refermant sans cesse sur lui, jusqu’à la pousser à bout et faire se cristalliser toute la rage et la rancœur nourries par des années passées à essayer vainement de se reconstruire (le travail du directeur de la photographie Andrew Lazlo est fantastique). La nouvelle du décès de son camarade des suites d’un cancer dû à l’agent orange utilisé au Vietnam sera la première des marches qu’il gravira vers l’enfer, cette guerre absurde et destructrice contre son propre pays, représenté par ce shérif zélé (excellent Brian Dennehy) et ses hommes.

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Dans Wake In Fright (1972), Ted Kotcheff avait déjà brillamment mis en scène un récit étouffé par une tension sourde et la violence au cœur de laquelle se retrouve un homme débarquant dans une ville inconnue, emmenant avec lui sa rancœur et son mal être. Avec First Blood, il excelle à nouveau à nous faire suivre le destin d’un homme au bord de la rupture qu’une mauvaise rencontre, dans la mauvaise ville, va faire basculer dans la violence. Ted Kotcheff parvient avec beaucoup de brio à épouser le mouvement en trois temps du scénario (l’injustice, la fuite, la vengeance) en explorant aussi bien les genres du drame, du film d’action et même du western dans un final dantesque mettant aux prises Rambo et le Shérif Teasle dans une ville désertée. Au delà de sa mise en scène, il faut aussi le saluer pour le casting de Sylvester Stallone qu’il a imposé, malgré les premières réticences des exécutifs de la toute jeune et future mythique compagnie Carolco Pictures. En plus de porter le film sur ses épaules et son nom, d’avoir retravaillé de façon si pertinente la matière du roman, il faut préciser que Stallone rendra ensuite un fier service à Carolco Pictures en imposant une fin différente, le film étant d’abord envisagé comme une mission suicide, ce qui était par ailleurs cohérent avec le ton d’ensemble et le sentiment que Rambo avait trouvé là son ultime mission. En lieu et place de cette fin logique mais cruelle, Stallone a écrit et interprété avec ses tripes un monologue déchirant, celui d’un homme perdu, brisé par la douleur de son passé au Vietnam et la rage d’un présent impossible à écrire, face à celui qui l’a « crée » , celui qui lui avait permis de se réaliser, le Colonel Trautman merveilleusement interprété par Richard Crenna qui hérita du rôle après le départ inéluctable d’un Kirk Douglas en mode diva ingérable qui n’avait cessé de vouloir réécrire son rôle et le film. L’autre idée très forte de Stallone aura été de vouloir que Rambo ne fasse aucune victime directe, qu’il ne cherche qu’à neutraliser ses assaillants et donc à simplement défendre sa peau, même lorsqu’il se transforme en machine de guerre.

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Qu’il soit en mode Predator, 5 ans avant le film de McTiernan, ne faisant qu’un avec son environnement, neutralisant un à un chacun de ses ennemis, ou en mode commando, menant l’assaut contre une ville entière pour retrouver le shérif Teasle, le lien que l’on a avec John Rambo ne se brise ainsi jamais. Il reste dans son regard cette douleur qui l’a fait basculer et le film avec, dans un tout autre registre, une guerre contre l’injustice qui lui a été faite, traité de tueur d’enfants à son retour du Vietnam et chassé comme un vagabond 7 ans après. First Blood est de ces films sur lesquels il existe un malentendu que les années ont partiellement permis de dissiper. Qu’on le découvre à l’adolescence et on en retiendra principalement le 2ème et 3ème acte, de même si on le découvre plus tardivement avec le prisme de l’image d’une saga décérébrée si souvent parodiée. First Blood est certes l’un des films phares des années 80 et de ce que sera le cinéma d’action de cette décennie qu’il a énormément influencé, mais c’est aussi et avant tout, pour peu qu’on ne s’arrête pas qu’aux apparences, un très grand film porté par un acteur/auteur, souvent moqué et parodié lui aussi, mais dont l’immense talent commence enfin à être reconnu.

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Titre Original: FIRST BLOOD

Réalisé par: Ted Khotcheff

Casting : Sylvester Stallone, Richard Crenna, Brian Dennehy, David Caruso …

Genre: Drame, Action

Date de sortie: 02 mars 1983

Distribué par: –

4,5 STARS TOP NIVEAU

TOP NIVEAU

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2 réponses »

  1. Il est, je crois, désormais acté que « first blood » est un jalon important parmi les films consacré au conflit vietnamien, surtout un des rares à prendre en considération la problématique du retour des veterans. Quand on sait aujourd’hui que cette guerre a fait plus de victimes sur le sol américains que sur le front (suite aux nombreux suicides et maladies contractées par le GIs), il résonne avec une actualité folle qui n’aura, je l’espère, pas manqué de bruisse autour de la récente projection à Cannes.
    On peut y voir aussi une représentation anticipée de l’Amérique attaquée sur son sol par une arme qu’elle a elle-même générée. Voilà qui suffit à faire la valeur de ce film, ainsi que du roman qui l’a fait naître, la plume de Morrell étant aussi prenante et plus sanglante que la réalisation de Ted Kotcheff.

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